<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502</id><updated>2012-02-16T23:03:58.088Z</updated><title type='text'>Fraîches nouvelles</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>34</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5476564342897882604</id><published>2011-01-12T07:27:00.005Z</published><updated>2011-01-12T10:26:08.187Z</updated><title type='text'>Cette nuit, rien.( Sandro)</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TS1XxTxHW3I/AAAAAAAAAaQ/JzgC-kb7GD4/s1600/m-metro.jpeg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TS1XxTxHW3I/AAAAAAAAAaQ/JzgC-kb7GD4/s320/m-metro.jpeg" width="208" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier, maman est morte.&lt;br /&gt;C’était une bien vieille dame, elle était tout au bout de la vie. Ca tremblotait tant au bout de son bras décharné, son corps absent, qu’elle l’a appelé longtemps, sa nuit. Des années. Et puis elle est venue hier. D’un coup, comme un voleur de sac.&lt;br /&gt;Pour tout dire, ce fût presque une délivrance de la savoir apaisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, c’est juste que c’était ma maman et que je n’en ai pas d’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tiens, c’est un bon mot ça, il faudra que je l’écrive dans mon carnet à mots. Parce que j’ai un carnet à mots, je vous raconterai.&lt;br /&gt;Cet après-midi, c’était l’incinération. Bûcher moderne, adieux irréels et fictifs baignant dans une vague symphonie de Beethoven. Ou de Purcell, je n’en sais rien. La musique ne me parle pas.&lt;br /&gt;Après avoir déposé l’urne chez moi, je suis allé directement à l’hôtel en métro. Je suis veilleur de nuit, j’ai la tête dans les étoiles. Des étoiles, l’hôtel en a peu : c’est une rue et un quartier de passage, les gens changent tout le temps, ils arrivent un peu déglingués, presque nus, parfois sans bagage.&lt;br /&gt;Ce n’est pas trop cher non plus, il faut bien le dire.&lt;br /&gt;Je l’ai vu de loin, avec son enseigne bleue qui clignote et se reflète dans les flaques sales du trottoir mouillé. Le « L » de Hôtel est bancal, il ne s’éclaire plus. Du coup, on lit « Hote ».&lt;br /&gt;Je suis entré à la réception, ai salué Sonia, la gérante, qui m’attendait pour partir. Comme à l’accoutumée, elle m’a passé les consignes : faire attention au type de la 22, qui semble bien allumé. Se méfier des chèques. Ne pas accepter de prostituées. Interdire aux clients de cuisiner dans les chambres. Penser à brancher la vidéosurveillance après 21 heures. Avoir à portée de main le faux billet de 100 euros à donner en cas de braquage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, Sonia, oui, comme d’habitude.&lt;br /&gt;Sonia. Quand j’ai commencé ici, il y a deux ans, je dois dire qu’elle m’avait attirée, bien qu’elle ne soit pas franchement belle, ni même jolie. J’ai cru un moment que je lui plaisais aussi, et puis ça ne s’est pas fait. Je réfléchis trop.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle m’a embrassé affectueusement, en me recommandant de ne pas trop écrire. Parce qu’elle sait que la nuit, j’écris, sur un gros carnet noir. Mon carnet de mots. Je note ceux qui dérivent au fil de l’eau comme des troncs d’arbre dans le fleuve reptilien de mon cerveau. Il y a de tout, des anguilles, des poissons-pilote, mais aussi de vieux crocodiles. Des bouts d’histoires suicidées, consignées dans un carnet noir, avec l’indication des dates. J’écris ce qui sonne à mes synapses. Sonia dit que c’est de la poésie. Moi, je ne sais pas. Ca donne des choses comme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Fusil de chiens »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Vacarme des larmes »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Peau de métro »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Lunettes de lune »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Missile sans domicile »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Autel sang zétoile : venir avec larmes et bagages ».&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ca, c’était le mois dernier. Hier, j’ai noté :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Luzerne en berne »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Partir sans maudire »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Le temps est un serial qui leurre »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Veilleur de nuit, veilleur de vie ».&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A cause de maman, sans doute. Va savoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis je me suis installé pour la nuit. Un vieux CD de Thiéfaine sur la mini-chaîne poussiéreuse. Café. Cigarettes.&lt;br /&gt;Ce fut une soirée calme.&lt;br /&gt;Deux hollandais, sac à dos et cannettes de bière à la main. J’ai fait jeter les cannettes. Faut sauver les apparences.&lt;br /&gt;Une junkie bien sage et très polie, presque déjà partie, avec plein de vide dans les yeux. Faire payer en espèces. Petit déjeuner ? Non, pas de petit déjeuner.&lt;br /&gt;Un couple d’homos à l’ancienne. Discrets, un peu anxieux, vaguement honteux. Paiement en liquide.&lt;br /&gt;Un petit cadre de province envoyé là par l’hôtel d’à coté, qui affiche toujours complet. Paiement par carte, réveil à 6 heures 15.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Thiefaine parlait de l’ascenseur de 23 heures 43, d’un vol transneuronal de la Noctalopus Airlines. Des histoires de dingues et de paumés, quoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai sorti le carnet noir, mais rien n’est venu. Pas d’idée, pas d’image.&lt;br /&gt;Ah si, peut être un jeu de mots sur le temps, un truc comme « je ne sais Pâques An », mais c’est resté vague parce qu’un type encapuché avec un foulard sur le nez est entré, avec le canon de son fusil à pompe qui dépassait de sa parka comme une vulgaire canne à pêche.&lt;br /&gt;Je n’ai pas eu peur. Il est déjà venu deux fois cette année. Il ne parle pas, il tape juste un peu du coin du fusil sur le comptoir de l’accueil et désigne la caisse d’un coup de menton.&lt;br /&gt;J’ai les mains bien à plat sur le comptoir. Lui faire comprendre que je n’ai pas d’arme. Que je n’ai pas peur. Lui donner le faux billet de 100 euros.&lt;br /&gt;Le voir repartir, marchant à reculons dans le hall et faire un doigt d’honneur à la caméra de surveillance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après, appeler les flics, pour la plainte. Lui donner cinq bonnes minutes d’avance, à Berkan. Car je crois bien que c’est Berkan, le petit turc qui est plongeur au restaurant d’en face. C’est pour ça qu’il ne parle pas. On se connaît un peu. Je fais celui qui ne le reconnaît pas. En échange, il n’est pas violent. C’est un truc entre nous, comme une solidarité tacite de nuiteux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les flics sont venus. Un petit jeune excité qui semblait y croire encore et un vieux sage à l’imperméable usé qui donnait l’air de n’en avoir plus rien à foutre de rien.&lt;br /&gt;Un signalement ? Non, rien de spécial. Un petit, une parka, un foulard. Accent ? Non, il n’a rien dit. Caméra ? Oui, venez, c’est par là. Préjudice? 600 euros. En liquide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sonia sera contente, on gagne 500 euros. Faudra juste penser à remplacer le faux billet de 100, mais ça, on en a un tout stock.&lt;br /&gt;Oui, passer demain matin signer le PV au Commissariat, bien sûr Messieurs, merci bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout cela m’a mené vers les 5 heures 30, peut être 6 heures du matin. Pas eu le temps d’écrire. Alors sur le carnet noir, j’ai noté :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Cette nuit, rien ».&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je l’ai refermé, fourré dans ma sacoche et je suis parti à 7 heures, à l’arrivée de la relève et des femmes de chambre. Dehors, il pleuvait toujours et l’amorce d’une aube blanchâtre se battait en duel avec le reste du ciel violet, où se découpaient des cheminées noires et des antennes de télé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Descente au métro.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le quai presque désert et les murs de faïence blancs dominait le nombril bronzé d’une jolie fille qui voulait tous nous emmener en vacances aux Seychelles. Je n’ai pas retenu le prix, mais ce n’était pas cher, je crois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En face, le quai était plein. Des noctambules allant se coucher, des pue-la sueur, des dactylos ensommeillées, des ouvriers encore endormis qui partaient gagner leur pain. Du reste, un bout de baguette dépassait du sac de certains d’entre eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De mon côté, c’était presque désert. Trois ou quatre figurines vagues, tout au plus. Des marionnettistes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui, je ne peux pas dire que je l’ai reconnu tout de suite, car sans doute ne nous étions nous jamais rencontrés.&lt;br /&gt;Mais j’ai su tout de suite qu’il était là pour moi, que ce type allait être important dans ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De petite taille, il portait un long manteau noir qui battait ses chevilles. Un truc à balayer les tickets de métro. Il était de type eurasien, tout de noir vêtu, jusqu’à son bonnet de laine enfoncé jusqu’aux sourcils. A la jonction de ceux-ci, des lunettes de soleil à verres chromés qui réfléchissaient la station en panoramique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était parfaitement immobile, comme un iguane qui prend le soleil. Le soleil nocturne du métropolitain. Impassible, illisible. Il portait des gants de cuir noir, je l’ai remarqué.&lt;br /&gt;Je l’ai senti proche, presque déjà familier quand les rails ont commencé à vibrer, le bout du tunnel à s’enluminer du halo tremblotant des phares de la rame. Il arrivait un peu vite, du reste, ce métro. J’ai cru qu’il allait rater la station.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais non, il freiné assez fort, juste comme deux mains gantées me poussaient sèchement sur les voies. Une poussée franche, imparable. Dense, granitique. J’ai battu l’air avec des figures bizarres de jambes pédalant dans le vide, de bras moulinant l’espace souterrain. Ma tête s’est aimantée à la motrice, à l’essuie-glace derrière lequel j’ai deviné un conducteur avachi, qui se tenait le menton avec le poing fermé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ca s’est mis à sentir fort la graisse chaude des machines, les beignets frits, le rat crevé, le métal chauffé. Le métro, quoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis le choc a claqué, net et sec. Mat, aussi. Il m’a pincé tout le corps comme le portillon automatique vert métallisé de la station Porte des Lilas, quand j’étais gosse, comme mes doigts pris dans la porte de la chambre de mes dix ans dans la maison de Suresnes. La douleur verte rayée de gris a rappliqué, avec sa gueule de raie et ses aiguilles pointues comme des tessons de bouteille.&lt;br /&gt;Mon sac a volé, lui aussi, et s’est ouvert contre la façade avant de la motrice. Un carnet noir s’en est échappé, puis s’est plaqué contre le pare-brise, ouvert au 9 décembre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Cette nuit, rien »&lt;/i&gt;, était-il griffonné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conducteur a actionné l’essuie-glace, qu’on n’en parle plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;Sandro&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5476564342897882604?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5476564342897882604/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2011/01/cette-nuit-rien-sandro.html#comment-form' title='8 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5476564342897882604'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5476564342897882604'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2011/01/cette-nuit-rien-sandro.html' title='Cette nuit, rien.( Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TS1XxTxHW3I/AAAAAAAAAaQ/JzgC-kb7GD4/s72-c/m-metro.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>8</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-8792758307201625595</id><published>2010-06-13T18:59:00.016+01:00</published><updated>2010-06-14T10:52:49.774+01:00</updated><title type='text'>Le ciel par terre...  (Th. Bonnetat)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TBUkZPS99kI/AAAAAAAAAZ8/mDuuGzNk5lY/s1600/esplanade-charlesdegaulle.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="150" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TBUkZPS99kI/AAAAAAAAAZ8/mDuuGzNk5lY/s200/esplanade-charlesdegaulle.jpg" width="200" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Petite nouvelle de l'esplanade&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: small;"&gt;Lycée Joffre - Montpellier&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;17 heures - les deux battants de la grande grille métal s'entrouvrent.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un flux de lycéens glisse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Puis déborde l'allée.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Leurs jambes à la traîne ou vives battent le sol.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un grondement de tambour déboule sur les artères.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Hâtives, deux silhouettes s'épaulent, enfin à peine, mais bien moins que leur conversation.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il s'agit encore une fois de Roc et d'Emmanuel qui poursuivent un de leurs dialogues.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Les insondables dialogues de Roc et d'Emmanuel " gronde déjà le vent dans les arbres.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Oui, une sorte d'énigme sonore ,un bourdonnement rythmé par la marche,&amp;nbsp;par les pas hésitants,&amp;nbsp;saccadés,&amp;nbsp;lourds ou suspendus.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pas de pause, pas de silence.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le dialogue d'un petit rablé aux yeux bleus - nuque courte - mâchoire serrée -front bombé-&amp;nbsp;avec&amp;nbsp;un grand dégingandé &amp;nbsp;aux gestes déliés - tête légèrement penchée - démarche nonchalante ponctuée d'un sourire entendu.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Emmanuel et Roc sortent de la classe-philo et Platon, Le Phèdre et le Banquet leur restent passablement au travers .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Qu'à cela ne tienne, ils en démordront bien...un jour...&amp;nbsp;question idéal,&amp;nbsp;question désir... toute une constellation de questions se font écho.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;De mots et de sensations.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une sorte de mystère on-to-lo-gi-que que cette affaire-là , celle du désir de l'amour et de tout le bazar, une fée qui vous tombe dessus avec des cheveux blonds vaporeux &amp;nbsp;ou une liane brune qui enroule ses gestes gauches.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Oui deux prénoms incarnés dans des visages qui chantent, se dérobent, se replient.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Peuvent se tenir graciles, se fermer d'une gravité.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pour un casse-tête chinois : Lise et Sarah.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A regarder de loin, on pourrait vite assortir les uns et les autres comme on agence un jeu,&amp;nbsp;assembler par similitude les bruns et les blonds ,&amp;nbsp;les grands et les petits.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Echiquier, jeu de dames ou d'échecs.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il n'en est rien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un jeu sans règles.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pas de logique.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ni reflet .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L'Autre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Improbable.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Fictif. Captif.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Essentiel .Vain.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Apte à apparaitre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Disparaitre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un chassé-croisé se tisse, un pas de deux qui aimante ses propres couleurs , les éteint ou les ravive.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comme points d'ancrage, d'attirance, de faille et de fuite... .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un damier inédit entre Roc et Lise, Emmanuel et Sarah pour ce désir naissant.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Amour serait fils de Pénia et de Poros, de la Richesse et de la Pauvreté…" lance Roc&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" ...de la pauvreté... de la pauvreté..." résonne la voix &amp;nbsp;d'Emmanuel .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Oui, oui du vide, de la pauvreté....style misère et bonté de l'âme....Taratata...taratata....regarde maintenant les filles elles veulent tout...tout et tout de suite...la mécanique costaud avec la finesse des pièces...bien huilées, bien chromées...une Ferrari en quelque sorte...tu vois, Lise, par exemple, elle est enfin tu vois bien ,une Ferrari ça consomme...la comprendre, la surprendre...la rassurer et la laisser IN-DE-PEN-DAN-TE ...il n'y a pas de règles du jeu.... crois moi, deux pas en avant trois pas en arrière, elle funambule...et parfois, j'attends qu'elle se casse la gueule...à la guerre comme à la guerre..." affirme péremptoire Roc en relevant les épaules d'un petit roulement .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Emmanuel écoute, hoche la tête, son regard de myope tourné vers l'intérieur.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il songe à Madame Bellanger, cette prof sage et impertinente, fêtu de paille philosophe.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle brise un certain silence et sème un joli trouble l'air de rien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle et... ses idées.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans le sillage d'un parfum.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il sent physiquement le regard de Sarah dans son dos qui gagne sa nuque , gagne ses mains et ourdit déjà quelque ruse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Une guerre comme une mise à mort...en mourir comme soutient Phèdre..." hasarde Emmanuel .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Pas question plutôt duper qu'être dupé, s'en aller et courir ...parce que , tu vois, Platon il trouve que c'est bien laid, bien laid de céder aux plaisirs du corps etc etc...le mot.... concupiscent, tu parles d'un mot,oui oui que la vie d'un homme vaut d'être vécue quand il contemple le beau en lui , pureté , beauté et je sais pas quoi quand il contemple LES IDEES.....notre nature c'est de bander...et pas question de se faire hara-kiri..." lâche Roc les pectoraux gonflés à bloc.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A s'aligner, les mots claquent, pulsent et prolongent déjà l'élan des corps.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sens dessus-dessous.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Car Emmanuel les sait en apparence au point crucial d'une virile complicité.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ils semblent au coeur de l'argument.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Là où les conversations deviennent périlleuses...intimes ou triviales.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une sorte de passe d'armes entre hommes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Les vrais.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il sort son paquet de cigarettes: " Tu en veux une?" propose -t-il dans son ultime réserve.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Les mots du démon il les garde pour lui, à peine les souffle-t-il comme plumes du bout des lêvres.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La cendre rouge au loin d'un coup.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Qui brûle déjà la bouche .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il sent la chamade et les saisies du corps; dans la combustion de ce &amp;nbsp;rouge et de ce feu .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Surtout ne pas se crucifier à la raison raisonnante ...ni à la sauvagerie de l'instinct...se réveiller sans arrêt ,plus imprévisible, retrouver Sarah,entrer dans cette étrange région, être celui, fluide, qui marche à ses côtés.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Félin qui la surprend.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Roc n'avale pas la fumée comme lui : on dirait qu'il l'aspire jusqu'au sang.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Avec les cahots.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Il y a toujours un peu de rage dans ses cheveux emmêlés .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Et son corps cogne, passe au travers de l'air.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Quand il rejoint Lise, il parle plus fort.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Beaucoup.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;La vie devient belle et brune.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;On dirait un guerrier d'une tribu avec une crête et des éperons.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il parle avec les mots qui trébuchent comme sur un chemin pierreux.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une masse de terre qui roule, entière.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Jamais de biais.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Bien en face.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A chaque conversation, Roc et Emmanuel s' inventent une vie,&amp;nbsp;brûlent aussi le bois mort.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A chaque conversation qui naît, les attise et les consume,&amp;nbsp;les branches se dressent vers le ciel scellées au même poteau totem.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Puis s'envolent incandescentes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sur l'esplanade qu'ils traversent, le kiosque résonne d'une musique déjà désuète, à peine audible.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle entourne toutes les feuilles jaunes des Ginko biloba qui parsèment le sol d'écus d'or .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a toujours à cet endroit le ravissement d'un avant,&amp;nbsp;le passage d'un orchestre,&amp;nbsp;la brieveté d'un moment,&amp;nbsp;entre chien et loup,&amp;nbsp;la brieveté des lampions d'hiver allumés.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;On peut imaginer juste une valse et le temps d'avant qui se retourne juste à cet endroit là.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A l'autre bout de la contre-allée bordée de platanes et de jeux d'enfants, Lise et Sarah se tiennent debouts à la Fontaine des Trois Grâces au clair des gouttes d'eau qui pépitent.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Enfin au clair de ...au clair de rien du tout...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Emmitoufflées dans de longues écharpes prune et rouge, elles guettent l'horizon, un peu recroquevillées.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comme des moineaux ou des mésanges.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lise sautille d'un pied sur l'autre et Sarah serre ses mains, presse les uns contre les autres les doigts rosis qui s'échappent des mitaines rayées.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a la froidure qui rôde pareille au sol et qui découpe leur isolement sur les murs de l'Opéra.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le bâtiment immense dessine alors les spectres de la fin du jour qui déambulent ivres de rentrer,&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;de s'asseoir,&amp;nbsp;d'un silence enfin.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Juste un lieu ou une heure sur la souveraine pendule de la place sont les témoins des gestes répétés,&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;des pas,&amp;nbsp;des allers-venues.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Toutes deux se sont tues, le regard tendu vers l'horizon, après s'être dit j'espère -qu'ils-vont-bientôt- arriver - o-qu'est-ce qu'il fait froid ce soir- ah qu'est-ce qu'ils font? -elles sont trop tes bottes - tu crois qu'il va neiger- .&amp;nbsp;17heures 30 et la nuit jusqu'au bout commence à s'écraser sur la place.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce sont les yeux et les voix qui les dévoilent :&amp;nbsp;les yeux de Lise sont deux billes rondes , vives ....souvent, elle a honte de leur effront, ils disent plus qu'elle ne le voudrait, alors elle les reprend, les cache.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sa timidité est toute papier chiffé, sensibilité aux aguets.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Son regard, un jeté de billes comme des bonbons miel ou acides.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et sa voix clair-de-nuit quasi inaudible voile les voyelles.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Balaye doucement les mots sûrs, rassurants, s'absente aussi.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En pointillé.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sarah quant à elle étend ses yeux bleus à l'infini.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Ourlés de marine lorsqu'on s'y amarre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sarah est bavarde, elle aime dire de sa voix un peu chantante à Lise et aux autres ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ses émois ; elle avale les mots &amp;nbsp;et les gouleye d'un précipité de torrent ...Sarah ne parle pas avec , Sarah dit et écoute comme ça son récit.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Qui capte et éblouit le vent du Sud et tous les ancêtres réunis .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a déjà un danger magnétique à écouter l'une ou l'autre, c'est un drôle de chant des sirènes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et les Ulysses qui s'avancent le pressentent, un danger qui fait le feu de joie du Phèdre, du Banquet et met à terre&amp;nbsp;deux ou trois parades.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;De celles qu'on étudie avant, qu'on se repasse dans les têtes, parfois de pères en fils, de générations en générations .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Celles qui disent comment ça doit se passer, comment cela ne doit pas se passer et comment cela va se passer. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Arrivés si près les uns des autres, il se dresse donc , invisible, &amp;nbsp;une frontière à traverser, avec des odeurs et des cris, des domaines, des territoires; certains qui ouvrent les entrées ,d'autres qui les barrent comme des sentinelles à la porte. De nombreuses figures se réunissent alors, brassent dans leur chaos les sons et les sens de Roc, Lise, Emmanuel et Sarah.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Déjà dans les remous.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" Ca caille" lance en préambule Roc de son timbre le plus tonitruant.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;"Allez Ouste chez Solange et Louis" enchaîne-t-il.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le vent glacé s'engouffre &amp;nbsp;dans l'antre du Café crémeux de l'Esplanade , juste à côté du Centre Rabelais.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une tornade d'haleines chaudes et de vibrations emplit le café-refuge .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La vie titube les tables ...et ça parle et ça crie, sourit et hèle déjà Solange et Louis qui les ont bien repéré aussi ces quatre là.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il faut dire que...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Avec leurs grands gestes, leurs petits, les livres qu'ils s'échangent et les poses des uns et des autres.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et leurs idées qui palpitent, jaillissent et écument le calme du bistrot.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;ON LES ENTEND.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Solange à sa place derrière leur comptoir, à elle et à Louis, regarde.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et n'en perd pas une miette .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Elle sait qu'ils demanderont quatre cafés en fouillant leurs porte-monnaies, que Roc dira que c'est trop cher encore le café- combien vous avez dit combien mais c'est pas possible ça 10cl d'eau chaude c'est pas pour vous froisser madame Solange mais franchement- et d'ailleurs qu'il n'a pas de monnaie sur lui et que Lise le regardera pleine d'effroi,&amp;nbsp;gênée.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Solange &amp;nbsp;est assise à la caisse , toujours à la même place depuis cinquante ans oui depuis cinquante ans .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Alors cela force le respect, elle le sent bien la vieille dame .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Parfois, elle se lève , donne un coup de torchon sur le zinc puis se rassied d'un geste séculaire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;bien sûr, il y a eu avec le café , le passage à l'euro...la vie chère.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Son homme court et parle.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il est là avec elle toute la journée parce qu'ils sont ensemble toute la journée.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Encore un peu.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle sait le temps qui passe et arrache.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle ne se lasse pas de le sentir arpenter leur café.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un animal, une force de la nature pense-t-elle,un sauvage en cage!&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;C'est toujours un homme du plateau.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a eu ce jour ...et tous ces autres jours qu'ils enfilent comme des perles, un drôle de chapelet qui hurle contre la droite, la gauche et tout ce qui passe par terre , en l'air.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce jour du 28 Mai 1960, ils étaient nombreux sur la place de la Comédie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette idée d'avoir pris le train jusqu'à Montpellier pour manifester.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sortir par les deux imposantes falaises qui surplombent Millau.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La porte s'est ouverte et ils sont entrés, il y a cinquante ans.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le même endroit avec les gars de la lutte tous réunis.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ils venaient du plateau calcaire, de l'écrasement des pierres, &amp;nbsp;entre les branches noires qui s'espacent dans la transparence des blancs.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il a levé muettement les yeux, en face et rien d'autre que cela..&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle a laissé tomber la tasse de café serré dans sa main droite.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Zim-boum.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Par dessus les voix, il a examiné d'un drôle d'oeil la silhouette et la maladresse puis a dit haut,enfin, fort et fier:&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;" C'est le ciel par terre."&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Thérèse Bonnétat&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;"La conviction est aujourd'hui largement répandue que chacun ne suit que son intérêt.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;Alors l'amour est une contre-épreuve.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;L'amour est cette confiance faite au hasard&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;." &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Alain Badiou, philosophe.&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-8792758307201625595?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/8792758307201625595/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/06/le-ciel-par-terre-petite-nouvelle-de.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/8792758307201625595'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/8792758307201625595'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/06/le-ciel-par-terre-petite-nouvelle-de.html' title='Le ciel par terre...  (Th. Bonnetat)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/TBUkZPS99kI/AAAAAAAAAZ8/mDuuGzNk5lY/s72-c/esplanade-charlesdegaulle.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4050393839954576996</id><published>2010-06-05T11:21:00.003+01:00</published><updated>2010-06-06T13:17:59.661+01:00</updated><title type='text'>La Promenade des Anglais (Sandro).</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S_-4mY6CeDI/AAAAAAAAAZw/fXn659Hu9yE/s1600/Prom.+jpeg.bmp" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="240" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S_-4mY6CeDI/AAAAAAAAAZw/fXn659Hu9yE/s320/Prom.+jpeg.bmp" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Autant le dire tout de suite, je suis un VIP.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dès que j’ai décidé, sur un coup de tête, de retourner à Nice revoir la Promenade des Anglais, les choses sont allées très vite.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai mis ma voiture - qui ne me quitte presque jamais- dans l’avion, et les évènements se sont enchaînés comme à l’accoutumée. Je suis assis en première classe et les hôtesses sont aimables avec moi. Parfois un peu nerveuses, car on me demande sans cesse si je n’ai besoin de rien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A l’arrivée, même carrousel : j’ai eu droit à mon traitement de faveur habituel. Des agents avec gilets fluorescents, talkie-walkie et écouteurs d’oreille m'ont escorté, par un chemin dérobé, pour éviter la foule. Ce n’est pas que je craigne réellement des fans en délire, mais je n’aime plus les gens, voilà tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je suis V.I.P, je vous dis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je ne fais rien comme tout le monde : j’ai repris ma voiture dès la sortie de l’aérogare, alors que les autres passagers faisaient encore la queue pour obtenir un taxi ou une voiture de location.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’était la fin de l’après-midi, le soleil cognait encore fort, mais avec la brise de mer, la chaleur était supportable. Ma voiture filait sans bruit, à petite vitesse, le long des digues fortifiées de roches sur lesquelles s’étirent les pistes de l’aéroport.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai mis le cap vers Magnan et la Californie, la brise légère dans mes cheveux. C’est un genre de cabriolet, ma voiture. Comme d’habitude, j’ai doublé par la droite tous les cloportes enfermés dans leur scarabée de tôle, englués comme des fourmis dans les bouchons. Je remonte les files sans appels de phares ni coups de klaxon, en souplesse. Vers la Californie, je suis carrément monté sur le large trottoir goudronné de rose qui constitue la Promenade sur les douze kilomètres de la Baie des Anges. J’ai slalomé entre les bacs à fleurs, les palmiers nains, les joggeuses en rose fluo et les marchands de glace ambulants. J’étais pleins gaz et les gens s’écartaient le plus souvent sans mot dire sur mon passage. Certains détournaient juste un peu la tête, mais c’est tout. Ils voient bien que je suis d’une autre planète, ils n’osent rien dire. Je suis V.I.P, je peux me permettre et c’est tout.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La mer roulait ses rouleaux pas très clairs, les embruns crachaient des ondées lacrymales. Le bruit de la marée était comme une sonate dans les sonotones des vieux messieurs bronzés qui marchaient vivement en short, les coudes au corps, pour tenter de vivre un an ou deux de plus que ce que les statistiques prédisent. Ils pleuraient leur collyre comme d’autres pleurent leur colère. C’étaient des automates un peu ridicules : ils marchaient comme des marathoniens, en se déhanchant comme de vieilles danseuses orientales. Quand ils avaient atteint l’aéroport, ils faisaient demi-tour et repartaient dans l’autre sens, la mousse de leurs poils blancs colée par la sueur sur le marron de leur torse fripé et tanné par le soleil.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pour eux, on sentait bien qu’il en irait ainsi jusqu’à ce que mort s’ensuive. Aller du Casino Ruhl à la Californie et retour.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je les regardais d’un air absent, mais un peu intrigué tout de même. Ils avaient une légèreté et un dynamisme que je n’avais plus, c’était une affaire entendue. Pour autant, je ne parvenais pas à les envier.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Passé le Negresco et l’ancien Palais de la méditerranée, je me suis approché de la rue Massenet, où j’avais habité jadis. J’ai traversé la Promenade et me suis garé directement devant la terrasse du « Mississipi ». Les autres tournent vingt minutes avant de parvenir à se garer et boire un verre. Moi pas. Je me gare devant la terrasse que j’ai choisi, un point c’est tout. Je suis VIP.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je me suis installé sans attendre qu’on me désigne une table, et j’ai commandé une bouteille de Bandol rosé. Le garçon m’a demandé si j’attendais quelqu’un. J’ai répondu que non, que je picolais désormais seul, c’est meilleur. Il a haussé les épaules et retiré les autres verres de la table dressée. A Nice, c’est comme à Paris, les garçons de café ne s’étonnent plus de rien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai jeté un coup d’œil circulaire autour de moi. Les choses n’avaient guère changé en 25 ans. Le « Mississipi » hébergeait toujours quelques touristes anglais ou japonais et les traditionnelles femmes sur le retour, le visage lisse tendu à craquer par le botox et les coups de bistouri, ce qui contrastait avec leurs mains tavelées et leur cou plissé comme le front de Delon quand il prend son air fâché.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y avait également des gigolos en attente, qui buvaient de l’eau minérale car ils allaient avoir besoin de toutes leurs ressources pour parvenir au bout de leur nuit. Aussi quelques vieux danseurs de tango apprêtés et pathétiques, attendant l’heure du thé dansant.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai bu mon Bandol consciencieusement, décilitre par décilitre. Ces choses-là, je ne les fais jamais à moitié. Puis j’ai lancé un billet de 50 euros sans attendre la monnaie, comme le font les voyous, j’ai remis le contact et suis reparti sur « la Prom ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Arrivé à Magnan , vers la station « Elf », m’est revenue comme un boomerang cette nuit de février 1985, l’année où il a fait si froid et où les palmiers enneigés ont gelé sur la Promenade. J’étais alors steward, je rentrais chez moi après le dernier vol de nuit, celui de 0 heure 17 en provenance d’Orly. Je filais sur la Promenade pour retrouver Nina, et au troisième feu, cet anglais en Aston Martin m’a coupé la route, puis la colonne vertébrale. Les dernières paroles d’homme libre qui ont traversé mon cortex cérébral furent « ah, le con ». Après, il y eu le choc, le bruit, les bruits plutôt, interminables et variés.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce devait être un anglais daltonien, venu peindre la beauté de la Baie des Anges et qui a confondu les couleurs. Ou bien a maraîcher en goguette qui confondait l’orange sanguine des feux tricolores avec la tomate bien mûre. Il parait qu’il avait trop de sang dans son alcool.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Du Bloody Mary.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;De fait, le choc fut bloody, mais je n’ai pas rencontré Mary. Sans doute ne reçoit-elle que sur rendez-vous. En revanche, je fus reçu à bras ouverts en réanimation et plus longuement encore dans les piscines de rééducation.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et puis j’ai changé de voiture. J’ai une Sameva électrique, moteur 25 Kw, roues de 7 pouces, boite auto, toutes options.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je la conduis d’une main, avec un « joy stick ». Tu parles. Qu’on me rende le mien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je suis VIP, &lt;i&gt;Very Impotent Person.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A le voir là, au soleil de juin, le carrefour me parut bien banal, presque inoffensif. Il avait pourtant fait fuir Nina à toutes jambes, celles que je n’avais plus. Fuir mes amis, mon métier, mes jambes, mon cou, mes jambes à mon cou et le reste. Un vicieux et un retors, celui-là. Je ne le recommande pas.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;N’empêche, j’ai repris le trottoir de la Promenade coté mer, et j’ai mis les gaz à fond. Oui, sur la tête des enfants que je n’ai pas eu, je jure bien que j’ai roulé plein gaz, les yeux fermés et les roues bien droites.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai attendu de percuter des anglais. Je rêvais que j’en pulvérisais par brochettes entières. Pas des vieux en Aston Martin verte et casquette en tweed, non, leurs descendants, les rougeauds tatoués en débardeur fluo, le ventre proéminant et plein de bière. Je les pulvérisais avec mon bolide, aussi sûrement qu’une moissonneuse-batteuse implacable avale les épis et recrache le grain bien loin avec son bras télescopique. Je les envoyais hachés menu dans la stratosphère des jolies brunes que je n’aurais plus, la nécropole de leur croupe cambrée vers le ciel où ma tige ne s’enfonce plus. Le jus de moi qui ne jaillit plus et jamais ne créera de fillettes à couettes blondes qui jouent à la Nintendo DS en écoutant Amy Mc Donalds. Ni de garçons avec qui on joue au foot le soir à la fraîche, après le barbecue sur la pelouse, déguisés en Spiderman pour attraper les araignées qu’on a au plafond.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je les expédiais dans la planète nébuleuse et saturnienne des petits déjeuners sur l’herbe, des coups de pied nonchalamment lancés dans les cannettes métalliques, la planète lointaine des escaliers descendus quatre à quatre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et soudain, le choc m’a projeté en avant. Quelque chose de compact et dur, mais j’ai senti tout de suite que ce n’était pas un anglais. J’étais déçu. Quand j’ai rouvert les yeux, un peu de sang coulait de mon menton sur ma chemise, mais je ne souffrais pas. De toutes façons, il y a longtemps que je ne sens plus rien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’obstacle était une sorte de poubelle géante en plastic, avec l’inscription : &lt;i&gt;« Have safe and green sex. Please put your used condoms in the dedicated litter box »&lt;/i&gt;.(1)&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un bac à capotes anglaises. Décidément, ils sont trop forts, ces anglais. Je ne pourrais jamais les posséder tout à fait.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La Police Municipale était arrivée à VTT sur ces entrefaites, et avait entrepris de dresser Procès-verbal pour dégradation de mobilier urbain.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Celui des deux qui tenait le stylo cachait mal son embarras au moment de cocher la marque et le type de mon véhicule sur la case appropriée de son carnet à souches.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Mais je n’avais plus de colère, le Bandol commençait à faire sérieusement son effet et il était devenu mon ami.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai fermé les yeux de nouveau, et les anglais, j’ai décidé une fois pour toutes de les envoyer promener. &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;Sandro&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;(1) « Ayez des rapports sexuels protégés et écologiques. Merci de jeter vos préservatifs usagés dans la poubelle placée à cet effet ».&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4050393839954576996?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4050393839954576996/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/06/la-promenade-des-anglais-sandro.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4050393839954576996'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4050393839954576996'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/06/la-promenade-des-anglais-sandro.html' title='La Promenade des Anglais (Sandro).'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S_-4mY6CeDI/AAAAAAAAAZw/fXn659Hu9yE/s72-c/Prom.+jpeg.bmp' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-3481627894694492579</id><published>2010-05-13T17:47:00.014+01:00</published><updated>2011-01-13T09:25:10.450Z</updated><title type='text'>Le singe (F. Spassky)</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-sVQXy5kGI/AAAAAAAAAZo/fy5Hp2GyZ4s/s1600/medium_chimpanz%C3%A9_r%C3%A9fl%C3%A9chi.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-sVQXy5kGI/AAAAAAAAAZo/fy5Hp2GyZ4s/s320/medium_chimpanz%C3%A9_r%C3%A9fl%C3%A9chi.jpg" width="240" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cela arriva par une de ces banales soirées tropicales qui, comme leur nom l’indique, n’ont lieu que sous les tropiques et uniquement à la nuit tombée.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Monsieur et Madame Grandemanche, coopérants français en mission au Gabon, prenaient le frais à l’intérieur de leur maison en écoutant de la musique classique, toutes portes et fenêtres ouvertes. Le boy avait terminé son service, ils étaient seuls.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pile au moment où le concerto s’arrêta, un singe apparut dans la lumière de leur terrasse, un chimpanzé adulte qui portait au cou un collier dont pendait une chaîne cassée, que l’animal faisait tourner dans la main.&lt;br /&gt;Ebloui par la lumière, il s’arrêta un instant sur le pas de la porte et entra dans le salon. Puis il se mit à essayer systématiquement les fauteuils libres, allant de l’un à l’autre en se dandinant.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Inutile de dire que Monsieur et Madame Grandemanche étaient terrorisés. Ils avaient entendu des histoires effrayantes sur ces singes à la morsure redoutable et à la force colossale. Celui-ci était peut-être apprivoisé, en tous cas il appartenait à quelqu’un si l’on se fiait à son collier et sa chaîne. Paralysés de peur, ils eurent toutefois la présence d’esprit de ne pas hurler ni faire de geste brusque.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’animal, heureusement, ne semblait pas agressif ; il avait fini par choisir de s’installer dans le canapé en rotin et continuait de regarder partout en clignant des yeux. Un moment il décolla du mur un tableau au-dessus de lui pour voir s’il y avait quelque chose derrière puis, son examen l’ayant satisfait, il croisa les bras et déclara d’une voix forte : « Je me taperais bien une bière.. »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sur le moment, Monsieur et Madame Grandemanche crurent à une hallucination, mais le singe répéta distinctement &amp;nbsp;: « Je me taperais bien une petite bière.. &amp;nbsp;»&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Monsieur, en train d’imaginer une stratégie qui lui aurait permis sans effrayer l’animal d’accéder au téléphone pour appeler la gendarmerie, en oublia tout…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais… Vous parlez ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben oui, je parle : vous n’auriez pas une bière, des fois &amp;nbsp;?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais.. &amp;nbsp;Un chimpanzé ne parle pas ! Comment se fait-il… ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— C’est comme ça : j’en ai marre de faire le singe, à force cela devient pénible ; alors, cette bière, vous en avez &amp;nbsp;?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Euh, non désolés, balbutia Madame, mais du coca-cola…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ah non, je ne bois pas de cette saloperie chimique !…Une Suze, alors? J’aime bien la Suze, je finissait les verres chez mon maître.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Oui, je crois, dit-elle en se levant pour aller le préparer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comme elle passait devant le singe, celui-ci la détailla avec insistance:&lt;br /&gt;— Dites, vous ne seriez pas intéressée à copuler avec un chimpanzé dans la force de l’âge, dès fois ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Je vous prie, un peu de respect monsieur… euh…le singe… !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Casimir… Mon dernier maître m’appelait Casimir. Un vrai con : à chaque fois qu’il avait des invités il me fallait faire le chimpanzé, manger des bananes, faire « hou – hou » en se grattant les aisselles, grimper aux arbres, pffff…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais enfin, que font alors les singes?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben comme tout le monde, ils mangent, ils dorment, ils cherchent de la nourriture, ils copulent, ils se chamaillent. Mais ils ne font pas « hou-hou », en se ventilant sous les bras sauf quand on leur demande.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Votre Suze…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Merci ma petite guenon , dit-il à Madame Grandemanche lorsqu’elle posa avec beaucoup d’appréhension le verre devant lui, vous êtes sûre, pour le chimpanzé dans la force de l’âge ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Euh… non merci Monsieur Casimir.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Bon, bon, c’est dommage. Mais vous avez tort : vous n’avez pas idée de ce que l’on peut faire avec quatre mains et quand on est pourvu d’un os pénien…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— (…)&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Au fait, si je suis venu vers votre maison, c’est à cause &amp;nbsp;de la musique. Le n° 1 de Rachmaninov, c’est bien, mais soit dit sans vous offenser, le N°2 lui est bien supérieur…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Parce que, en plus, vous, vous vous y connaissez en musique classique ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben, oui pourquoi ? Mais vous avez de la chance de ne pas être obligés de vivre tout le temps en Afrique ! Ce qu’ils m’emmerdent les Gabonais avec leur musique de sauvages… Boum, badaboum, tam tam… De la daube…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais … euh… Tous les singes sont comme vous ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— C’est-à-dire ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ils parlent, ils écoutent de la musique classique, tout ça, quoi ?….&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pfff… Evidemment ! Enfin, sans doute. On n’en parle pas entre nous…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais alors, pourquoi le cachent-ils ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— C’est ça le problème : si on veut la paix, faut faire le singe. Imaginez, ils découvriraient qu’on est intelligents, que feraient-ils à votre avis ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Je ne sais pas…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben voyons, ils nous enverraient bosser à l’usine. À la chaîne ! Vous imaginez &amp;nbsp;le nombre de boulons qu’on peut visser avec quatre mains travaillant en même temps ? Ils nous obligeraient à faire les marioles en haut des échafaudages, creuser au fond des mines…merci bien !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais alors pourquoi faites vous ce .. euh… ce &lt;i&gt;outing&lt;/i&gt; ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— J’ai décidé de m’élever dans l’échelle sociale. Déjà chez les singes-singes j’étais en quelque sorte un type supérieur, un chef. Mais quand ces enfoirés d’humains – sauf votre respect – ont réussi à me capturer, &amp;nbsp;j’ai compris qu’il faudrait que je franchisse le pas. Question de considération et de standing, en quelque sorte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et comment allez-vous faire ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Déjà, c’est sûr, faut que je m’accouple avec une humaine. Avoir une humaine comme femelle, c’est classe. Les nôtres sont capricieuses, sentent mauvais, n’ont pas de nichons, n’ont aucune idée de la bonne cuisine et, franchement, pour la conversation….&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— (…)&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pour votre dame, là, j’étais sérieux tout à l’heure… Elle ferait une bonne action. Vous êtes &amp;nbsp;peut-être polygame ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Non, non, monogame…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Une fille, peut-être, pour que je lui fasse un enfant ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Oui, elle est restée en France, mais non, grand Dieu, quelle horreur !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pourquoi, elle aime pas les poilus ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Non, ce n’est pas ça, mais enfin… ce n’est pas possible…Vous n’êtes pas de la même espèce !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Oui, je comprends. Mais j’ai l’intention de m’assimiler complètement, n’ayez crainte : je vais mettre des habits, apprendre la Marseillaise, faire ma crotte où il faut, tout ça…. J’ai déjà essayé des vêtements de mon dernier maître, c’était &amp;nbsp;trop grand, mais avec des retouches… Les chaussures, par contre, là, ça craint. Vous pensez que je pourrais me faire faire des chaussures spéciales ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Peut-être à partir de gants épais ? dit Madame.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Oualà…. À partir de gants ! Elle est pas idiote, hein, votre femelle !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Mais, enfin, pourquoi ne voulez-vous pas rester avec les singes ? reprit Monsieur, vous serez malheureux au milieu des humains !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Vous rigolez ou quoi : vous avez déjà fréquenté des gorilles ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Euh, non…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Plus cons, y a pas… Susceptibles en plus. Et pas un gramme de délicatesse, des brutes, quoi…Le genre à écouter du rap…ou à faire CRS...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Les gorilles ? mais il n’y en a presque plus !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Peut-être, mais qu’est-ce que vous croyez, qu’il n’y a que ça comme singes ? Et les babouins ? Non mais, vous avez vu la gueule qu’ils ont ? Et les macaques alors, par exemple ?… Z’avez jamais eu des macaques comme voisins, ça se voit &amp;nbsp;!&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pourquoi ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ils gueulent toute la journée, viennent en bande vous piquer vos affaires, vous caillassent au passage… Ils sont insupportables.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et les bonobos ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ouaip, les bonobos… De vrais salauds, ceux-là… &amp;nbsp;Ils essaient de vous faire croire à une intelligence de singe, mais &amp;nbsp;façon singe : des social-traîtres… Faut vous méfier d’eux, un jour ils vous foutront un bordel sans nom, vous n’allez pas comprendre ce qui vous arrive… Déjà, le sida, à votre avis, qui l’a transmis chez vous ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Noooon ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben si. Y a plein de pédés &amp;nbsp;chez les bonobos… Non, finalement je me verrais plutôt mieux vivre au milieu des humains. Mais libre, normal, quoi… J’en ai marre des serpents, des éléphants et des phacochères. &amp;nbsp;Tenez, les gnous, par exemple – rien que le nom, hein ?– si vous saviez comme ils sont stupides… &amp;nbsp;Il n’y a rien à en tirer. Vous approchez un peu, pffft… ils foutent le camp ! Comment voulez-vous nouer des relations durables ? Et une girafe, vous vous imaginez causer à une girafe ? rien que pour la regarder dans les yeux faut grimer dans un arbre… Et je vous dis pas les crocodiles !… Pour eux vous êtes juste un casse-croûte. Non, franchement, la jungle, c’est pas top…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Vous voulez donc vivre comme nous ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— &lt;i&gt;Yeah, man&lt;/i&gt; ! Mon rêve, c’est une petite femelle blonde, un bain moussant et du café avec des tartines… Et une bière fraîche de temps en temps.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Parce que vous buvez &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; du café ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et pourquoi pas ?… &amp;nbsp;Dites, vous pensez qu’en montrant que je sais parler et que je suis intelligent je pourrais avoir des papiers ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Des papiers ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben oui, des papiers d’homme-singe, une carte d’identité, un titre de séjour…Je pourrais prendre un nom bien français : Casimir Chain... ou Casimir Panzé, qu'en pensez-vous ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Euh… Ici, je ne sais pas, mais en France avec les lois Sarkozy, à mon avis…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ouais, je sais. Ce Sarkozy-là, ce n’est pas un bon &lt;i&gt;toubab&lt;/i&gt;… Il est contre l’immigration venant d’Afrique. Et son Portefeux, là, pareil... Mais remarquez, je suis pas musulman, et en plus je pourrais lui rendre des services…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Des services ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ouais. « Conseiller spécial du Président en animaux »… Vous n’y connaissez rien : quand je pense qu’il y a des abrutis chez vous pour vouloir protéger les lions ou les éléphants… Tu parles ! De la saloperie tout ça. Faut juste garder les vaches, les moutons et les chimpanzés, c’est tout…Le reste c'est que du nuisible...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Euh… cela m’étonnerait qu’il soit intéressé. Brigitte Bardot, peut-être… Franchement vous feriez mieux de rester au Gabon… Mais dites, et si vous retourniez maintenant chez votre maître et que vous lui expliquiez ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pas question…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Et d’abord, c’était qui votre maître ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Le docteur N’Gotto. Vous savez pourquoi il a des singes en captivité ? Il a raté son examen, il a jamais été chirurgien et il s’entraîne sur des singes… Je vous conseille pas de vous faire opérer par lui ! &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ah ? Est-ce possible ? Vous venez de chez Abdoulaye N’Gotto ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Si je vous le dis… Demandez-lui un jour ses diplômes… Vous voyez bien, une vie de singe, dès fois, ça a des inconvénients…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Hum, voulez-vous que je lui téléphone, pour lui expliquer ? plaider votre cause ? je dois avoir son numéro personnel quelque part…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Pfff… M’étonnerait que ça serve à quelque chose…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Laissez-moi essayer…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Monsieur Grandemanche se leva, sortit un instant de la pièce, mais revint avec un fusil de chasse chargé. Il tira deux cartouches presque à bout portant sur le singe. Puis il décrocha le téléphone et appela le docteur N‘Gotto :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Dis-moi Abdoulaye, fait que t’arrêtes tes conneries, là… Oui, ton programme de stimulation de cerveaux de chimpanzés… Ca leur donne des idées : y en a un qui s’était &amp;nbsp;échappé de chez toi, il voulait de la bière, une carte d’identité et, en plus, il envisageait sérieusement de sauter Monique… Viens chercher son cadavre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Un singe qui parle !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Et puis quoi encore ?&lt;/i&gt;… Songea-t-il, en raccrochant le téléphone.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;Frederic Spassky&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-3481627894694492579?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/3481627894694492579/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/le-singe.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3481627894694492579'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3481627894694492579'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/le-singe.html' title='Le singe (F. Spassky)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-sVQXy5kGI/AAAAAAAAAZo/fy5Hp2GyZ4s/s72-c/medium_chimpanz%C3%A9_r%C3%A9fl%C3%A9chi.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-1089381561947795791</id><published>2010-05-09T22:24:00.007+01:00</published><updated>2010-05-10T16:16:20.854+01:00</updated><title type='text'>Du rififi au bout d’une corde (Ranta)</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-b7MEaEiaI/AAAAAAAAAZg/HfXcEfrocsw/s1600/escalade.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-b7MEaEiaI/AAAAAAAAAZg/HfXcEfrocsw/s320/escalade.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;« Pierres...pierres ! ! ! »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai juste le temps de rentrer la tête dans mes épaules et d’essayer de me coller un peu plus à la paroi, comme si cela pouvait servir à quelque chose, que déjà le fracas assourdissant se fait entendre. Furtivement, sur ma droite, je vois passer deux gros blocs qui en rebondissant se brisent en plusieurs morceaux... Des pierres ? &amp;nbsp;Ben tiens, la montagne, oui !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J’ai eu chaud, c’est pas passé loin : quelques mètres à côté... Ma première chute de pierres, mon baptême. J’irais pas jusqu’à dire que ça se fête, mais je sais maintenant ce que l’on ressent : rien, on ne ressent rien ; on n’a pas le temps : soit on est sur la trajectoire, soit on ne l’est pas. Les « dangers objectifs » on appelle ça, tu parles...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— « Eh oh, ça va là haut ? ....( Pour toute réponse un grognement de l’auteur de l’éboulement). &amp;nbsp;Moi ça va, merci de demander… »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et ce con qui ne répond toujours pas. Je me risque prudemment à jeter un œil, il n’y a plus de danger mais une peur rétroactive se fait sentir, pour constater qu’une des cordes, la jaune, est sectionnée. Ennuyeux ça, une des deux cordes coupée, amputée d’une vingtaine de mètres ; pas vraiment un problème, mais tout de même… La corde de charge aussi est sectionnée, celle qui hissait le, "son" sac. Et le sac est quelque part dans les éboulis du pierrier, cent quarante, cent cinquante mètres plus bas. J’en aurais presque un sourire. Parce que l’histoire du sac, c’est une pierre d’achoppement entre nous : Môssieu a décidé qu’il ne porterait pas son sac et qu’il faudrait le hisser, avec comme argument : « Etant donné que je suis là pour me faire plaisir, il est hors de question que je grimpe lesté comme un baudet, tu comprends…question de principe » &amp;nbsp;m’a dit-il en au pied de la paroi en sortant une cordelette de son sac, destinée à le hisser.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;—Non, non.... La corde va se coincer à un moment ou à un autre ; sans compter le temps que l’on va perdre à hisser le sac à chaque relais ! »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;J’ai beau tenter de le raisonner, je commence même à me fâcher, Monsieur n’en démord pas... Alors va pour une corde de charge, va pour perdre du temps et bien entendu, comme prévu, elle s’est déjà coincée trois fois.... Trois fois où il a fallu redescendre pour la dégager.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Donc je jette un œil, et je vois que le bloc au dessus du relais a disparu....et pour cause, c’est celui qui vient de me frôler. En fait, apparemment, il y avait deux blocs... Ce con a réussi à virer deux blocs d’une centaine de kilo chacun, comme ça, juste en se hissant dessus.... Il n’a même pas cherché à savoir s’ils étaient en équilibre instable ou solidement solidaires de la paroi. Et surtout, la présence de ces blocs à un relais est l’ultime confirmation – depuis la traversée de la précédente longueur, j’en ai la quasi certitude – que l’on est pas dans la bonne voie : à aucun moment je n’ai lu, dans le topo décrivant la progression de l’escalade, qu’il était question de blocs instables à un relais ; une traversée d’une trentaine de mètres sous un surplomb c’est franchement le genre de truc qu’on oublie pas d’écrire dans un topo ou alors l’auteur l’a rédigé un jour où il s’est trompé dans sa cueillette de champignons.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;« &amp;nbsp;—Vaché ! »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Enfin, il me parle. &lt;i&gt;Vaché&lt;/i&gt;, ça signifie je suis auto-assuré ; une&lt;i&gt; vache&lt;/i&gt; &amp;nbsp;c’est une sangle qui passe dans le baudrier et au bout de laquelle se trouve un mousqueton.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ok, je monte, la jaune est coupée, serre-moi sur la rouge.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Non, je descends &amp;nbsp;( comment ça il descend ? pour faire quoi ?). &amp;nbsp;Libère la rouge, je pose un rappel avec.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Non, je monte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Je ne t’assure pas, libère la rouge j’te dis !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Il ne m’assure pas, il ne veut pas m’assurer ce con ! Le pire c’est que je n’ai pas de doute, je n’ai pas le choix.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;« Mon sac, faut récupérer mon sac, j’ai mon appareil photo dedans ».&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— M’ouais, ton appareil : oh, pour ce qu’il doit en rester, hein ?... Et puis on va pas redescendre, la traversée dans l’autre sens faut pas y compter, on a qu’un choix c’est sortir par le haut.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Fais comme tu veux, moi je redescends.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Ce mec commence vraiment à me les briser. J’aurais dû me méfier, bien fait pour moi. Pourtant, il avait l’air sympa et compétent. J’avais fait sa connaissance un an plus tôt, dans les gorges du Verdon. On avait échangé nos adresses lorsqu’on avait constaté qu’on habitait la même région . Oh, bien sûr, on avait fait deux ou trois voies ensemble pour se tester, parlé de nos réalisations et de nos souhaits d’escalades, en bref on s’était apprivoisés. Tout ça pour dire que le jour où il m’avait sollicité pour cette escalade, j’avais dit oui sans hésiter.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Faut dire que grimper c’est pas simple, j’entends par là organiser une ascension, surtout pour moi, parce que la "grimpe", en ce qui me concerne, ce n’est que deux, trois mois dans l’année. Le reste du temps je ne peux pas, mon autre sport, à raison de quatre entraînements par semaine me prend tout mon temps. Alors une fois qu’on a éliminé ce qu’on voudrait bien mais qu’on ne peut point –question de niveau– il reste à trouver des partenaires qui ont les mêmes envies. Et ça, ce n’est pas toujours facile.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Et moi, cette voie elle me tenait à cœur. C’est que ce n’est pas n’importe quelle course, c’est le grand René Desmaison en personne qui l’a ouverte ; &amp;nbsp;alors marcher dans les traces du grand René, même si c’est une voie de difficulté modeste… Son seul défaut c’est qu’elle n’est pas fréquentée : d’une part car elle n’a rien d’extraordinaire et d’autre part car elle est loin de tout, il faut compter une bonne journée pour seulement arriver à son pied. Mais pour moi elle a une grande qualité : c’est une « Desmaison » abordable par un grimpeur moyen.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Desmaison, gosse, je me suis nourri de ses récits. Moi, le garçonnet de la vallée je m’étais bricolé un baudrier avec des lanières en cuir, j’avais même peint Lafuma dessus ; &amp;nbsp;comme corde une ficelle, une poupée ou un ours en peluche faisaient office de « clients », une binette en guise de piolet, un marteau de maçon, des clous et des limes pour pitons, sans oublier le sac en toile de jute et une vieille couverture pour tout duvet, et le casque… celui de mon arrière grand père, celui de la guerre de quatorze ; trop grand le casque, son bord me tombait toujours sur le nez. Le théâtre de mes « exploits » : le vieux noyer au fond du jardin de mes grand parents. Des voies j’en ai ouvert des centaines sur son tronc, dans ses branches : la Ravanel et la Mummery, les courtes, les droites, la Walker, la Grand Dru... Je les ai toutes répétées, à tel point que j’ai fini par transformer son tronc en passoire avec mes clous et mes limes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je sens que l’on ne va pas tarder, que &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; ne vais pas tarder à me fâcher pour de bon…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Déjà hier après-midi au refuge... Refuge, enfin plutôt hôtel-restaurant. Il est quelques dizaines de mètres en contrebas de l’arrivée du télésiège. C’est Pierre, le patron. &amp;nbsp;Je l’ai connu l’année où j’ai fait le "perchman" dans la station pour me payer mes études. Comme tous les employés je prenais mes repas, (avantages en nature), et mes bières, sur mes deniers personnel, chez lui. Ça laisse des traces, ça crée des liens, cinq mois à consciencieusement dépenser sa paie en bibine dans un troquet. M’enfin, Pierre a l’air content de me revoir. Faut dire que j’ai un peu "bossé" chez lui, la contenance des fûts de bière étant inversement proportionnelle à celle de mon porte monnaie ; et qui paie ses dette s’enrichit… même si c’est avec de l’huile de coude !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Sauf que Pierre, il n’a pas trop apprécié mon acolyte – mon alcoolique enfumé, c’est plus juste comme qualificatif.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ça a commencé sur la terrasse : Môssieu c’est roulé un tarpé... C’est fun le tarpé.... Ça fait le mec cool... Et avec ses grandes boucles brunes, ses yeux bleus délavés qui regardent sans voir, des yeux qui naviguent dans le lointain, le regard de celui qui a dépassé les basses contingences de notre monde, mon toto avait toute la panoplie du piège à cons et à connes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Bon, le Pierrot il en avait vu d’autres. Pensez donc, en station ! mais là, à la terrasse bondée de son bistrot, en plein Juillet, ça commençait moyen en guise de présentations. Là où il m’a soufflé, c’est lorsqu’il a commandé une bouteille de Crépy à quatre heures de l’après-midi. Puis une seconde une heure après, un petit tarpé de derrière les fagots en plus et Toto c’est transformé en ce qu’il est : un Tartarin des cimes... Et des oreilles pour écouter ses tartarinades ça n’a pas manqué : allons donc, en plein juillet un auditoire néophyte il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser un… À tel point qu’à la troisième bouteille j’ai retrouvé le local de la plonge, local familier comme je l’ai déjà expliqué. Mieux valait, pour rien cette fois, laver les assiettes, les gamelles et faire des pluches que de subir plus longtemps la honte que sa présence m’imposait.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;« — &amp;nbsp;Fais comme tu veux, moi je redescends chercher mon sac ».&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Ce mec est malade. La traversée que l’on vient d’effectuer est infranchissable dans l’autre sens, sauf à pitonner et à passer en "artif" et encore – &amp;nbsp;et de toute façon on n’a pas d’étriers, alors...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Alors c’est simple : j’ai cinq ou six pitons, cinq coinceurs et une dizaine de dégaines ; avec ma corde je vais me faire une boucle d’environ dix mètres en guise d’auto-assurance et je vais continuer tout seul. Ça va me prendre du temps, monter en bout de boucle tout en posant pitons et coinceurs, me détacher, poser une corde fixe, descendre les récupérer ces pitons, coinceurs et dégaines, remonter en me hissant sur la corde, refaire ma boucle et ainsi de suite, de dix mètres en dix mètres… Je ne serai pas sorti de la voie ce soir, je suis parti pour un bivouac... Bast, en juillet les nuits ne sont pas froides, et puis il ne faut pas que je commence à penser à ça… Non, l’urgent c’est de me souvenir. De me souvenir de ce que je sais de cette paroi.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Je ne suis pas dans la bonne voie, et il y a trois autres voies ici. J’en élimine une de suite, elle est sur l’éperon sud-ouest, bien à l’écart. Reste les deux autres. Allons : dans laquelle se trouve la traversée à la neuvième longueur sous un surplomb ? C’est marrant mais c’est toujours lorsqu’il faut se souvenir que rien ne vient....Ça me ramène à l’école, au tableau noir, à chercher combien font neuf fois sept...et les poésies...et les conjugaisons...aïe, aïe pense pas à ça.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Ma blouse grise, l’odeur de la craie, les pupitres avec leurs encriers et le maître...Comment il s’appelait déjà ? Je revois son visage, sa règle qui m’a laissé de douloureux souvenirs au bout des doigts ; mais son nom ? non, rien, rien de rien... Ah oui : M. Marchand je crois bien... Ses moustaches en guidon de vélo et sa blouse bleu marine pleine de tâches. Il venait à vélo à l’école, un vieux biclou qu’il rangeait toujours contre le marronnier juste devant le préau ; même qu’un jour on lui avait crevé les pneus avec des épingles à nourrice et qu’on c’était fait prendre bien sûr... Merde ! ! ! pense pas à ça bon Dieu, la voie, rappelle toi ce que tu as lu à son sujet ! Rien, pas de souvenir....neuf fois sept ? heu....&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Et puis je culpabilise : laisser le Toto tout seul dans la traversée... Merde... Non, tant pis, quand on est con on est con : tout ça pour un appareil photo qui ne doit plus en avoir que le nom... Oh, oh, doit y avoir son hasch dans le sac aussi...Ça doit être ça, le hasch, ouais c’est ça, il veut récupérer son shit....quelle buse ce mec !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Bon, et René, il ferait quoi René, il en penserait quoi ? René, il éclaterait de rire et il dirait : « En montagne on reste pas immobile, on monte ou on descend, mais on reste pas à gober les mouches, à bober à la lune... » Bien, vas-y... Oui mais... Y’a pas de « oui mais »...grimpe ! ! ! Oui mais le Toto tout seul dans la traversée... D’ailleurs il a commencé, ça pitonne sec par là-bas.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En réalité j’ai autant la trouille de continuer seul que je me culpabilise ; et si ça se trouve je ne culpabilise même pas du tout, j’ai juste besoin d’un prétexte pour le rejoindre... Et puis ça me revient, ça y est je me souviens, je me rappelle de tout, de tout ce que j’ai lu sur cette paroi : &lt;i&gt;il n’y a pas de traversée sous un surplomb !&lt;/i&gt;...Alors... alors je suis en train de faire une première à mon insu ? une vraie, pas une dans le noyer de mon enfance ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;J’ouvre une voie, moi... Dom... et tout seul qui plus est ! Une première en solitaire – enfin en partie, mais tout de même – &amp;nbsp;le saint Graal du grimpeur... Je vais avoir mon nom accolé à une voie, mon nom gravé au firmament des plus grands de l’alpinisme...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;T’énerve pas mon gars, faut d’abord la sortir « ta » voie, parce qu’autrement ton nom gravé ce sera sur une pierre tombale que tu l'auras. Oh, oh... mais je vais trouver quoi plus haut ? parce que...c’est quand même pas bien normal qu’il n’y ait pas de voie ici, depuis le temps que j’entends que tout ce qui a pu être fait l’a été...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Zut et rezut, l’angoisse revient. "En montagne on reste pas immobile, on monte ou on descend". Oui c’est ça, merci René, j’y vais. Et qu’il se démerde seul le Toto : tout ça pour un bout de shit !...Et puis la gloire ça se partage pas, deux coqs dans un poulailler ça en fait un de trop. Plus besoin de prétexte, c’est : en avant toute…&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&amp;nbsp;------------&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Encore un lacet à droite et je sortirai de la forêt, de là je verrai l’hôtel de Pierre. Je marche en sifflotant, j’ai le cœur léger, j’ai déjà un nom pour ma voie, un nom à la con, c’est tendance, ce sera « le goret suspendu », en hommage à Toto... Il sera bien obligé de savoir que ça s’adresse à lui une fois que j’aurai raconté. Et puis mon topo, je l’ai déjà écrit, il est dans ma tête… Enfin, les neuf premières longueurs j’ai un peu de mal à me souvenir, mais les dix autres... Ah....les dix autres !... Peut-être même un article dans « Montagne magazine » ? Sûrement même ! Allons, dix-neuf longueurs cotée TD (très difficile) ça se claironne, au diable la modestie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tiens, Pierre est en terrasse, il balaye. Il me regarde, met une main au dessus de ses yeux pour mieux voir, hésite et puis se décide à marcher à ma rencontre. Je sifflote toujours, je vais la jouer modeste.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Ben....qu’est-ce tu fais là ? &amp;nbsp;je croyais que tu étais redescendu ; du moins c’est ce que m’a dit ton pote.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— &amp;nbsp;Hein… mais tu parles de quoi Pierre ? »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— &amp;nbsp;Ben, ton pote...Il m’a dit que tu avais renoncé au pied de la voie, que tu te sentais pas, que tu étais redescendu droit dans le pierrier et que tu avais dû suivre la cascade pour rejoindre le parking. Du coup il a grimpé tout seul et il affirme avoir ouvert une nouvelle voie, une ED (extrêmement difficile) »&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Mon pote, comme il dit, il est en terrasse, une bouteille de Crépy devant lui son auditoire autour. En me voyant il se lève, vient vers moi en ouvrant grand ses bras et me dit :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;« Sacrée journée, hein ?…»&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&amp;nbsp;Et ça : sacré coup de boule hein ?... Toto est allongé et pisse le sang. Moi aussi je pisse le sang, je me suis ouvert le front sur ses dents. Mais putain, que ça fait du bien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"&gt;Ranta&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;___________________________________________________________________________________&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-1089381561947795791?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/1089381561947795791/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/du-rififi-au-bout-dune-corde-ranta.html#comment-form' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/1089381561947795791'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/1089381561947795791'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/du-rififi-au-bout-dune-corde-ranta.html' title='Du rififi au bout d’une corde (Ranta)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S-b7MEaEiaI/AAAAAAAAAZg/HfXcEfrocsw/s72-c/escalade.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>11</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5094575504533491867</id><published>2010-05-03T19:01:00.001+01:00</published><updated>2010-05-05T16:48:20.987+01:00</updated><title type='text'>Une passante considérable (Sandro)</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S973pe3ZYDI/AAAAAAAAAXY/fdH7qvTqsNY/s1600/DAME+BLANCHE.jpeg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="320" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S973pe3ZYDI/AAAAAAAAAXY/fdH7qvTqsNY/s320/DAME+BLANCHE.jpeg" width="225" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il faisait chaud, trop chaud pour la saison.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je crois bien que c'était un temps déraisonnable, comme le reste.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai jeté un dernier coup d'œil circulaire à mon salon, un peu vieilli, un peu tapé.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce fut un chouette salon &amp;nbsp;design et art moderne, avec la table basse et la bibliothèque en verre dépoli entrelacé de fer forgé vert de gris. Une fleur artificielle violette en cristal, des choses comme cela. Du vieux moderne. Un disque d'Alain Bashung jeté sur le canapé, un ouvrage de Beckett encore ouvert. "Oh, les beaux jours", ça s'appelle. Aux éditions de Minuit. Ca ne s'invente pas.&lt;span class="Apple-tab-span" style="white-space: pre;"&gt; &lt;/span&gt;Il y a aussi des factures qui s'amoncellent et des radios pulmonaires entassées sous un vieux numéro des Inrockuptibles.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai claqué la porte de l'appartement derrière moi et ça ne m'a rien fait de spécial.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Rien du tout, je vous dis.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans l'ascenseur, je me suis jeté un coup d’œil de travers dans le miroir, comme on en lance à ceux qu'on suspecte de préparer un mauvais coup.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai mis un blouson léger de toile grise. Je sais pourquoi je porte celui-là et pas un autre, mais ça ne vous regarde pas.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sur mon crâne glabre, j'ai vissé une casquette de cuir, qui me donne un air à mi-chemin entre Ticky Holgado et Hanna Schygulla dans "Lili Marleen". J'ai également des sourcils à la Nosferatu, c'est-à-dire que je n'en ai plus.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et je suis sorti dans la rue, où j'ai tout pris de face comme le nageur imprudent boit la tasse: la chaleur de ce mois d'avril déraisonnable, les klaxons des voitures, les pétarades des scooters, les piétons qui courraient comme des fourmis après on ne sait quoi.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je me suis dirigé vers le Parc Monceau par la rue de Prony.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le lieu était plein comme un œuf et bruissait de piaillements divers, hommes, femmes, enfants et oiseaux entremêlés dans un concert anarchique et illisible. Par moments, tout de même, les rouges-gorges semblaient l'emporter sur le grincement des trottinettes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai marché doucement - car je transpire vite en ce moment - à la recherche d'un banc libre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je l'ai finalement trouvé, à l'ombre d'un kiosque à musique.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans ma poche intérieure, il y a une enveloppe blanche et vide. Au début, je voulais écrire une lettre, mais je me suis vite rendu compte que je n'avais plus grand monde à qui écrire. Les amis, la famille, j'ai trop marché derrière leur boite, avec parfois même pas de vent pour agiter les fleurs.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Alors non, pas de lettre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai laissé couler un peu de temps, en comptant jusqu'à cent . C'est mon cache-cache à moi, un jeu de hasard sans casino. A cinquante contre un, on perd. A cinquante, j'ai sorti de ma poche le sac plastic que m'a donné Tony. C'est un ami, Tony, même si nous ne nous donnons pas l'accolade pour un rien. Je sais que certains le tiennent pour quantité négligeable, mais moi je sais qu'on se comprend sans se parler, et c'est ce qui m'importe.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Hier soir, il est venu prendre un café chez moi, en s'excusant de ne pas pouvoir rester. En partant, il a juste déposé un sac plastic sur la table basse en murmurant : "le truc que tu m'avais demandé".&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Puis il est parti en mimant le salut militaire américain, du moins une version libre un peu stylisée, parce qu'il faut bien dire que Tony, c'est un artiste.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et voilà, le sac et son contenu sont à présent dans mes mains moites sur ce banc vermoulu, je regarde autour de moi avec l'air de celui à qui on ne la fait pas derrière mes lunettes de soleil. Pendant que mes yeux fixent un massif de rhododendrons, mes doigts déchiffrent la crosse du revolver, lisent les renflements du barillet, suivent le canon et son cran de mire final.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Bien sur ce n'est pas très sérieux de faire ça au parc Monceau, avec tous ces gosses qui jouent, mais est-ce que la vie m'a pris au sérieux, moi?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je comptais toujours. A soixante six, elle est rentrée dans mon champ de vision, évidente et improbable .&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une jeune femme très brune avec une robe trop blanche qui faisait mal aux yeux, fine comme liane, déliée et souple. Un visage indéchiffrable, un corps flou.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle a ondulé au ralenti, comme les rideaux bougent lorsqu'on laisse la fenêtre ouverte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle a avisé un bref instant un banc où se bousculaient des enfants aux doigts chocolatés et à la frimousse barbouillée de confiture.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Puis elle a vaguement porté le regard vers un couple de vieux qui prenait le soleil, avec des yeux octogonaux de lézards brésiliens. Mais elle s'est ravisée.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et enfin, de guerre lasse, elle a conduit ses pas vers mon banc. Ses pas que j'ai compté. Quatre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Puis trois, deux, un et elle était devant moi, palpable comme un coup de poing, avec une moue vaguement écœurée, un peu lasse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle m'a inspectée de bas en haut, puis l'inverse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Résignée, elle s'est assise à mes cotés, après un regard furtif à l'état de propreté du banc, jaugeant son impact potentiel sur sa robe de popeline blanche.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle s'est posée comme seuls les chats le font, en souplesse et de travers, après avoir fait le tour de l'endroit.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C'était une féline, c'est sûr. J'ai presque senti la griffure.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je tentais de respirer calmement, en décomposant bien le mouvement, comme un bon maître-nageur l'enseigne à ceux qui vont se noyer.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'avais toujours la main fermée comme une huître sur la crosse du Ruger, une main un peu moite à présent, avec mon geste figé dans le mouvement comme un patineur gelé sur la glace des ralentis télévisuels. Plus moyen de lâcher ce truc, la raison de tout cela. Je n'entendais plus de bruits, plus rien, même pas raison.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'étais résolument muet, comme le sont les douleurs ou les fous qui ont renoncé à dire ce qui leur arrive. Du temps a coulé, je ne saurais dire combien, ça fuyait comme une baignoire folle qui déborde.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et contre toute attente, c'est elle qui a parlé.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sans tourner la tête, les yeux droit devant.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Elle a dit tranquillement :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;-"Il fait chaud pour un lundi".&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai hoché gravement la tête, en mimant celui qui comprend. Cette phrase m'apparut d'une profondeur et d'une pertinence incontestables, mâtinée d'un humour qui ne souffrait aucune réplique.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C'est tout ce qu'elle a dit. Et puis elle s'est levée, s'est éloignée en ondulant de la croupe et de la robe, ses minces mollets bronzés luttant pour ne pas tordre ses talons hauts sur le gravier inégal.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;"Il fait chaud pour un lundi". C'est tout ce qu'elle a dit, mais il est vrai qu'il n'y avait rien d'autre à dire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce fut une passante considérable.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai avisé mon sac plastic, je l'ai fourré sous mon blouson et me suis levé à mon tour, lentement et sans trop y croire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je me suis regardé marcher dans le parc vers les grilles de la sortie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je sais que je reviendrai demain.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A la fraîche.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: justify;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp; Sandro&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5094575504533491867?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5094575504533491867/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/une-passante-considerable-sandro.html#comment-form' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5094575504533491867'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5094575504533491867'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/05/une-passante-considerable-sandro.html' title='Une passante considérable (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S973pe3ZYDI/AAAAAAAAAXY/fdH7qvTqsNY/s72-c/DAME+BLANCHE.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-1288491869332862629</id><published>2010-04-17T17:03:00.011+01:00</published><updated>2010-04-30T20:40:47.301+01:00</updated><title type='text'>La confession (F. Spassky)</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8mzF3TOvJI/AAAAAAAAAWw/xZAkL88Vba4/s1600/cimetierre%2Brusse%2Ball%C3%A9e2.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s1600/interieur+stgenev.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s1600/interieur+stgenev.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s320/interieur+stgenev.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Avec l’âge, la durée de la messe matinale en rite byzantin devenait une souffrance pour le Père Grigori. Aussi, à présent qu’elle était terminée, savourait-il avec soulagement un peu de repos en prenant son petit déjeuner.&lt;br /&gt;Tout en mangeant il regardait par la fenêtre le cimetière aux allées encore vides de visiteurs. Un joli soleil brillait au-dessus de ses pensionnaires défunts et le ciel d’Ile-de-France semblait comme nettoyé de tout nuage. En souriant dans sa barbe, le pope se plut à imaginer l’archange Gabriel en train de se livrer à ce travail, armé d’une sorte de gigantesque éponge divine… &lt;br /&gt;Le café lui fit du bien et il apprécia la tartine de miel, ses forces lui revinrent peu à peu. Il rangea les traces de sa collation et s’en fut toquer chez le comte Savinkov, qui gérait l’administration : quatre enterrements aujourd’hui. Évidemment, dans l’église attenante à un cimetière, que pouvait-il y avoir d’autre, à part la messe dominicale pour les rares orthodoxes de la région ? Il aurait bien aimé, pourtant, ne serait-ce que de temps en temps, prononcer pour un bébé cet exorcisme qui accompagnait, au cours du&amp;nbsp;baptême,&amp;nbsp;son entrée au sein de la communauté des croyants… Un regret sans doute que le Seigneur n’ait pas béni son union avec Prascovie dont la santé fragile les avait privés d’enfants. Il soupira : premier enterrement à 10 h, il avait largement le temps de préparer la chapelle et de rendre visite, comme tous les jours, à son épouse.&lt;br /&gt;Lorsqu’il sortit en trottinant de l’église, le cimetière était déjà ouvert au public. Il voyait arriver les familles venues fleurir les tombes, généralement armées d’un seau, d’un arrosoir et de quelques petits outils de jardinage. Quelques touristes également, cherchant les tombes des gens célèbres. Ceux qui croisaient sa haute silhouette en soutane le saluaient, lui demandaient parfois sa bénédiction. Le Père Grigori s’exécutait, échangeait quelques mots avec ceux qu’il connaissait, tantôt en russe, tantôt en français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous les matins, en faisant son tour, il tenait à s’assurer du bien-être de toutes ces âmes qui lui avaient été confiées. Il aimait les imaginer comme autant de petites flammes flottant au-dessus de chaque tombe…&lt;br /&gt;Il avait son itinéraire, qu’il modifiait parfois au fur et à mesure des nouveaux « arrivants ». Depuis quelques mois il commençait par la tombe toute fraîche d’Ivan Bounine, puis celle du Père Boulgakov, celui qui avait été son père spirituel. De là, il bifurquait jusqu’à celle du prince Youssoupov, s’arrêtait un moment et suppliait le Seigneur d’accorder au criminel le repos de son âme. Il passait ensuite devant le monument de Gallipoli, puis le carré cosaque, songeant à la douleur des combattants vaincus, venus mourir si loin de chez eux. Il ne manquait pas non plus de venir saluer son ami le prince Lvov et sa grandeur d’âme. Enfin, il s’asseyait sur le petit banc qui jouxtait la tombe de Prascovie Nataliévna et se reposait. Un grand bouleau faisait descendre ses branches presqu’à terre et cachait un peu ce coin de Russie planté en terre française. Seuls des oiseaux qui piaillaient troublaient le silence léger qui planait sur le cimetière.&lt;br /&gt;La tombe de la défunte épouse du Père Grigori était toute simple : une butte de terre plantée de fleurs surmontée d’une croix orthodoxe en bois, avec un logement pour mettre une veilleuse à huile. Il restait là à méditer un moment, lui racontant sa vie de prêtre devenue tellement plus dure depuis qu’elle était partie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8mzF3TOvJI/AAAAAAAAAWw/xZAkL88Vba4/s1600/cimetierre%2Brusse%2Ball%C3%A9e2.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Ce jour-là, il était perdu dans ses pensées lorsqu’il entrevit entre les branches qui le dissimulaient quelqu’un qui s’approchait d’une tombe à trois emplacements de là, sur la gauche. C’était un homme grand, immense même, un colosse, blond, la soixantaine peut-être, qui marchait en boitant. Un moment, il tourna la tête dans la direction où était assis le prêtre comme pour vérifier qu’il était seul. Le Père Grigori entrevit l’épouvantable balafre sur la joue (&lt;i&gt; un coup de sabre ?&lt;/i&gt;) et les étranges yeux bleus, d’un bleu tellement pâle qu’ils semblaient blancs, comme ceux d’un aveugle. Cet homme-là, il ne l’avait jamais vu ; le Père Grigori qui avait une mémoire remarquable, malgré ses presque quatre-vingts ans, en était sûr. Peut-être venait-il rarement, ou à des heures où le prêtre était occupé ? Mais, de toutes manières il ne pouvait connaître tous les visiteurs de ce cimetière…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Retournant à ses pensées, il se rappela combien Prascovie avait été dévouée, aimante et trouva, encore plus que d’habitude, les catholiques cruels d’imposer le célibat à leurs prêtres. Cruels et stupides : comment témoigner de l’amour du prochain en se privant de celui du plus prochain qui soit, à savoir celui d’une femme ? Il manquera toujours une dimension humaine au sacerdoce catholique, songea-t-il : celle de la chair. Cette chair que les catholiques sont obligés de réprimer ou de sublimer dans une esthétique plus ou moins païenne…&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Le Père Grigori en était là de ses réflexions, lorsqu’elles furent interrompues par le bruit de sanglots. &lt;br /&gt;C’était l’homme d’à côté qui pleurait. Il était assis sur la tombe en ciment et le prêtre voyait&amp;nbsp; ses épaules se soulever spasmodiquement. &lt;br /&gt;Habitué aux douleurs qui accompagnent les deuils, le Père Grigori savait en général trouver les mots du réconfort. Mais là, quelque chose le retint de se lever. Sans doute avait-il noté inconsciemment que l’homme, lorsqu’il s’était approché de la tombe, ne s’était pas signé et il en avait déduit que le secours de la religion ne serait peut-être pas le bienvenu…&amp;nbsp; &lt;br /&gt;Plus que les pleurs eux-mêmes, c’était leur incongruité par rapport à ce que le prêtre avait perçu de l’homme qui le mettait mal à l’aise : le regard, l’allure, la force qui se dégageait de sa personne, la blessure au visage et la claudication, le Père soupçonna un militaire, un dur qui avait dû connaître des souffrances extrêmes. Quelle douleur pouvait mettre un homme pareil dans cet état ? &lt;br /&gt;Mentalement le Père Grigori esquissa une bénédiction vers ce paroissien étrange et, après un salut à son épouse, quitta discrètement son abri et se dirigea vers la chapelle se préparer à célébrer son premier enterrement de la journée.&lt;br /&gt;Le chœur commandé par la famille était déjà là et le diacre Alexandre aussi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce diacre était célèbre dans le milieu russe de Paris : chétif et rabougri, il semblait âgé de plus de cent ans, se déplaçait avec difficulté et oscillait dangereusement lors des longues cérémonies orthodoxes, au point que les fidèles se tenaient en permanence prêts à le ramasser, tant il semblait devoir s’écrouler au premier souffle de vent. Mais cette impression ne durait que jusqu’à sa première intervention vocale chantée où l’on entendait alors une énorme et stupéfiante voix de basse, profonde et puissante comme un tremblement de terre, sortir de ce corps malingre et souffreteux. Ce qui immanquablement faisait naître des sourires dans l’assistance. &lt;br /&gt;Cette cérémonie ne dérogea pas à la règle. Elle se déroula, majestueuse et belle. Et lorsque le chœur entonna &lt;i&gt;«&amp;nbsp; Le repos au côté des saints… »&lt;/i&gt; bien peu purent résister à l’émotion. &lt;br /&gt;On enterrait une dame âgée, une comtesse Almazine, personnalité en vue du milieu russe. L’assistance était nombreuse ; on manquait de place à l’intérieur de la chapelle et une partie était obligée de rester dehors. On finit par fermer le cercueil et l’emporter : une procession se forma jusqu’à l’endroit de la mise en terre. &lt;br /&gt;Les cérémonies terminées, le Père Grigori s’attarda longuement avec la famille et les proches, et lorsqu’il revint vers la sacristie pour enlever ses vêtements sacerdotaux tout le monde était déjà parti. &lt;br /&gt;C’est en faisant un dernier tour dans la chapelle qu’il croyait vide qu’il l’aperçut. L’homme à la balafre et au regard délavé était là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s1600/interieur+stgenev.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Il salua le Père Grigori de la tête : &lt;br /&gt;—&lt;i&gt; Batiouchka&lt;/i&gt;, je voudrais me confesser…&lt;br /&gt;— Les confessions ont normalement lieu le mardi et le samedi de 14h à 19h.&lt;br /&gt;— S’il vous plaît…&lt;br /&gt;— C’est donc si urgent ? À quand remonte votre dernière confession ?&lt;br /&gt;— Je ne sais pas. Peut-être il y a cinquante ans…&lt;br /&gt;Cela n’étonna qu’à moitié le prêtre. Il fut tenté de surseoir à un entretien qu’il devinait long et compliqué, mais il se ravisa, percevant confusément comme l’imminence d’un danger sur cet homme.&lt;br /&gt;—&amp;nbsp; Je vois… Êtes-vous croyant au moins ?&lt;br /&gt;— Non, mon Père..&amp;nbsp; Enfin, je ne sais pas… &lt;br /&gt;— Vous rappelez-vous ce qu’est la confession et à quoi elle sert ?&lt;br /&gt;— À se faire absoudre de ses péchés ?&lt;br /&gt;— Alors approchez… Quel est votre prénom ?&lt;br /&gt;— Procope…&amp;nbsp; Procope Fédorovitch.&lt;br /&gt;Le Père Grigori s’approcha de l’une des grandes icônes du Christ de la chapelle, se décala sur le côté en lui tournant le dos :&lt;br /&gt;— Agenouillez-vous face à moi et à l’icône, lui dit-il.&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Enfant bien-aimé dans le Saint Esprit, Procope Fédorovitch, &lt;/i&gt;commença le prêtre&lt;i&gt;, tu as bien fait de venir à la sainte pénitence : par elle, en effet, comme en un baptistère spirituel, tu laveras les péchés de ton âme et tu seras guéri, comme par une médecine céleste … »&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;Lorsque le prêtre eut terminé les prières qui, dans le rite, étaient destinées à préparer le pénitent à la confession, il lui posa la main sur sa tête :&lt;br /&gt;— Qu’avez-vous donc de si urgent à confesser qui ne pouvait attendre après une vie entière sans absolution ?&amp;nbsp; &lt;br /&gt;— Mon Père, j’ai tué un homme hier. &lt;br /&gt;Le Père Grigori avala difficilement sa salive :&lt;br /&gt;— Et qui était cet homme?&lt;br /&gt;— Cet homme avait massacré ma mère, mon père, mon grand-père et rendu folle ma sœur.&lt;br /&gt;— Racontez, mon fils…&lt;br /&gt;— C’était au début de la guerre civile dans mon village en Ukraine, chez les Zaporogues… Dans la région on était tous pour Makhno. &lt;br /&gt;— (&lt;i&gt;Seigneur-Dieu, pensa le Prêtre, un anarchiste !&lt;/i&gt; )&lt;br /&gt;— Le &lt;i&gt;Batko&lt;/i&gt;&amp;nbsp; menait la vie dure aux blancs sur leurs arrières, empêchant Denikine de marcher sur Moscou. Alors le général a ordonné que l’on « fasse un exemple » dans cette population qui cachait, renseignait et protégeait les anarchistes. Un matin un détachement de &lt;i&gt;junkers&lt;/i&gt; est arrivé très tôt dans notre village. Nos combattants étaient absents, en campagne contre les blancs, seuls étaient restés quelques blessés dont mon père, les vieux, les enfants et les femmes. Ils ont fait sortir tout le monde des maisons et nous ont rassemblés sur la place du moulin. Puis ils ont dressé dix pieux pointus dont ils ont enduit les extrémités de graisse. L’officier qui les commandait, un type avec des traits asiates, est passé parmi nous sans descendre de cheval et il a choisi dix personnes : « toi », « toi »…. Les &lt;i&gt;junkers &lt;/i&gt;s’en sont emparées, les ont empalées sur les pieux et nous ont obligés à assister à leur mort. Il y avait parmi les suppliciés mon père, ma mère et mon grand-père… Ils ont agonisé longtemps. Ensuite ils ont choisi des femmes jeunes et les ont violées. Mais l’officier a aussi pris ma sœur. Treize ans… Tout le détachement lui est passé sur le corps, plusieurs fois ; cela a duré toute la matinée…&lt;br /&gt;— Des &lt;i&gt;blancs&lt;/i&gt; ont fait cela ?&lt;br /&gt;— Oui mon Père. Au village de Poulkovine, dans la matinée du 3 mars 1919. On a raconté des blagues sur les aristos, leur sens de l’honneur, leur combat « au nom du Tsar et de Dieu ». Tu parles… À la vérité, ils étaient d’une cruauté abominable, pire que les bolcheviks ! Chez nous on fusillait et on décapitait au sabre les gens importants, les exploiteurs, les chefs, les officiers, mais jamais le &lt;i&gt;Batko&lt;/i&gt; Makhno n’aurait permis de telles cruautés, surtout sur des gens du peuple !&lt;br /&gt;— &lt;i&gt;(Peut-être bien quelques prêtres aussi, pensa le Père Grigori).&lt;/i&gt; Ensuite ?&lt;br /&gt;— Avant de partir ils ont égorgé tout le bétail, tracé au couteau dans la chair des cadavres la lettre « A » pour « anarchistes » et mis le feu aux maisons. Lorsque nos combattants sont revenus au village, quelques jours après, ils étaient loin et il était trop tard pour les poursuivre. Ma sœur avait perdu la raison : elle ne reconnaissait plus personne à part moi, ne parlait plus, restait prostrée dans un coin, mangeait à peine. Le &lt;i&gt;Batko&lt;/i&gt; a appris mon histoire, il est venu me parler au village et m’a proposé de confier Maroussia à l’une de ses tantes, dans son village de Goulaï Polié. Elle y est restée pendant toute la durée de la guerre civile. Comme à quinze ans j’étais déjà très grand et fort, il m’a pris avec lui ; j’ai fait partie de la centaine de cavaliers qui constituaient sa garde personnelle. Durant toutes ces campagnes, à chaque combat, j’ai cherché l’officier blanc aux traits asiates : j’examinais les cadavres, j’interrogeais les prisonniers, en vain. Personne ne semblait connaître cet homme. &lt;br /&gt;— Comment la guerre civile s’est-elle terminée pour vous ?&lt;br /&gt;— Après notre victoire sur les blancs en Crimée, les bolcheviks ont lancé l’armée rouge sur nous dans l’espoir de liquider le mouvement anarchiste ukrainien. Lorsqu’ils sont parvenus aux environs de Goulaï Polié pour tenter de capturer ou tuer Makhno, le &lt;i&gt;Batko&lt;/i&gt; qui se remettait de blessures et n’avait pas participé à la prise de la Crimée, a ordonné l’évacuation des civils qui le souhaitaient et la retraite en combattant. De ce jour je n’ai pas quitté Maroussia d’une semelle ; à un contre mille nous leur avons infligé de nombreuses défaites, mais leurs réserves en hommes semblaient infinies. Ils ont jeté contre nous les régiments lettons, puis sibériens. Nous avons fini par céder, mais réussi à passer en Pologne où tout le monde s’est dispersé. Le &lt;i&gt;Batko &lt;/i&gt;a été fait prisonnier. Ma sœur et moi nous sommes cachés en Pologne, puis avons traversé clandestinement la frontière allemande. Depuis l’Allemagne, nous avons réussi à entrer en contact avec les anarchistes français, les mêmes qui s’occuperont plus tard du retour de Makhno. Grâce à leur aide, et leur intervention auprès des ministres socialistes du cartel des gauches nous avons pu entrer légalement en France en 1924. &lt;br /&gt;— Aviez-vous toujours la vengeance dans le cœur ?&lt;br /&gt;— J’aurais sans doute réussi à tirer un trait sur ces années terribles, mais j’avais en permanence sous les yeux Maroussia qui perdait tous les jours un peu de son humanité. Son état ne faisait qu’empirer et personne ne pouvait la soigner. Elle passait d’un état d’apathie complète à des crises de folie où elle cherchait se mutiler. Les personnes qui ont essayé de m’aider au début ont fini par renoncer, c’était trop dur. Et à aucun prix je ne voulais qu’elle aille dans un asile de fous. On n’aurait rien fait d’autre que de lui infliger des souffrances inutiles, des électrochocs et je ne sais quoi. J’avais trouvé un travail d’ouvrier chez Panhard-Levassor à Ivry. Pour pouvoir aller à l’usine j’étais obligé tous les matins d’attacher Maroussia sur son lit et de la bâillonner pour que les voisins n’entendent pas ses cris. Et chaque fois qu’en rentrant je la délivrais, que j’essayais de l’apaiser, que je la lavais de ses saletés, je revoyais le visage de cet officier, mon Père. Et ma haine restait intacte. &lt;br /&gt;— Continuez mon fils, murmura le Père Grigori dans un souffle…&lt;br /&gt;— En 39, à cause de ma sœur, j’ai été considéré comme soutien de famille et je n’ai pas été mobilisé. Lorsque la France a capitulé, j’ai décidé que nous partirions en zone libre. Nous avons vécu dans un village des Corbières chez un viticulteur sympathisant du mouvement anarchiste. Ce furent de belles années, malgré la guerre. Les plus belles que j’ai connues.&lt;br /&gt;— Pourquoi cela ?&lt;br /&gt;— Parce que Maroussia s’est mise à aller mieux. Est-ce à cause de la campagne, du grand air, du climat du midi ou du fait que je ne la laissais plus seule ? mais elle a commencé à sortir de sa prison mentale et s’intéresser à ce qui se passait autour d’elle. Un jour, un chaton égaré est venu se réfugier dans ses bras. Je crois que cela a été le déclic : je l’ai vue tout à coup rire pour la première fois depuis des années. Ils se sont adoptés mutuellement et ne se quittaient plus. Une espèce de miracle s’est produit. Elle ne parlait toujours pas vraiment mais commençait à communiquer un peu : quelques mots, des gestes, des expressions… Chez ce viticulteur il y avait pas mal de passage, beaucoup d’anarchistes espagnols. Contre le gîte et le couvert, tout le monde travaillait sur le domaine. Outre la vigne, il y avait un grand potager, un verger, un poulailler, des lapins… Maroussia s’y est mise aussi faisant de son mieux.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;— Mais, votre sœur allant mieux, aviez-vous toujours le désir de vengeance ?&lt;br /&gt;— Elle restait très fragile. Régulièrement le spectre de cet homme réapparaissait&amp;nbsp; : si je n’étais pas à proximité immédiate, aucun homme qu’elle ne connaissait pas ne pouvait l’approcher à moins de dix mètres sans qu’elle se mette à hurler de terreur, se griffer le visage…&lt;br /&gt;— Vous-même n’avez-vous pas songé à prendre une épouse ? &lt;br /&gt;— Oh, vous savez, les femmes qui se sont approchées de moi se sont enfuies en courant lorsqu’elles ont compris la charge que représentait ma sœur…&lt;br /&gt;— Est-ce la seule raison, mon fils, dit doucement le Père Grigori ?&lt;br /&gt;— La vérité, c’est qu’il n’y avait pas de place dans mon cœur et dans ma tête pour une autre femme. Elle était belle, vous ne pouvez pas savoir, même aux pires moments de sa maladie, lorsqu’elle avait ce regard totalement éteint... Et pour une raison mystérieuse, elle ne vieillissait pas. À quarante ans passés elle ressemblait à une jeune fille : pas une ride, pas un cheveu blanc, des chairs fermes, un teint de pêche… Dès que j’avais un peu d’argent je lui achetais tous les vêtements que je pouvais pour qu’elle soit belle.&lt;br /&gt;— Vos pensées vis-à-vis d’elle, étaient-elles toujours pures ?&lt;br /&gt;L’homme marqua un silence, puis :&lt;br /&gt;— Pas toujours, mon Père, je l’avoue…&lt;br /&gt;— Vos pensées seulement, insista impitoyablement le prêtre&amp;nbsp; ?&lt;br /&gt;— Seulement les pensées…&lt;br /&gt;— Continuez…&lt;br /&gt;— Nous sommes restés encore deux ans dans les Corbières après le fin de la guerre ; le viticulteur et son épouse étaient devenus nos amis. Malheureusement, ils sont morts en voiture tous les deux dans un accident stupide. Leurs enfants n’ont plus voulu de nous sur la propriété et je suis revenu avec Maroussia à Paris. J’ai trouvé un tout petit appartement à louer dans le XIXe arrondissement et un travail comme veilleur de nuit dans un entrepôt de tapis d’orient. À condition de ne pas sortir, ma sœur pouvait rester seule et la concierge de l’immeuble, une brave femme, s’occupait elle. &lt;br /&gt;— Vous avez fini par retrouver l’officier blanc, c’est ça ?&lt;br /&gt;— Oui, mon Père. Si le temps le permettait, les jours de repos, j’emmenais souvent Maroussia se promener aux Buttes-Chaumont. Et un jour c’est arrivé : alors qu’elle me tenait le bras, au détour d’une allée, elle s’est tout à coup mise à hurler en voyant arriver en face un couple et en désignant l’homme du doigt. Comme elle, je l’ai reconnu immédiatement, sa raideur militaire et ses traits d’asiate malgré ses trente ans de plus. Il n’avait pas changé, juste le crâne qui s’était dégarni. Je l’aurais reconnu même en enfer… Mais voilà, Maroussia terrorisée m’avait lâché le bras et s’était enfuie ; rapidement je ne l’ai plus vue et je me suis mis à courir pour essayer de la rattraper, plantant là le couple étonné. Je vous ai dit que Maroussia ne vieillissait pas : elle courait comme un lapin, alors que moi j’étais handicapé par une vieille blessure. J’ai dû faire le tour des Buttes-Chaumont avant de voir l’attroupement dans la rue de Botzaris. Le corps disloqué de Maroussia gisait sous un camion de déménagement dans une mare de sang… La police était là, le chauffeur gémissait&amp;nbsp; : « elle s’est jetée sous mes roues, je n’ai rien pu faire..».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme se tut. &lt;br /&gt;— Poursuivez mon fils, poursuivez…&lt;br /&gt;— Elle est enterrée ici, dans ce cimetière…&lt;br /&gt;— Et ensuite ? &lt;br /&gt;— Ensuite je suis retourné tous les dimanches aux Buttes-Chaumont dans l’espoir de le revoir. Et de le tuer… Je dois vous avouer, mon Père, j’ai prié le Seigneur, je l’ai supplié de me permettre de le retrouver. Et il a fini par exaucer mes prières au bout de quatre ans..&lt;br /&gt;— Blasphème !… Seul le diable peut encourager un tel dessein ! Et comment cela s’est-il terminé ?…&lt;br /&gt;— Je l’ai enfin aperçu un dimanche et l’ai suivi discrètement jusqu’à chez lui. Il habitait un immeuble de la rue de Flandres. Alors je l’ai surveillé régulièrement, attendant l’occasion favorable… Et elle s’est enfin présentée hier soir : il est sorti se promener, seul, jusqu’au canal de l’Ourcq. Sur les quais, à cet endroit, la nuit, c’est désert et mal éclairé. Je suis arrivé derrière lui, je l’ai étranglé avec les mains, il n’a même pas eu le temps de crier. J’ai jeté son corps dans le canal ; à peu près à la hauteur du pont levant.&lt;br /&gt;— Qu’avez-vous ressenti ?&lt;br /&gt;— Un soulagement… Et un grand vide aussi : cette fois Maroussia était vraiment morte…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’homme se tut à nouveau. Un long silence s’installa ; le prêtre, désemparé, jeta un coup d’œil circulaire aux icônes, semblant quêter leur aide. Elles étaient là dans la pénombre dorée de la chapelle comme autant de présences visibles et invisibles. L’homme sanglotait à nouveau. Le Père Grigori médita un moment.&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s1600/interieur+stgenev.jpg" imageanchor="1" style="clear: left; float: left; margin-bottom: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Je pense, mon fils, que vous avez assez souffert, aussi je vais vous donner l’absolution. Au regard de Dieu vous serez quitte, mais pas vis à vis de la justice des hommes, souvenez-vous en. &lt;i&gt;"Que Jésus Christ, notre Seigneur et notre Dieu, par sa grâce, sa miséricorde et son amour pour les hommes, te pardonne, mon enfant, Procope Fédorovitch, toutes tes fautes ; et moi, son indigne prêtre, par le pouvoir qu'il m'a donné, je te pardonne tous tes péchés et je t'en absous, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen&lt;/i&gt;." Va désormais…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme sortit de la chapelle et le Père Grigori le regarda s’éloigner : &lt;i&gt;l’assassin de Petlioura a bien été acquitté&lt;/i&gt;, pensa-t-il…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques temps plus tard, le même jour, le 12 mai 1957, on retrouva dans le canal de l’Ourcq le cadavre d’un certain Timour Oussov, ancien officier dans l’armée blanche, mort par strangulation, et dans un appartement du XIXe arrondissement celui d’un autre Russe émigré du nom de Procope Koulpine, suicidé d’un coup de revolver. On ne put jamais élucider la mort du premier ni comprendre les raisons du geste du second. Et personne ne fit de lien entre ces deux morts.&lt;br /&gt;Seul un prêtre orthodoxe de Sainte-Geneviève-des-Bois aurait pu l'établir. Mais il était tenu par le secret de la confession.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Fréderic Spassky. &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;____________________________________________________________________________________&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-1288491869332862629?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/1288491869332862629/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/04/la-confession.html#comment-form' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/1288491869332862629'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/1288491869332862629'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/04/la-confession.html' title='La confession (F. Spassky)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S8myeBuKbYI/AAAAAAAAAWo/F4IiedcYdXo/s72-c/interieur+stgenev.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5512260819973551992</id><published>2010-02-27T08:21:00.004Z</published><updated>2010-03-01T17:46:13.115Z</updated><title type='text'>Sally pour la vie. (Sandro)</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S4jXsLaJIbI/AAAAAAAAAVg/tBMNG5fFDTA/s1600-h/MELISSA.DURAN%282%29.jpg" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}"&gt;&lt;img alt="" border="0" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5442837303653900722" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S4jXsLaJIbI/AAAAAAAAAVg/tBMNG5fFDTA/s400/MELISSA.DURAN%282%29.jpg" style="cursor: pointer; float: left; height: 197px; margin: 0pt 10px 10px 0pt; width: 220px;" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Sally est souvent agaçante, il faut bien le dire.&lt;br /&gt;Ma Ford Thunderbird filait un petit 55 miles ( ce n'était pas le moment de se faire prendre au radar), on venait de dépasser Austin (Texas) et par la fenêtre ouverte, l'air était d'une douceur écoeurante. Le soleil était blanc comme une soucoupe et on y voyait loin, mais pas jusqu'où Jeff était parti.&lt;br /&gt;Sur le siège du mort, Sally reniflait bruyamment comme une gamine morveuse, en sirotant une canette de Coca. Je suis de ceux qui pensent que les gens qui boivent du Coca en roulant devraient être pendus.&lt;br /&gt;-Ma conversation t'ennuie, c'est ça?, lâcha-t-elle.&lt;br /&gt;-Tu n'as aucune espèce de conversation, j'en ai peur. Mais tu es charmante quand même, ai-je dit pour avoir la paix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La paix, c'est ce après quoi j'ai couru une bonne partie de ma vie, sans l'atteindre autrement que de loin, évidement. Les choses auxquelles on aspire sont celles qui reculent à mesure qu'on chemine vers elles, ça fait un bon bout de temps que cela fonctionne ainsi, et pour un paquet de gens.&lt;br /&gt;Sally essayait une nouvelle fois de se maquiller dans le courant d'air de la fenêtre ouverte, avec ses cheveux qui faisaient des vagues, comme une queue de comète. On venait pourtant de quitter un motel 30 miles auparavant, où elle s'était enfermée près d'une heure dans la salle de bain. Plus les femmes vieillissent, plus elles passent de temps dans leur salle de bain.&lt;br /&gt;Finalement, c'est peut être là qu'il faudrait les enterrer.&lt;br /&gt;J'étais en train de deviser sur le thème de la délectation morose, quand un serpent a traversé la route. Comme un gamin, j'ai donné le coup de volant pour faire l'écart nécessaire pour l'écraser. Ca a fait un flop-flop un peu écœurant dans le passage de roue, et dans le rétro, je l'ai vu se tortiller sur place et battre l'air pour rien. Et puis il a disparu de mon champ de vision.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais une qui était toujours là, à portée de main et de regard, c'était bien Sally. Tout à l'heure, quand elle avait débarqué au milieu de la nuit dans mon bungalow sur 57 th drive, je venais de finir la manuscrit de mon vingtième roman. Ceux qui n'ont jamais connu cette délivrance ne peuvent pas comprendre. J'avais pris une bonne cuite au gin-tonic pour fêter ça, seul avec ma vieille machine à écrire Jappy pour témoin. On ne devrait jamais se saouler complètement , au cas où il faudrait ressortir. Aller à l'hôpital, ou quelque chose de ce genre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce qui a frappé à ma porte, vers les 3 heures 30 du matin, c'était pire que les urgences de l'hôpital. C'était Sally, échevelée, des traces de mascara violet sous ses yeux mouillés. Et en même temps, l'œil noir et déterminé que je lui connais, celui des jours où c'est une vraie malchance que de la croiser sur sa route.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais un peu parti, j'avais du mal à accommoder, mais j'ai rassemblé ce qui me restait de lucidité. J'ai bien senti que c'était préférable.&lt;br /&gt;Sans qu'elle n'ait rien dit, à la voir plantée là dans mon salon, ses jambes interminables sur ses talons hauts, j'ai compris que les ennuis étaient de retour. J'ai vaguement pensé "pourquoi moi?", mais en même temps, je savais déjà que c'est le genre de question qu'il est vain de se poser.&lt;br /&gt;Pourquoi moi? Sans doute parce que j'ai une tête de destin. Sans doute aussi parce que j'ai une bagnole avec un grand coffre et que je ne pose pas de questions.&lt;br /&gt;Elle était allée directement au frigo se servir un scotch. C'est ce geste qui m'a rappelé que c'est pour ça que je l'avais virée de chez moi, il y a vingt ans. Elle en avait alors dix-neuf, était prétendument étudiante en lettres, mais ça m'avait toujours paru improbable. Pour elle, les lettres, c'était de l'hébreu. Elle était sauvage, vive et animale, et me besognait gravement sur le tapis du salon quand je rentrais épuisé du boulot. Elle prétendait même que j'étais le premier, mais ce n'est pas la sensation que j'avais eu à cette époque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après moi, elle s'était mariée précipitamment avec Jeff, un type qui faisait dans le pétrole, avait une Oldsmobile, les cheveux et les idées courtes, mais le portefeuille ventru. Quelque chose entre la routine et la fatalité, un truc dont on n'avait plus jamais reparlé. Elle m'invitait de temps à autre à dîner dans leur grande maison près des derricks, dans le clos privé des patrons. Celui où, à force d'arrosage, ils arrivent à faire pousser de la pelouse au milieu des crotales.&lt;br /&gt;Je frappais alors à l'huis plaqué or, elle m'ouvrait en déshabillé qui ondulait dans le courant d'air, disait qu'elle était horriblement en retard et criait: "Jeff, il est là. C'est Sonny, mon meilleur ami".&lt;br /&gt;J'ai toujours trouvé le terme exagéré, et du reste, il allumait un éclat de méfiance dans l'œil terne du dénommé Jeff. Le reste de la soirée se passait toujours à répondre à ses questions pertinentes, du genre: "Ecrivain, c'est pas un peu un boulot de pédé, ça?" .&lt;br /&gt;Ou encore: "Je comprends pourquoi Sally vous a plaqué, mon vieux. Elle, c'est le plaqué or son truc, pas les pisse-copies". Il manquait alors de s'étouffer dans son rire gras et il me fallait attendre minuit pour que je puisse enfin sortir, en griller une dans le jardin et remonter dans ma voiture en me demandant: "pourquoi moi?".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cette nuit, dans mon bungalow, entre deux sanglots brefs et une rasade de Jack Daniel, Sally avait fini par me dire que Jeff était à présent dans le coffre de sa voiture, dans des sacs poubelles, qu'il ne sentait pas bon et qu'il n'attirerai désormais plus que les mouches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai vaguement levé un sourcil, mais guère plus. Alors, sans s'arrêter, comme un torrent, elle a raconté. Comment elle avait lâché deux crotales dans la salle de bain aux robinets plaqués or. Combien la dernière douche de Jeff fut une belle surprise. Comment elle l'a regardé, le soir venu, gonfler et virer au violet, gasper pour chercher l'air comme un poisson rouge qui n'a plus d'eau. Comment elle a pu l'avoir à sa merci la soirée durant et lui dire ses vérités. Combien il avait gâché sa vie, à quel point elle en avait marre de ses histoires furtives avec ses secrétaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je la regardais et je me demandais comment ont pouvait avoir une telle haine. Pourquoi ne pas avoir pris un 38 Spécial, comme tout le monde, en prenant bien soin de nettoyer les murs après. Mais je n'ai rien dit, parce que les éruptions volcaniques de Sally sont intermittentes mais fulgurantes, et aussi parce que j'étais hypnotisé par le bout pointu de ses bottines en lézard violet. Je me disais qu'un coup bien placé de ces trucs là n'arrangerait rien à ma situation.&lt;br /&gt;J'ai quand même émis une vague idée de surprise, mais pas une protestation, non. J'ai juste fait part de mon étonnement, ajouté que cela semblait pourtant gazer entre eux. Le mois dernier, invité à dîner, j'étais arrivé chez eux un peu en avance et entré par la véranda ouverte. Pour la trouver debout, jupe retroussée, épinglée par Jeff contre le frigo.&lt;br /&gt;Elle m'a répondu, énigmatique:&lt;br /&gt;"Celui qui a craché son venin périra par le venin".&lt;br /&gt;Je n'avais pas insisté et essayé de réfléchir à la marche à suivre. Avoir écrit vingt polars, dans ces cas-là, ça n'aide pas.&lt;br /&gt;Je n'avais pas pitié d'elle, non. La seule personne sur laquelle j'aurais pu m'apitoyer, c'était moi, et j'avais dépassé ce stade depuis longtemps.&lt;br /&gt;J'ai procédé au transfèrement du colis de sa voiture jusqu'à la mienne et pris la direction du Nord, vers Austin. C'était une idée de Sally, ça, filer dans le désert. Moi, j'estimais que c'était une erreur, que c'est encore en ville qu'on s'en sortirait le mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers 6 heures du matin, on avait déjà croisé trois voitures de flics, et elle avait voulu s'arrêter dans un motel prendre une douche et réfléchir. Là aussi, j'ai rétorqué que ce n'était pas une bonne idée, que les motels étaient farcis de caméras de surveillance et que les cartes de crédit laissent plus de traces qu'un sanglier dans une battue.&lt;br /&gt;Mais j'ai juste dit cela comme ça, sans insister. Pour le bon ordre, histoire de ne pas être pris pour un con jusqu'au bout.&lt;br /&gt;Après, on a roulé une heure et demi environ, vers une hypothétique décharge à ciel ouvert que Sally connaissait -Dieu sait pourquoi- pour essayer d'y larguer notre colis.&lt;br /&gt;Arrivé là bas, il avait plu et la Buick enfonçait dans une cendre grise et gadouilleuse du plus bel effet. Avant qu'elle ne soit totalement plantée, on est descendu inspecter à pied, on enfonçait jusqu'au dessus des chevilles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le coin avait changé, parait-il, et il y avait à présent un grillage de trois mètres de haut qui ceinturait les immondices. Des corbeaux étaient nichés sur les poteaux et contemplaient le désastre d'un air indifférent. C'était aussi le rendez-vous des chats sauvages. Deux d'entre eux nous ont regardé et flairés de loin: ils avaient l'air d'en savoir plus sur notre destin que nous-mêmes.&lt;br /&gt;Et puis est arrivé l'autre idiot, une espèce de vigile improbable et grassouillet, en treillis et casquette, bardé de talkie-walkie, de bombes lacrymogènes et de torches, tenant un doberman qui tirait salement sur sa laisse. Je l'ai remarqué.&lt;br /&gt;"Eh, les amoureux", qu'il a lancé à cinq mètres. "Si vous cherchez un coin tranquille pour vous tripotter, c'est pas ici".&lt;br /&gt;Il était à présent à moins de deux mètres, j'entendais son souffle court et il a marqué un temps, comme les vieux acteurs.&lt;br /&gt;Puis il a ajouté: "Ou alors, faudra pas être égoïste et partager un peu, pas vrai, ma jolie?". Il ricanait tout en ouvrant la braguette de son treillis, et j'ai pensé au trou que ferait une balle de 38 entre ses deux yeux porcins. J'avais pris un petit Rüger Stainless à 5 coups avec moi, au cas où.&lt;br /&gt;Heureusement, l'envie m'a quitté très vite et j'ai tiré Sally à bout de bras, avant qu'elle ne lui fasse sauter les orbites avec ses ongles mauves. A tout hasard, j'ai crié bien fort "viens Helen, on rentre à San Francisco". Car ça en faisait encore un qui nous avait vu et il valait mieux brouiller les pistes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenu à la voiture, j'ai mis le cap vers le sud, c'est-à-dire d'où l'on venait. C'est ce qui me semblait le plus raisonnable. Sally ne disait plus rien, je crois que c'est là qu'elle a compris qu'elle ne s'en sortirait pas.&lt;br /&gt;Elle relevait à peine la tête quand on croisait la "Highway Patrol" et ne reniflait plus. En fin d'après-midi, elle a voulu s'arrêter de nouveau dans un motel.&lt;br /&gt;J'ai dit oui. Dans la chambre, elle a fouillé dans le minibar, s'est jetée sur le lit et s'est mise à dérailler. Elle me disait que Dieu aussi se demande ce qui lui arrive. "Il est comme nous. Il regarde nos cadavres avec détachement. Il n'existe pas, puisqu'il ne se rend pas compte qu'il existe".&lt;br /&gt;Et puis aussi, comme une gamine, elle m'a demandé comment c'était, le paradis, et s'il y avait du Bourbon.&lt;br /&gt;J'ai répondu: "Je ne sais pas, on verra sur place".&lt;br /&gt;Mais elle n'a pas ri.&lt;br /&gt;Sans transition, elle s'est déshabillée, s'est mise à quatre pattes sur le lit et m'a demandé de la baiser. "Vas-y, et fort. Cogne, sinon, je ne sens plus rien".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai cru entendre alors ce qu'elle ne disait pas, mais on n'est jamais sûr, évidement. Je suis allé vers le téléphone, j'ai arraché le fil, et lui ai lié les poignets et les chevilles aux barres du lit. Elle maugréait toujours d'une voix sourde "oui, vas-y, cogne ta salope", quand je lui ai brusquement plaqué l'oreiller sur la tête, fort et longtemps. Elle s'est un peu débattue, mais moins fort et moins longtemps que je ne l'aurais cru.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais calme et j'avais vaguement le sentiment d'avoir repris le contrôle, que les ennuis s'éloignaient. Elle, c'était redevenu la petite fille qu'elle avait du être avant toute cette chiennerie. Tout de même, à présent ça faisait comme une étrangère dans la chambre, Sally. Une qui viendrait d'un pays lointain et à qui on n'oserait même pas adresser la parole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l'ai chargée dans le coffre de la Buick, où il restait encore un peu de place, et j'ai roulé vers le sud. Dans le radio-K7, Bruce Springsteen chantait "Darkness on the edge of town" et ça disait:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Everybody's got a secret, Sonny,&lt;br /&gt;Something that they just can't face&lt;br /&gt;Some folks spend their whole lives trying to keep it&lt;br /&gt;They carry it with them every step that they take&lt;br /&gt;Till some day, they just keep it loose&lt;br /&gt;Cut it loose or let it drag'em down&lt;br /&gt;Where no one asks any questions,&lt;br /&gt;Or looks too long in your face&lt;br /&gt;In the darkness on the edge of town".(1)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au crépuscule, le ciel s'est barré de rouge au dessus de la route. Puis le rouge s'est mis à clignoter, comme des gyrophares. Au loin, j'ai vu quelque chose qui ressemblait tellement à un barrage de flics que c'en était un. Au moins trois voitures en travers. Il m'est revenu cette phrase de K. Dick: "La réalité, c'est ce qui continue d'exister quand on a cessé d'y croire".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le "boss" chantait à présent&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Tonight, tonight, the highway is bright&lt;br /&gt;Out of our way, mister, you best keep&lt;br /&gt;'Cause summer's here and the time is right&lt;br /&gt;For racing in the street".(2)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce fut comme un signal. J'ai détaché ma ceinture, écrasé l'accélérateur à fond, mis les mains bien à plat sur le volant, et j'ai attendu que ça vienne. Avec sur mes lèvres ce rictus que je connais bien, parce que je l'ai eu le plus clair de ma vie. Celui qui semble dire: "j'ai fait de mon mieux, mais ce n'était pas assez".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sandro&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-------------------------------------------------------------------------------------------------------&lt;br /&gt;Crédit graphisme: "Melissa", par Duran.&lt;br /&gt;(1): Bruce Springsteen, "Darkness on the edge of town", 1978 Colombia Records&lt;br /&gt;(2)  Bruce Springsteen,  "Racing in the street", 1978, CBS/ Colombia&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5512260819973551992?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5512260819973551992/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/02/sally-pour-la-vie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5512260819973551992'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5512260819973551992'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/02/sally-pour-la-vie.html' title='Sally pour la vie. (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S4jXsLaJIbI/AAAAAAAAAVg/tBMNG5fFDTA/s72-c/MELISSA.DURAN%282%29.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-7477838694130029383</id><published>2010-02-05T15:08:00.009Z</published><updated>2010-02-10T08:04:24.053Z</updated><title type='text'>Henri  (D. Furtif)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2xQ0zO-8QI/AAAAAAAAATg/uOJN_meZvTc/s1600-h/paysan-1900-2.1242203410.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 271px; height: 380px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2xQ0zO-8QI/AAAAAAAAATg/uOJN_meZvTc/s400/paysan-1900-2.1242203410.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5434807718365819138" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Il était sourd. Le fracas des couleurs du couchant là-bas, l’étendue rectiligne du marais plaqué sous le vent, il n’entendait rien. Sa rage muette scandée par les battements de cœur l’aveuglait. Dressé sur le pont de la Petite Ceinture, ce canal-limite entre les coteaux plantés de vignes et l’étendue libre du marais ouvert sur la Gironde, immense couloir vers là-bas, très loin.&lt;br /&gt;Pas un pas de plus, cloué sur le pont, noué par la colère, il ne peut aller plus loin, comme retenu à la frontière, l'espoir devenu zone interdite.&lt;br /&gt;Chaque hiver le gel vient figer son marais dans un quadrillage de glace et chaque hiver, enfant avec ses sabots, puis plus tard adolescent, la brouette chargée de pierres, il libère l’eau qui part vers la Gironde. Le choc sourd de la lourde pierre et la zébrure de la glace brisée en éclair qui s’éloigne. Il aimait cette orgie de sons et de couleurs, cette libération de son marais ; elle lui permettait de reporter au printemps suivant son obsession d’enfant. On n’enferme pas mon marais. On laisse courir l’eau. L’eau sur laquelle je partirai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aisés ou misérables les enfants de Gironde, en ce début de siècle, sont tous des esclaves. Les esclaves de la vigne. Les adultes, eux, ne fut-ce  que le temps d’une hésitation, d’un arrêt pour souffler, ont tous eu, au moins une fois, le droit de se poser la question.&lt;br /&gt;Et si je partais ?&lt;br /&gt;Mais pas eux. Les torgnoles et le vîme* sur les jambes les clouent à leur condition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Heureusement pour eux, (ou malheureusement), le diable est venu ; le curé lui, leur aurait plutôt mis le nez dans la glaise. Tout de noir vêtu lui aussi, mais en civil, l’instituteur a distillé son poison pendant les deux années du cours moyen. La leçon d’histoire bornée à la ligne bleue des Vosges ne leur offrait que des émotions embrigadées et peu propices au rêve ; celle de Géographie, en revanche, une vraie boite de Pandore. L’instituteur avait mis le feu : le Tonkin, Chandernagor, les éléphants du Cambodge, le Congo, et des encadrements de photos repeintes du Sahara. Comme le prêtre à l’autel, singeant son cérémonial, le maître ouvrait sa réserve et là, les enchantements magiques. Le Petit Henri s’y était brûlé la cervelle, à jamais.&lt;br /&gt;À dix ans, la plaie ouverte du rêve le resta pour toujours. Le monde imaginaire des enfants n’était pas le sien. Ce pays d’ogres et de fées mis à la sauce d’anges gardiens, de Vierge-maman et de Dieu-gendarme par les soins du curé n’était pas le sien. Lui c’est au marais qu’il avait ses dévotions, ses offices et ses vêpres, son espérance et sa foi. Il y mettait aussi ses colères. En ce début de siècle, Bordeaux étaient le grand port de l’Afrique et la Gironde le boulevard des cathédrales de cordages et de toiles chargées de café, de bois, de cacao et – qui sait : de nègres cannibales ? Par temps clair on apercevait des marins dans les haubans. Ils avaient vu, eux. Il aurait voulu leur parler, entendre dans leur voix les éclats de la lumière des tropiques. Ils avaient vu la forêt vierge, les crocodiles et les lions. Les pâles gravures du maître  s’animaient de toutes les couleurs qu’il leur prêtait. Il étouffait de rêve. Un autre aurait trouvé son bonheur dans cette contemplation. Il en crevait.&lt;br /&gt;Quand les grands voiliers repartaient vers l’Ouest, il restait jusqu’au soir à se bruler les yeux à discerner leur silhouette dans le soleil. Il en pleurait de douleur et de dépit. Il implorait à voix haute, seul, debout en équilibre sur la margelle du pont pour les voir plus longtemps, pour les voir encore, plus loin ; là-bas où il aurait voulu déjà être. Comme il aurait voulu grandir plus vite !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois ans, pas plus. Ses parents, il le savait, allaient le mettre en apprentissage. Plus vite que les autres, il s’était trouvé un métier: il serait marin. « Henri Marin, marin. » Ça sonnait bien. Il partirait ; il se le promettait. Pour cela il faudrait trainer le père Marin à Bordeaux. Deux jours de marche ! Trois ans pour imaginer un truc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chez les Neveu son père était ouvrier agricole ; lui, Henri, ne le serait pas. Chaque soir en rentrant de l’école il faisait un crochet jusqu’au pont vers le marais pour voir passer les bateaux dont il avait aperçu la mâture à travers les arbres. En bas, aspiré par son rêve qui passait, indifférent, il s’engageait sur l’étendue plate, sautait les fossés, toujours plus près, toujours plus loin de la Petite Ceinture, cette frontière entre le monde de la vigne, du labeur et des contraintes et celui, ouvert, du marais des grandes virées, du regard sans obstacle et des bateaux, là-bas. Rentrer toujours trop tard, c’était sa manie. Non pas que l’on fût inquiet. Mais on enrageait un peu de  voir  les tâches ingrates, réservées aux enfants,  s’accumuler de jour en jour. La punition les transformait en une énorme obligation de travaux forcés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours et les bateaux passaient comme un cadran géant qui comptait le poids des rêves inassouvis. Sa mère morte, son père décidait de tout. L’enfant était tout petit quand un contrat de misère avait conduit son père jusqu’à la ferme des Neveu qui l’avait embauché. Les parents, un fils un peu malingre avec sa femme, une fille mariée à un marchand de vin toujours sur les routes, et une dernière de l’âge d’Henri qui courait les vignes et le marais avec lui depuis son enfance…On manquait furieusement de bras chez les Neveu. Le père épuisait sa quarantaine au labour derrière son cheval, le gendre assurait la vente du vin, mais le fils… Il tombait en sueur, le souffle court, depuis qu’un brouillard d’avril l’avait chopé dans la grande pièce du Pontet. Les bouillottes et les grogs n’y pouvaient rien. Sa femme rieuse et pleine d’allant le taquinait sans méchanceté :&lt;br /&gt;— Va pas attraper froid, va falloir que tu sois chaud ce soir mon poulet !&lt;br /&gt;La mère Neveu venait faussement se joindre à ses  embellies égrillardes :&lt;br /&gt;— Et bien mon Domi, ta petite femme en a bien de la tendresse pour toi »&lt;br /&gt;— Oh mais c’est pas «mon poulet» que je devrais dire mais « mon coq », hein ? «Mon coq » !&lt;br /&gt;La quinte alors se déclenchait, celle du coq asthmatique qu’il était devenu… Son père, sa mère, sa femme, ses sœurs et même l’ouvrier à la grande table commune des repas éclataient du rire qui tue. Un soir d’été sur un banc, à des voisines, la mère, un peu chaude des grands verres de vin frais, avait lâché sans amertume excessive, comme pour désamorcer les cancans :&lt;br /&gt;— Avec un gendre toujours sur les routes et mon moitié crevé de fils c’est pas demain que je serai grand-mère...&lt;br /&gt;— D’ici que ce taupat* d’Henri gagne la course ! Va falloir que je surveille ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un contrat de misère avait accueilli Henri et son père dans une maisonnette dont la propriété leur avait été reconnue, devant notaire, en échange du travail dans la vigne. Un potager et un goret dans son cabanon attenant, tel était le royaume. La guerre approchant à grands pas, les affaires florissaient, les prix montaient, la maisonnette elle s’enfonçait dans la gêne. Le prix du travail agricole ne suivait pas celui des produits. Les pieds de vignes toujours aussi nombreux et toujours aussi bas. Les affaires du gendre ayant permis d’acheter un deuxième cheval, l’ouvrage pour Henri ne manquait pas&lt;br /&gt;Les deux cochons du patron et le leur, un potager, deux chevaux à panser, la basse-cour des patrons, les cavaillons* à tirer, les charrettes à conduire, le foin, les joncs, les vîmes – sa dernière année d’école, il ne la passa pas à discuter des trafiquants d’ivoire avec son instituteur : on lui fit porter la sulfateuse dans l’urgence d’un printemps pourri. L’hiver précédent, le patron avait inauguré une nouvelle conduite à son égard. Auparavant tout se passait comme si le gamin ne travaillait que pour aider son propre père…Peu à peu la fiction s’était vidée au profit d’une réalité bien plus amère : le contrat impliquait tacitement que lui aussi travaille.&lt;br /&gt;Comme rien n’était écrit de cette obligation, rien ne l’était non plus de son salaire. Comme beaucoup d’enfants à cette époque il devint écolier-valet de ferme et, progressivement, valet de ferme tout court. Sentant confusément que toute amélioration de la condition de son fils conduirait à une dégradation de la sienne, son père se prêta sans mal à cette confusion.&lt;br /&gt;Adieu Chandernagor…&lt;br /&gt;Cloué comme un serf au fond des rangs de vigne, ses rêves de bateau et de grand départ amusaient maintenant toute la maisonnée, au grand plaisir du moitié crevé qui faisait un peu relâche désormais dans son emploi de ridicule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son rêve à longue haleine, entretenu depuis des années, s’était transformé en un refus brutal et moqueur de tous ceux qui peuplaient son monde. Les arguments longtemps ressassés, les « ça ne vous coûtera rien » et « je ne vous coûterai plus jamais rien  »….avaient été écrasés par les « tu dois rester ici ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le pont, il le criait et le hurlait intérieurement.&lt;br /&gt;«  Tu dois rester ici »&lt;br /&gt;« Mais pourquoi ? »&lt;br /&gt;On l’avait laissé sortir, sachant très bien où il allait. Il vomissait son chagrin. Il piétinait sur la route longeant le canal. Qu’avait-il fait de mal ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les années dix se succédèrent dans l’excitation mêlée d’angoisse de la marche à la guerre .Un sablier besogneux lui bâtissait un fiasco à la mesure des espoirs déçus. Il enrageait de vieillir et de grandir. Il en vint à ne plus finir ses assiettes. À quatorze ans ! Chaque jour en plus, chaque centimètre gagné, chaque kilo pris l’éloignaient de ses rêves de mousse débutant sur les navires, partant pour là-bas, sans lui. Son rêve disparu le rongeait plus encore avec son poids de rancœur et d’occasions perdues. Il en perdait le sommeil. Heureusement la ligue des adultes veillait à l’étourdir de tâches. Le Maître, les siens et même son propre père se relayaient dans une surveillance de chaque instant, alimentant la longue liste des brimades. Henri dans une quête incessante recherchait les instants de solitude ; il endurait tout sans protester se forgeant un caractère de plus en plus renfermé. Il y gagna ce regard absent, fuyant et ce geste hésitant des mains sur la tête ou masquant les yeux, transmis plus tard à son enfant.&lt;br /&gt;Rien n’aurait pu l’empêcher de retourner, aussi souvent que ses gardiens l’oubliaient, sur la rive du marais, contempler, chercher, se faire mal aux yeux à les suivre au fond. Comme il aurait voulu en être ! Les années passèrent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’été quatorze fut très beau. La vendange serait belle. Henri Marin trimait quand se produisit un premier miracle. Quand les choses tournent bien, il ne faut pas aller contre. Dans une ville inconnue des Balkans un archiduc fut liquidé par une bande qui lui en voulait. Sautant sur l’occasion, la bande de l’archiduc attaqua la bande du tueur, mais les copains des copains des coquins en avaient eux aussi (des copains…). En trois semaines le père Marin, Dominique le poitrinaire, Denis le marchand de vin, se retrouvèrent soldats, et le père Neveu,  à la tête d’une grosse exploitation viticole avec deux chevaux, quatre femmes et Henri. Le malheur et non le hasard voulut qu’un accident stupide le rendit infirme juste avant les vendanges. Les autres, là-bas au Nord couraient à la mer et s’enterraient dans la boue, très, très loin de Berlin. Henri aurait pu être le roi de la ferme. Sans nouvelles, les femmes se cabraient, elles auraient pu s’en remettre au jeune homme si  un destin tordu ne s’en était mêlé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le marchand de vin avait deux frères. Un plus vieux, marié et un plus jeune, Arnaud. Lui, le cadet toujours sur les routes, à la mort des vieux, l’aîné, resté à la ferme avait écopé de la garde du plus jeune, un beau gaillard de vingt-deux ans complètement attardé. La loterie de la dive bouteille frappe partout : pas de difformité, mais six ans d’âge mental. On ne pouvait le laisser seul, Nono. La grande rafle européenne d’Août quatorze l’avait heureusement épargné, mais ramené à la maison de sa belle-sœur qui, laissée en déshérence par son mari le voyageur,  trouvait un peu saumâtre de se voir encombrer d’un enfant de vingt deux ans, elle qui n’en aurait pas. Elle en ressentait de l’amertume et une grande tendresse pour son mari. Denis n’élevait jamais la voix et, sans aucune rudesse, ne savait quoi inventer pour lui faire plaisir. Ces deux là s’aimaient, et sa façon d’être toujours parti, c’était sa manière à lui de ne pas courir le risque de la mettre enceinte, de ne pas lui transmettre la tare. Elle ne pourrait jamais regretter cette soirée de gerbaude* où elle lui en avait tant fait qu’il n’avait pas eu la force de résister. Il était beau, il voyageait, il savait conduire, il avait un camion !&lt;br /&gt;Début Juillet quatorze, au courant de ce qui se passait à Sarajevo, un des rares à avoir compris, en urgence il était revenu au village et, sur les chemins de pierres blanches, on les avait vus tous deux, sa femme et lui, aller et venir, tourner et revenir, entrer dans la grange et en ressortir. Démarrer à la manivelle, échouer, recommencer. La perspective de partir sur les routes tous les jours, de participer au chargement des tonneaux n’effrayait pas Lucienne. Elle entrait dans le XXè siècle à la demande de son mari qui l’aidait dans ses premiers pas. Bien peu autour d’elle auraient pu s’en vanter… La question du permis de conduire ne se posait pas, il était urgent d’en être capable.&lt;br /&gt;La mobilisation générale placardée en mairie, le garde champêtre dans tous les villages, les feuilles de route de son frère et de son mari arrivèrent le même jour sur la table. Ils partiraient tous les trois dans cinq jours à Bordeaux, elle au volant. Pas question de passer par la nationale, on prendrait comme d’habitude. Dans le pays, l’occasion rare de se rendre à la grande ville ne se comprenait pas sans emprunter la voie la plus importante. Chez ces gens-là habitués aux voyages fréquents on voyait différemment.&lt;br /&gt;Un ami, du coté de sa famille à lui, commandait une barge sur la Gironde. La machine à vapeur crachait beaucoup mais sa cargaison habituelle ne s’en plaignait pas. Les lourds tonneaux de Médoc supportaient mal les routes cahoteuses. Lui, il les amenait jusqu’au flanc des navires hanséates, au milieu du fleuve, à la grande satisfaction des capitaines à qui il épargnait la remontée tirée par un remorqueur jusqu’à Bordeaux.&lt;br /&gt;Ils feraient donc ainsi. À peine sorti de la ferme, ils piqueraient sur l’estuaire à l’embarcadère de la Belle étoile, le bac à fond plat uniquement chargé d’un camion vide prendrait le goulet entre l’île Nouvelle et l’île Bouchaud et de là filerait sur Pauillac. Elle l’avait fait si souvent ce trajet, refusant de le laisser partir seul dans un caprice jaloux de femme heureuse.&lt;br /&gt;Pauillac, Saint Laurent, Castelnau jusqu’à Bordeaux sur les quais où se traitaient les affaires. Elle était belle, les Chartrons avaient su lui dire. Cette fois ils s’arrêteraient avant, à l’institution pour débiles de Mérignac qui avait recueilli Arnaud depuis quelques jours. Elle rangerait le camion dans la cour de l’institution où ils passeraient la nuit. Au matin, son frère et son mari partiraient à la caserne de Bordeaux à pieds, lui évitant la conduite en ville et elle repartirait reprendre le bac à Pauillac en compagnie de Nono.&lt;br /&gt;Comme elle avait su être intraitable avec elle-même pour apprendre en accéléré ce qui demandait des semaines aux autres, elle fut obstinée à exiger qu’Henri les accompagne. Elle ne pouvait imaginer confier la manivelle à Nono qu’elle ne connaissait pratiquement pas et encore moins le mettre aux commandes à cet instant :&lt;br /&gt;«  Il va noyer le moteur, ou accélérer ! »&lt;br /&gt;« Imagine qu’il embraye avec moi devant ! »&lt;br /&gt;«  Tu as souvent demandé à Henri de tourner la manivelle quand j’étais occupée ailleurs, il sait faire. Combien de fois je l’ai vu la tête dans le moteur »&lt;br /&gt;Il n’y avait rien à redire. Denis connaissait son frère et savait bien qu’ils ne seraient pas trop de deux.&lt;br /&gt;Henri fit le voyage à l’arrière en compagnie des bidons d’essence. La traversée de la Gironde à l’aller comme au retour lui offrit l’occasion d’approcher pour la première fois les énormes cargos. Il les entendit grincer et frapper l’eau de leur proue. Il enragea du vacarme de la machine à vapeur. Sinon, la route ne fut qu’une succession de cahots incessants dans un nuage de poussière. Au retour il monta devant, Nono au milieu. À sa belle-sœur, à Henri, aux deux, il parlait tout le temps. Il ne disait rien mais il parlait. Il inventait des réponses même sans question. Le soir venu, malgré la lourdeur de l’humeur des quatre femmes, il fit régner une ambiance de vivacité joyeuse par son bavardage incessant. Le père stupéfait ; à la fin, n’y tenant plus la mère lui dit : « Mon garçon tu me casses les oreilles »&lt;br /&gt;Il se tut aussitôt sans paraître lui en tenir rigueur.&lt;br /&gt;Qu’allait-on faire de lui ? Une conjuration d’échelles, d’objets tranchants, de cataclysmes possibles interdisait qu’on le laissât seul. Dès le lendemain les femmes se joindraient aux hommes pour sulfater. Fort comme un Turc, Nono porta sa sulfateuse comme le Père.&lt;br /&gt;«  On va arriver à en faire quelque chose »&lt;br /&gt;Au bout d’une heure on changea un peu d’avis quand un Nono, bleu, revint refaire le plein. Il ne visait pas exactement les feuilles. La terre entre les rangs, un oiseau qui passait, les papillons, tout fut traité. Ce ne fut pas tout. De la tonne, sur la charrette, pleine de liquide, au cheval, à l’avant, il y avait bien peu. De l’idée de la tonne à l’idée du cheval. Aller de l’une à l’autre fut très court   dans l’esprit vif, cette fois-ci, de Nono. Henri bondit du fond de son rang, abandonnant sa sulfateuse pour courir plus vite. Le cheval tentait vainement de se défaire de la charrette bloquée à l’arrêt, retenu par les courroies aux brancards. La croupe de Popaul, toute bleue, amusa le village pendant des semaines.&lt;br /&gt;Peu à peu Henri fut en charge de surveiller Nono.&lt;br /&gt;Sa nuisance étant directement proportionnelle à l’importance du travail en cours, ils se retrouvèrent peu à peu hors de la vue des autres. Alors que le monde se noyait dans les fleuves de sang du front russe, de la Marne et de la course à la mer, à Rignac, Henri connut son âge d’or. Il fallait suivre et empêcher. Interdire, pas question. Tous avaient admis qu’on n’interdit rien à un colosse de 22 ans. Seuls la voix et les yeux d’Henri limitaient la casse.&lt;br /&gt;Remettre Henri à la tâche c’était augmenter la casse. Pourtant la surveillance ne pouvait pas tout : l’esprit inventif de Nono leur fit connaître le monstre vert d’Aout et la chute de Septembre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les canaux du marais et la Gironde, au loin, étaient une incitation  permanente à la navigation. Une vieille barque oubliée dans la grange fut découverte par notre fouilleur. Il fallut la sortir, Henri lui faisant remarquer qu’elle était trop vieille et les lattes disjointes, la barque faillit être remisée, mais un voisin malencontreux… :&lt;br /&gt;«  Il faut la remettre en eau ta barque…et la calfater avec du goudron ensuite. »&lt;br /&gt;Une demi-journée de seaux tirés du puits commun dressa une dizaine de voisins furieux contre la nouvelle marine Nonolaise. La déconvenue ne l’occupait jamais longtemps : si l’eau ne pouvait venir à la barque…&lt;br /&gt;Que n’avait pas fait Henri en l’invitant à sa ballade quotidienne au pont de la Petite Ceinture ! Il y avait là toute l’eau qu’on voudrait. Sept cents mètres ! Une barque qu’ils avaient mis une journée entière à extraire de la grange !&lt;br /&gt;Retrouvant le geste millénaire des dresseurs de pierres, Nono retira du bûcher une dizaine de rondins. Le fils d’Henri, André, 40 ans plus tard, soutiendra à Globule que son père n’avait pas été pas étranger à cette redécouverte. Y aurait-il un gène de l’Histoire ancienne ? La barque poussée, roulée sur les rondins si tôt dépassés si tôt remis, en plein été quatorze, la vie à Rignac n’était pas que triste. La vitesse de l’équipage et un « non » catégorique à toute éventuelle traction animale assurèrent une tranquillité d’esprit générale. D’aucuns vieillards renoncèrent à leur sieste pour suivre le chantier mobile. La dernière étape se réduisait à laisser glisser le navire dans l’eau, très basse en été, du canal.&lt;br /&gt;L’eau gonflant lentement les fibres, on aurait pu en rester là si la malveillante incurie des Ponts et chaussées n’avait laissé sur le bord de la route le chargement entier d’un camion de goudron. Un essieu cassé avait conduit une dizaine de bidons sur le bord de la route. Une chose avait été de réparer le camion, une autre en serait de récupérer les bidons. Sans treuil et sans chaine il aurait fallu des hommes jeunes et forts. Mais...&lt;br /&gt;En attendant, en plein été de guerre et de camions réquisitionnés, ils étaient là, à narguer à deux cents mètres du Pont. Rouler un bidon n’aurait pas dû poser un problème aux hardis navigateurs mais, cette fois-ci, le marais désert se serait rempli d’yeux et de complices éventuels : des dizaines de barques et de tonnes* aux canards attendaient un supplément indispensable de goudron. Dans un rayon des quelques kilomètres tout le pays était au courant,  et les gendarmes, comme s’ils voulaient justifier leur non-départ au front, multipliaient les contrôles et les patrouilles dans cette zone de braconnage intensif. Une seule solution, se servir sans être vu, sans déplacer les bidons.&lt;br /&gt;Vers quinze heures, sous le cagnard de cette fin d’août, pas un souffle de vent, deux indiens un seau dans chaque main se dirigent vers les bidons en suivant le canal. Henri fera le guet et Arnaud dévissera, il suffira ensuite de verser dans les seaux.&lt;br /&gt;— Tu es certain que c’est mieux maintenant.  Tu ne préfères pas attendre la nuit ?&lt;br /&gt;— La nuit tous les bracos seront de sortie.  C’est eux qui nous dénonceront.&lt;br /&gt;— « … »&lt;br /&gt;— À c’t’ heure ils font la sieste, y a pas meilleur moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces journées d’Août quatorze étaient étouffantes. L’air vibrait au-dessus des bidons métalliques. Nono n’eut pas à dévisser le bouchon fileté jusqu’au dernier tour, le goudron brûlant le projeta en l’air et inonda le garçon de la tête aux pieds. Criant de douleur, couvert de goudron collant, il se jeta dans la Ceinture envahie de lentilles d’eau. Pataugeant et hurlant il en sortit, monstre noir vêtu de vert. C’est alors qu’un cri plus fort le fit taire. À dix mètres d’eux, de derrière une haie, sortit en courant une jeune femme du village, éperdue de terreur. Oubliant dans sa fuite les vaches que, parait-il, elle serait venue rentrer à l’étable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cahin-caha, Henri ramena Nono au village où la mère Neveu mit des semaines à décoller le goudron avec du pain trempé dans du lait. Les voisins amusés et compatissants ne manquaient pas de venir prendre des nouvelles. Pendant qu’ils y étaient, ils passaient à la maison d’à coté se faire raconter l’histoire du monstre vert par la jeune femme qui l’avait vu de ses propres yeux. C’était un plaisir pour eux de lui faire répéter sa tragique apparition avec tous les détails.&lt;br /&gt;— Et comme justement je passais par là, derrière la haie, pour aller chercher mes vaches….&lt;br /&gt;— Et oui comme d’habitude&lt;br /&gt;— Eh oui ma pauvre Josiane, depuis que ton mari est soldat c’est toi qui t’occupes des bêtes…&lt;br /&gt;— Eh oui… euh bin oui…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À chaque fois, à ce point du récit, les voisins repartaient  vaquer à leur ouvrage. Contents à chaque fois de ricaner entre eux :&lt;br /&gt;— Rentrer ses vaches en plein soleil ! Pff ff !&lt;br /&gt;— Oui, mais on m’a dit qu’elle se faisait aider…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux générations plus tard,  «  elle se fait aider » était devenu l’expression codée de plusieurs villages pour désigner d’un sourire entendu celles qui ne se trouvaient pas exactement où elles auraient dû être. Le malheur voulut que nombre de veuves n’eurent même pas la consolation de « se faire aider ». Elle connut un regain dans le pays au cours de l’autre guerre, celle où les prisonniers furent si nombreux. Le monde paysan est un conservatoire vivant de traditions. Certains KG et autres STO assurèrent avoir beaucoup aidé en Allemagne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’émotion et la douleur bloquèrent quelques jours Nono à la maison. Henri, un peu secoué, en profita pour accompagner Lucienne sur les routes dans ses voyages. Elle conduisait de mieux en mieux et décida d’utiliser un peu plus utilement Henri. Charger et décharger le camion justifiaient qu’on l’aide un peu, les trois autres femmes aideraient son père dans les vignes. Le problème de Nono était réglé en même temps car elle le prendrait aussi avec elle. Elle retrouva très vite tout le volume d’affaires de son mari et elle sut même  l’amplifier. L’énorme client militaire remplissait les carnets Elle s’organisa, se réservant les rendez-vous et les discussions et convint qu’il était ridicule de ne pas confier le volant à Henri alors qu’il s’occupait de l’entretien du camion depuis des années et que Denis, depuis longtemps, lui en avait appris les rudiments. À Henri les chargements, et Nono, à elle les rendez-vous et les visites aux clients.&lt;br /&gt;Les journaux étaient pleins de victoires de la Marne, les femmes retrouvaient le sourire, elles auraient leurs hommes à Noël. Nono retrouvait sa forme habituelle. L’heure était aux échasses : les échasses le matin, les échasses à midi, les échasses le soir et même la nuit, quand le père Neveu se leva pour pisser, s’entrava, tomba sur un broc en faïence, s’entailla une artère et se brisa le genou deux jours avant les vendanges. Il en resta infirme&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille  inventa une histoire  de visite médicale, on y ajouta une lettre de quasi supplications aux sœurs de l’institution pour débiles afin qu’elles reprennent Nono. Lucienne n’en pouvait plus, les autres non plus. Un peu gênée par la mauvaise conscience, elle chargea Henri du transport. Il connaissait bien le chemin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quinze jours plus tard, les poches pleines de l’argent nécessaire à quelques courses, Henri laissa Nono aux mains d’une infirmière et le camion dans un coin de la cour. Tout se passa comme en rêve : il se dirigea vers le bureau des engagements sur la rive de la Garonne. Il longea les quais et put voir à les toucher les bateaux qu’il admirait  de loin depuis l’enfance&lt;br /&gt;— Tes papiers ?&lt;br /&gt;— Je n’en ai pas.&lt;br /&gt;Qui pouvait avoir des papiers au fond de la Gironde au début du siècle ?&lt;br /&gt;— Quel âge as-tu ?&lt;br /&gt;— Dix huit ans et demi.&lt;br /&gt;— Ta date de naissance ?&lt;br /&gt;— 22 juin 1896&lt;br /&gt;— On est le 10 décembre, ça ne fait pas dix huit et demi.&lt;br /&gt;— Oh pour 12 jours…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le petit mensonge avait fait passer le gros. Il les avait grugés d’un an :&lt;br /&gt;— Tu te rends à la gare, tu leur présentes ta feuille, on t’indiquera… »&lt;br /&gt;Quelques semaines de classes du coté de Toulon et, enfin, en Avril il était sur l’eau. Dans une caisse en fer, au bruit d’enfer, dans les odeurs de pisse, celle des autres ou la sienne. Il y était, il était sur l’eau, mais pas marin. Simple bidasse recruté sans trop regarder pour une expédition voulue par un seul homme. On ne leur avait rien dit, mais chaque matin lui confirmait qu’ils allaient vers l’Est._ L’Orient._ Il ne lui restait rien depuis longtemps de l’argent des courses, mais il n’en avait pas trop mauvaise conscience. N’avait-il pas travaillé pendant des années pour rien, puis pour presque rien ?&lt;br /&gt;Ce serait donc les Dardanelles…&lt;br /&gt;L’information avait filtré dans la promiscuité du transport. Bien peu de ses compagnons auraient pu le dire, mais lui savait, il se fit connaître par ses dessins de cartes dans la poussière qui impressionnaient ses camarades. Certains se moquèrent, il s’énerva. Un adjudant en prit ombrage. Prévu pour attaquer  la côte asiatique, son transport fit un détour par Lemnos. À quelques mètres du quai de Moudros on fit un pont de planches sur des barques ; l’affaire s’éternisait, l’adjudant en profita pour mettre Henri de corvée de docker. Une mule sur ce pont branlant, aisé pour elle, mais Henri trébucha, percuta le quai sur une caisse éclatée pleine d’objet tranchants : épaule démise et blessure ouverte au dessus du genou. Comme on débarquait une antenne médicale, le même matériel qui l’avait blessé servit à le réparer.&lt;br /&gt;La gravité de ses blessures lui interdit de participer aux réjouissances de Kum Kale, juste en face, à quelques dizaines de kilomètres. Une boucherie inutile de trois jours qui vit un grand nombre de ses copains crever au soleil de cette fin d’avril, qui est si doux dans cette région. L’adjudant aussi n’en revint pas. Tout le corps réembarqua pour parfaire sa formation en Egypte et ne fit par le détour par Lemnos pour récupérer un blessé. Les ordres furent donnés pour renvoyer l’antenne médicale mais personne ne réclama Henri et un autre blessé qui, lui, avait glissé, un jour avant , sur une flaque d’huile dans une soute. Sa blessure virait dégueulasse, elle suppurait, elle puait si fort qu’approcher Henri devint impossible aux gens bien intentionnés qui le pansaient chaque matin. La distance conservée par l’entourage augmenta avec la chaleur, lui porter le repas du soir devint une punition. L’officier anglais qui dirigeait tout s’égara un soir dans la cour de l’infirmerie.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« What the fucking hell… »&lt;/span&gt; etc …etc en se pinçant le nez.&lt;br /&gt;Henri se vit attribuer l’usage d’une maisonnette, petite et fraiche, à l’arrière, libre de toute surveillance. Il ne verrait jamais les Dardanelles. Pendant qu’il s’ennuyait à Moudros, ses copains débarquaient à l’embouchure du Scamandre. Les mitrailleuses turques ajoutèrent quelque animation. L’artillerie embarquée tirait un peu au hasard sans trop faire le tri. À grands coups de : «  Les gars on y va », des paquets d’hommes gagnaient un espace sur les deux rives. Pendant ce temps, profitant du maigre abri des rives escarpées de la rivière, la troupe s’enfonçait de quelques centaines de mètres, puis de quelques kilomètres. On butta sur le village de Kum Kale qui fut pris, perdu, et repris encore dans les hurlements et les explosions. Des corps partout, des cris, des appels, des pleurs, des mourants, la fumée, les fusées éclairantes, le spectacle était permanent. Et Henri qui n’était pas là. ! La progression dans la plaine dégagée se heurtait à des canons sur une butte à l’Est. L’artillerie embarquée trop éloignée manquait de précision et personne n’osait plus la réclamer tant elle avait fait de dégâts parmi ses propres troupes. Pour faire taire les deux « 77 » allemands accrochés aux flancs de la butte on avait fait venir les deux « 75 ». Tir tendu contre tir tendu, on allait bien voir… On vit. L’officier artilleur responsable fut infoutu de commander les réglages : trop court, trop au sud, trop au nord, jamais dessus. Il l’aurait fait exprès que…Un lieutenant aux avant-postes prétendit avoir vu dans ses jumelles un vieux Turc à la crinière blanche juché sur son toit contemplant la bataille. Un orage dans la nuit remplit brusquement la rivière qui, dans sa colère, charria les cadavres des morts et noya des dizaines de blessés que l’on avait mis là, à l’abri.&lt;br /&gt;Débarqué le 25, tout le monde fut rembarqué le 27 au soir. Cap sur l’Egypte, c’était la décision des anglais. Les troupes manquaient singulièrement d’entraînement, elles étaient loin d’avoir surclassé les Ottomans. Le destin avait voulu que l’adjudant sanctionneur y soit resté. Henri et sa blessure puante furent oubliés à Lemnos. Un de ses meilleurs souvenirs sera d’avoir été lavé par des femmes pas du  tout gênées par son odeur. Il se rappellera leurs rires et leurs frictions aux fleurs qui, selon lui, accéléraient sa cicatrisation et apaisaient la douleur de son épaule.&lt;br /&gt;Fin Mai, le bras encore en écharpe, (on ne sait jamais, un regard malveillant pouvait le trouver vaillant), appuyé sur une canne, il commençait à claudiquer autour du cantonnement. Peu ou pas de surveillance, il s’enfonçait chaque jour un peu plus dans l’île, jusqu’à un lac, le lac Limni chose, et un autre lac, le lac Limni truc. L’autre blessé l’accompagnait. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent l’étendue entre les deux lacs couverte de crapauds !&lt;br /&gt;Dans leurs promenades ils retrouvaient les femmes qui l’avaient lavé. Ils les approchaient sans les effrayer, elles le connaissaient de haut en bas. Vadrouillant dans la campagne, ils en revenaient avec un ou deux lapins pris au collet. Ils les offraient aux femmes qui les gardaient à dîner. Du fromage grec, des olives et l’ombre des oliviers ; l’été fut paisible, les ballades et les siestes entrecoupées par la pose des collets.&lt;br /&gt;Un jour un lapin plus fort ou plus agile leur échappa dans un trou. Une pierre saisie en libérant une autre, un trou s’offrit à leurs yeux sur une pente rocheuse. Le désœuvrement est source de grands travaux. Ils revinrent tous les jours explorer leur « gouffre ». Des bribes de murs partant dans tous les sens les intriguèrent et les retinrent jusqu’à la fin de leur retraite forcée. Le sol jonché de terres cuites brisées semblait n’avoir pas été foulé depuis très longtemps. Des poteries, des morceaux de marbre heurtaient leurs godillots. Ils trouvèrent au milieu des débris une poterie hideuse, la surface lacérée de grands traits géométriques. Les olives passèrent de la serviette à ce récipient. Quand ils avaient épuisé leur réserve, une paysanne ou l’autre le remplissait jusqu’à la prochaine fois. Un soir on leur offrit une vannerie plus pratique et plus légère. La poterie fut ramenée à la chambre d’Henri, sur la petite table. Une  visite, un autre soir, y mit des fleurs. Les fleurs fanées, on y mit autre chose. Cet objet, sans beauté à ses yeux, ne méritait pas la colère et les punitions  qu’il provoqua. Un big chief anglais en mal de jugulaire vint faire, en novembre, une inspection surprise.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Where are those bloody frenchies…?&lt;/span&gt; » ET &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« every things of that…»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Visite de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« chamber »&lt;/span&gt;, confiscation du vase et le mitard dès que ces « messieurs les Français » seront revenus à leur poste!&lt;br /&gt;Au garde-à-vous devant l’officier :&lt;br /&gt;— Où avez-vous trouvé cette « chose ? »&lt;br /&gt;Nos deux gars se regardent, pas un ne peut imaginer de quoi parle cet officier.&lt;br /&gt;Ils doivent jouer parfaitement l’incompréhension car l’officier se lève, ouvre un coffre et tend le vase sous le nez des deux punis.&lt;br /&gt;Dans un mouvement parfaitement synchrone, les deux lascars poussent un « ouf » de soulagement et arborent un large sourire.&lt;br /&gt;— Ah le machin en tuile ?&lt;br /&gt;— &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Yes&lt;/span&gt;, le machin : où quoi est-ce que vous… ?La rage et la colère étouffent le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;big chief&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;— Euh, eh bin par là…sur la route, on peut vous montrer.&lt;br /&gt;— &lt;span style="font-style: italic;"&gt;All right&lt;/span&gt;, on verra ça demain, en attendant « au trou » comme disent les Français … !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour son malheur l’officier ne s’abaissa pas à donner des ordres  pour qu’on donne à manger à nos deux bagnards. Ils en conçurent une grande rancune :&lt;br /&gt;— Puisque c’est ça, on va le balader dans les marais entre les lacs, un jour là, un autre jour ailleurs, on va le faire bouffer par les moustiques.&lt;br /&gt;Tout ça pour un méchant vase...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut que la France se souvienne de ses deux héros pour les faire sortir de prison. Henri revint en France pour Noël. Il n’avait pas vu l’Hellespont ni les Pyramides comme certains de ses camarades. Ne pouvant supporter l’âcre piquette grecque, il était parmi les rares bidasses qui ne marchaient pas au vin rouge dopé servi avant l’assaut. Des courses en avant et des courses en arrière, il en eut tout son saoul, courant entre les balles. Un gendarme militaire lui apprit qu’il était l’un des plus jeunes sur le théâtre des opérations de Verdun. Il y fut encore blessé ; assez sérieusement pour être renvoyé à Angoulême. Il y gagna l’animosité d’une bonne sœur qui ne supportait pas qu’il se promenât tout nu en allant et revenant de la douche :&lt;br /&gt;— Les filles de Lemnos étaient bien moins prudes que vous…&lt;br /&gt;Il est des adjudants chez les aigries. Elle lui réserva une vengeance à son retour de permission de convalescence. D’Angoulême, il était rentré en Gironde pour trois semaines. Dans le bel uniforme, il avait fait forte impression, plus fort, plus mûr, à des femmes qui n’avaient que le père Neveu, infirme, pour seul homme. Il parla, il raconta, il inventa peut-être, mais les crapauds quand même, les crapauds…«  Des drôles de pays tout de même». Les femmes frissonnaient. Il ne s’étendit pas sur les obus et les ventres ouverts : au début de l’année 17, déjà, les poilus gardaient ce silence fermé. En parler c’était y penser. Et ils étaient là pour s’étourdir. De retour à Angoulême, son train ayant pris du retard, il courut pour rentrer à l’hôpital militaire. La bonne sœur le signala, il fut menacé de conseil de guerre pour désertion. Il repartit au front en changeant d’unité. Il termina les deux années de guerre dans un bataillon disciplinaire.&lt;br /&gt;Noël dix-huit le vit revenir pour de bon. La maisonnette de son père était la sienne. De plus en plus souvent il évitait de venir prendre ses repas à la table commune. Il repartait au pont de la Petite Ceinture et là, on ne sait  plus. Peut-être tournait-il le dos au marais ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt; Donatien Furtif&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;______________________________________________________________________&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cavaillons &lt;/span&gt;: &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tirer les cavaillons&lt;/span&gt;, dégager la terre et l’herbe au pied du cep. Le travail se fait à la bêche mais impose trop souvent de se baisser pour arracher jusqu’aux racines les touffes d’herbe&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gerbaude&lt;/span&gt; : Grosse bouffe de fin de vendanges.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Taupat &lt;/span&gt;: garçon brun de peau ou de cheveux&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tonne&lt;/span&gt; : la chasse à la tonne, sorte de tonneau couché à demi enterré muni d’une ouverture pour l’accès et le tir, utilisé dans le marais pour la chasse au gibier migrateur Le même tonneau de section ovale légèrement tronconique servait au transport de la bouillie bordelaise, il était perdu pour la chasse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vime*&lt;/span&gt;   nom masc. tige d'osier fendu en long (salix viminalis) ; pour attacher les sarments de vigne, par exemple et les rameaux sur le fil de fer…Nouveauté de la fin du XIXè.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-7477838694130029383?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/7477838694130029383/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/02/henri-d-furtif.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7477838694130029383'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7477838694130029383'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/02/henri-d-furtif.html' title='Henri  (D. Furtif)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2xQ0zO-8QI/AAAAAAAAATg/uOJN_meZvTc/s72-c/paysan-1900-2.1242203410.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-31417513463609578</id><published>2010-01-27T20:05:00.015Z</published><updated>2010-07-26T07:43:35.901+01:00</updated><title type='text'>Monologue avec le crabe...(Kirnette)</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2FnD--Bm1I/AAAAAAAAASw/nWLCzQkP7cs/s1600-h/crabeee.jpg" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}"&gt;&lt;img alt="" border="0" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431735943725947730" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2FnD--Bm1I/AAAAAAAAASw/nWLCzQkP7cs/s400/crabeee.jpg" style="cursor: pointer; float: left; height: 120px; margin: 0pt 10px 10px 0pt; width: 120px;" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 78%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: #996633; font-style: italic;"&gt;Peinture de Diosphos (attribuée à) 500-480 av. J.-C.  :&lt;br /&gt;crabe géant qui,&lt;/span&gt;&lt;span style="color: #996633; font-style: italic;"&gt; sortant du marais,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: #996633; font-style: italic;"&gt;mordit Héraclès à la jambe lors de son combat contre l’hydre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size: 78%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Parce que sournoisement tu reviens coloniser  mon corps&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Parce que tu ne comprends pas à quel point je  te hais&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Et que des ennemis comme toi&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Sournois, hypocrites, vicieux&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;On leur tourne le dos&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Car tu ne mérites même pas ce nom  d"ennemi"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Je ne peux que me débattre&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Casser, briser les chaînes avec lesquelles tu  t' incrustes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;La vie est plus forte que tout&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Et même si un jour tu me la  prends&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Tu ne sauras jamais à quel point&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Grâce à toi, je l' ai aimée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Oui, cancer, je te parle, je t'  imagine&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Ta laideur physique et morale  m'exacerbent&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Et je rêve de te voler ma mort&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Quel beau cadeau je me ferai&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Si le temps venu, cette mort je la devais à un  autre que toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Le soleil dans ma tête brille&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;Et toi je ne te laisserai pas y prendre sa  place...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family: 'Times New Roman';"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="font-family: times new roman; font-weight: bold; text-align: left;"&gt;Kirnette&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="color: blue;"&gt;Kirnette nous a quittés le 25 Juillet 2010, le crabe a encore gagné. Nous pensons à elle.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-31417513463609578?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/31417513463609578/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/monologue-avec-le-crabekirnette.html#comment-form' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/31417513463609578'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/31417513463609578'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/monologue-avec-le-crabekirnette.html' title='Monologue avec le crabe...(Kirnette)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2FnD--Bm1I/AAAAAAAAASw/nWLCzQkP7cs/s72-c/crabeee.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-6105205391588617596</id><published>2010-01-27T18:50:00.005Z</published><updated>2010-01-29T22:22:36.596Z</updated><title type='text'>Marco ( Ranta)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2CMqxcV6EI/AAAAAAAAASI/t7SDVCEsN28/s1600-h/alpinisme-photographie_4.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 308px; height: 400px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2CMqxcV6EI/AAAAAAAAASI/t7SDVCEsN28/s400/alpinisme-photographie_4.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5431495817063426114" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il y a des jours qu’on ne peut pas oublier ; des bons, des mauvais il y en a plein, mais des qui marquent une vie, non, ça non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était une de ces journée d’été où le soir ne tombe pas avant vingt-deux heures, où la lumière s’étire, où gosse je pensais, j’espérais que le soleil oublierait de se coucher, une de ces fins de journée où la chaleur que la terre a accumulée monte doucement dans le ciel ; et comme d’autres vont à la piscine en sortant du boulot, on était beaucoup à se retrouver ici. Deux, trois fois par semaine, chaque été depuis quelques années, le matin en partant bosser, je chargeais mon sac et toute la journée je rêvais, sans honte, à la promesse de ces quelques heures de pur plaisir.&lt;br /&gt;Il y en avait, il y en a encore, pour tous les goûts, tous les niveaux, toutes les ambitions. Le choix ne manque pas et selon son humeur on peut décider de se faire très mal aux doigts, de suer tout son corps, de sentir son cœur chercher plus de place, de chercher son souffle, ou alors de dérouler tranquillement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plusieurs dizaines de voies, une proximité et un accès très facile ont popularisé cette paroi. Cinq kilomètres après avoir quitté la nationale qui borde l’autoroute, et après trois cents mètres d’un chemin caillouteux on y est, on surplombe le « refuge », mot pompeux pour le snack bar du parking, lieu de récit de tous les exploits…Faut dire, il en va pour certains grimpeurs comme des chasseurs et des pêcheurs : combien n’en ai-je croisé de ces cadors qui, le soir dans un quelconque refuge, vous narrent des histoires invérifiables, incroyables, faites de dièdres, de surplombs de quinze mètres, de pics, de précipices, de foudre, de tempêtes de neiges, de cordes coupées par une chute de pierres, de relais bancals, d’expositions terribles… Et que le lendemain on retrouve pliés en deux au pied de la paroi, terrassés par une soudaine et inexplicable maladie gastrique, sans aucun doute due au pâté frelaté consommé la veille et qui les contraint, la mort dans l’âme, à renoncer aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pas Marco.  Lui, non, il n’est pas comme ça. Lui, il grimpé au Népal, au Pérou, dans le parc Yosémite, dans les dolomites... Ah ces merveilleuses dolomites !... Il a toutes les grandes classiques des Alpes à son palmarès en rocher, en glace, en mixte... Marco, on a grandi à deux pâtés d’immeubles l’un de l’autre, usé nos culottes courtes dans la même école, puis nos jeans dans le même collège. Et puis, et puis après, il a fait ce qu’il avait toujours dit : il a passé le stage d’aspirant guide, puis le guide. Marco, c’est le pote des bons et mauvais moments mais bizarrement on a peu grimpé ensemble. Faut dire que ses moments libres, il les passait avec d’autres « calibres » que moi et que ses projets, ses réalisations, m’étaient inaccessibles. Il m’a pourtant fait deux cadeaux inestimables : la voie normale des Drus et surtout la « Walker » aux grandes Jorasses. « Tu verras, m’avait-il dit en parlant de cette dernière, du cinq sup à tout casser… ». M’ouais...bien sûr...sauf que « cinq sup » dans une course de sept ou huit longueurs c’est pas du « cinq sup » à la « Walker » : la longueur de la voie, la répétition des difficultés, son engagement, ses dangers, la tension nerveuse qu’elle provoque me l’ont rendue extrêmement difficile... Et encore, je l’ai exclusivement grimpée en second... Ce qui ne n’avait pas empêché, plus tard, de crânement suggérer la face ouest des Drus ou « l’américaine » aux même Drus... Avec un petit sourire, il m’avait répondu : « T’exagères... on verra ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marco, précisément, je viens de le trouver au relais de la troisième longueur. Je ne suis pas étonné plus que ça qu’il soit engagé dans cette voie « déroulante ». Il y emmène souvent des débutants « avancés » pour voir. C’est que cette voie a une particularité : à la quatrième longueur on change de paroi. Une faille verticale de quarante mètres la coupe en deux. Il faut donc la désescalader sur environ trois mètres, puis aller chercher une petite prise main gauche, paume en l’air, à hauteur des hanches, descendre sa jambe droite au niveau de la gauche pour trouver une prise patinée par les passages et franco balancer en arrière sa jambe gauche en pivotant dans le même temps de 180 degrés pour rejoindre la minuscule plate-forme à environ 1,5 mètre sur l’autre paroi. En réalité, le geste est bien plus impressionnant que technique mais de nombreux grimpeurs moyens bloquent sur ce pas : il est un peu juge de paix pour savoir si.....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, Marco je ne suis pas surpris de le trouver ici mais son compagnon de cordée, plus exactement sa compagne, alors là oui et complètement même. C’est Caroline.&lt;br /&gt;Caroline, c’est sa femme, son épouse, la mère de ses enfants. Caroline qui vient du Nord, de la banlieue de Lille et qui a vu la montagne pour la première fois à l’âge de vingt ans, il y a huit déjà. Une montagne qu’elle a immédiatement aimée, comme la plupart des gens qui y viennent pour la première fois. Cette montagne où elle a rencontré Marco. Une rencontre à la Zian Mappaz et Brigitte dans « la grande crevasse » de Frison- Roche . Avec pour théâtre « le rocher des gaillands », comme dans le livre, à Chamonix. Elle aussi, comme Brigitte, était venue se promener le long du lac qui jouxte la paroi et jeter un œil sur les cordées engagées dans les voies. Marco, qui se jour là encadrait un groupe de stagiaires lui avait involontairement jeté quatre-vingt mètres de corde sur la tête, du relais du dernier rappel..... Bon, à sa décharge, à ce relais, le bas de la paroi est masquée par une petite avancée et il avait, comme on le fait à chaque fois, crié « corde ! » en la lançant.....Mais cet avertissement est fait pour ceux qui savent... S’en étaient alors suivis des échanges peu amènes de part et d’autre, ce qui n’avait pas empêché, ou plus sûrement favorisé, le lendemain, puis le surlendemain, qu’elle soit là. Et, de fil en aiguille...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Caroline, elle a accepté sa passion mais au fond d’elle, elle ne l’a pas comprise. Une passion, ça ne s’explique pas, ça ne se comprend pas. On la vit et on la fait subir aux autres, à ses proches. Il est parti si souvent grimper à l’étranger, il est si souvent absent avec des clients que c’est elle qui fait vivre le foyer. Les moments de disette, les premières années, c’est elle qui faisait bouillir la marmite et comme elle disait souvent : « Femme de guide, t’as plutôt intérêt à aimer les pâtes et les patates et tu apprends vite l’art de les accommoder avec pas grand-chose »... Elle ne savait pas, qu’en disant ça, elle paraphrasait l’épouse du grand René Demaison. Et, depuis toute ces années, elle a toujours refusé d’essayer de grimper... d’où ma surprise à ce relais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En arrivant, j’ai compris tout de suite en voyant Marco finir d’installer un bout de la corde au relais : elle avait coincé, et ce dernier à dû franchi le pas en sens inverse, manœuvre plutôt coton dans ce sens, (j’ai eu à la faire une fois et je n’ai pas oublié), pour venir poser une tyrolienne.&lt;br /&gt;Le voici d’ailleurs qui repart pour fixer l’autre bout de la corde. J’ai vu qu’il n’était pas encordé mais que sa corde était juste fixée à l’une des boucles de son porte matériel. Oh, je sais que Caroline est incapable de l’assurer et puis, Marco... ici… il est même en baskets ; cette voie, il a dû la faire une centaine de fois. Un jour il m’a doublé à la seconde longueur, puis redoublé au dernier tiers de la sixième longueur... Alors, j’ai beau lui proposer mollement qu’il s’encorde et que je l’assure, le sourire et le clin d’œil qu’il m’envoie en guise réponse sont exactement ce à quoi je m’attendais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’a pas crié, ou du moins je ne m’en souviens pas. J’ai seulement vu la corde, lovée au pied du relais, se mettre à défiler de plus en plus vite, puis s’arrêter brutalement... Des cris il y en a eu, ceux des grimpeurs qui empruntent le sentier au pied de la faille, puis les miens et ceux de mon compagnon de cordée, puis ceux de Caroline qui a compris bien après tous ce qui venait de se passer. Je suis resté avec elle au relais, pas question de la laisser seule ; et mon compagnon de cordée a posé un rappel pour aller voir – le plus long rappel de sa vie, m’a-t-il dit ensuite– sait-on jamais… L’hélico de la protection civile est arrivée très vite, il rentrait d’une mission de surveillance mais sans médecin à bord ; d’ailleurs il n’y avait pas besoin de médecin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ranta&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-6105205391588617596?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/6105205391588617596/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/marco-dominique.html#comment-form' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/6105205391588617596'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/6105205391588617596'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/marco-dominique.html' title='Marco ( Ranta)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S2CMqxcV6EI/AAAAAAAAASI/t7SDVCEsN28/s72-c/alpinisme-photographie_4.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-7110139587449637639</id><published>2010-01-23T19:19:00.021Z</published><updated>2010-02-12T16:30:36.913Z</updated><title type='text'>Il pleuvait sur Aix... (F. Spassky)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S11w2qqdQ0I/AAAAAAAAASA/LMvytE_z4hY/s1600-h/orangesc%C3%A8ne.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 262px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S11w2qqdQ0I/AAAAAAAAASA/LMvytE_z4hY/s400/orangesc%C3%A8ne.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5430620810146300738" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Je n'eus aucun mal à l'identifier, il était seul client à une table du bar de l'Hôtel Ibis où nous avions rendez-vous. Un type à l'air accablé derrière ses lunettes rondes, qui sentait les fins de mois difficiles et l'injustice essentielle du monde.&lt;br /&gt;L'avocat m'avait prévenu, il était fâché avec son fils depuis des années et bien qu'il soit  venu spécialement à Aix-en-Provence pour le voir en prison, Éric avait refusé de le rencontrer.&lt;br /&gt;Il se leva pour me saluer, l'odeur chimique d'une eau de toilette bon marché m'enveloppa. Il me demanda si je voulais boire quelque chose et commanda mon café au garçon qui n'avait rien d'autre à faire que de lire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Provençal&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;Il pleuvait sur Aix. C'était souvent le cas aux alentours de Noël.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— « Merci d'être venu, me dit-il en préambule. L'avocat d'Éric vous a dit pourquoi je voulais vous voir : vous êtes, selon lui, l'une des rares personnes à être exactement au courant de ce qui s'est passé. On va vous demander de témoigner sans doute... Mais moi... moi, j'ai besoin de savoir...  Je suis en mauvais termes avec mon fils, cela fait cinq ans qu'on ne s'est plus parlé. Mais c'était un garçon plutôt calme, posé. Renfermé même. Je ne comprends pas comment il a pu faire ça...&lt;br /&gt;— Ce n'est pas indiscret de vous demander le motif de votre brouille ?&lt;br /&gt;— Oh, il n'a pas supporté mon divorce avec sa mère et encore moins mon remariage...&lt;br /&gt;— Que savez-vous exactement ?&lt;br /&gt;— Ce que les journaux en ont dit. Et l'avocat... Que mon fils a tué à coups de marteau un metteur en scène du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bolchoï&lt;/span&gt;, Alexis Kovalev, alors que la troupe était à Orange pour une série de représentations. Éric travaillait pour le montage des décors ou quelque chose comme ça. Je n'en sais pas plus...»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’enfonçai dans le fauteuil club et allumai une cigarette. C'était un temps où les fumeurs ne faisaient pas encore l'objet de harcèlements hystériques.&lt;br /&gt;Je m'étais préparé à cette rencontre et me doutais bien de ce qu'il allait me demander. Mais là, devant cette détresse j'eus un moment d'incertitude: comment lui raconter ça ? C'était inracontable...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«— Hum, dis-je en me raclant la gorge. Pour vous l'expliquer, cela va être long. Sans le contexte, on ne peut pas comprendre. J'espère que votre fils s'en tirera sans trop de dégâts et qu'il ne sera condamné qu'avec du sursis, plus la préventive qu'il aura faite au jour de son procès.&lt;br /&gt;— J'ai tout mon temps. C'est plutôt vous...&lt;br /&gt;— OK. Le point de départ, pour moi, c'est IMS...&lt;br /&gt;— IMS ?&lt;br /&gt;— L'employeur. C'est une boîte qui fait de l'événementiel, mais spécialisée dans les événements sportifs : tournois de tennis, de golf, rallyes automobiles, courses cyclistes. J'ai su qu'ils ne s'étaient jamais occupés auparavant d'organiser la tournée d'une troupe d'Opéra  de 400 personnes avec les artistes, les décors, les costumes, les techniciens... Comment ont-ils eu le contrat d'exclusivité avec le Bolchoï? C'est un mystère... Mais ils l'ont eu : quatre mois en Europe avec 3 semaines au Théâtre antique d'Orange : Moussorgsky ( &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Boris Godounov&lt;/span&gt;) et le ballet de Prokofiev, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Roméo et Juliette&lt;/span&gt;. Ils ont flairé le  coup du siècle : ces pauvres Russes étaient en déconfiture totale après la perestroïka, leurs salaires misérables, mais la qualité artistique intacte. Faisant connaissance avec l'économie de marché, ils étaient prêts à se vendre pour 10 fois moins cher qu'une troupe occidentale de renom. Et ces salauds d'IMS n'en ont fait qu'une bouchée. Malgré ce prix dérisoire, ils se sont  comportés comme des rats, grattant le moindre centime. Je vous passe les détails, mais vous ne pouvez pas imaginer...&lt;br /&gt;— Par exemple ?&lt;br /&gt;— Oh, tout... Par exemple, leur contrat ne prévoyait qu'un repas par jour en plus du petit déjeuner ; par exemple, au lieu d'être logés dans les hôtels des alentours (à Orange il n'y a quasiment rien), ils avaient dégoté les piaules des élèves d'un lycée agricole vide de ses internes durant l'été ; par exemple, ils leur avaient fourni des serviettes de toilette tellement pourries que quand on s'essuyait on était couvert de pluches ; mais le plus grave va concerner directement Éric cette fois : ils ont calculé que payer l'ensemble des techniciens russes qu'il fallait nourrir, loger durant tout leur séjour leur revenait beaucoup plus cher que d'embaucher sur place des techniciens et machinistes intermittents du spectacle qu'ils ne paieraient qu'au temps travaillé. Ils ont donc exigé des équipes russes très réduites. Les chefs essentiellement. Les équipes techniques étaient donc mixtes. C'est pour cela qu'ils avaient besoin d'un interprète à plein temps auprès d'eux, entre autres. C'est le travail qui m'avait été dévolu. Mais attention, ce n'est pas mon métier. Dans le civil je suis prof de russe ici, à Aix. Je suis tombé sur une annonce à laquelle j'ai répondu, on m'a fait passer un test de russe par téléphone et j'ai été pris.&lt;br /&gt;— C'était bien payé ?&lt;br /&gt;— Je l'ai cru au début, habitué à nos salaires de profs. Mais depuis, je me suis renseigné, non, c'était très en-dessous des tarifs habituellement pratiqués. Mais je m'en fichais, j'étais libre en juillet, pour moi c'était du complément de salaire, j'adore la musique classique, l'opéra; le ballet... et en plus ça m'amusait.&lt;br /&gt;— Donc ils ont aussi embauché Éric ?&lt;br /&gt;— Oui. Je ne connais pas les détails. Je crois bien qu'ils ont embauché d'abord un chef d'équipe habitué à ce genre de boulot et il s'est chargé à son tour de trouver des gars... dont votre fils. C'était son métier ?&lt;br /&gt;— Je ne sais pas... je ne sais rien de lui depuis cinq ans.&lt;br /&gt;— Ce qui m'est apparu assez rapidement, c'est que les intermittents français embauchés par IMS étaient en nombre très insuffisant. Enfin, cela aurait peut-être pu passer, s'il n'y avait eu quelques circonstances à la fois aggravantes et aberrantes...&lt;br /&gt;— …&lt;br /&gt;— D'abord, IMS voulait rentabiliser la location du Théâtre antique et ils avaient intercalé des représentations de variété au milieu des spectacles du Bolchoï : un coup Véronique Samson, un coup Chris Rhéa, un coup Patricia Kass. Sans doute une question de disponibilité de ces gens-là..&lt;br /&gt;— Et alors, c'était bien pour les intermittents français ? Ça leur faisait des jours de repos, non ?&lt;br /&gt;— Au contraire... Comme il n'y avait pas un jour de relâche, il fallait, par exemple,  tout démonter à la fin de la représentation de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Boris Godounov&lt;/span&gt;, à partir de minuit environ, pour que l'équipe de Patricia Kass,  qui arrivait le lendemain en milieu de matinée puisse s'installer. Et il fallait attendre la fin de son concert et que son équipe ait tout remballé pour pouvoir remonter à partir de 3-4 heures du matin les décors de Boris Godounov !&lt;br /&gt;— Ils ne pouvaient pas le faire dans la journée ?&lt;br /&gt;— Non, car, et c'est un autre détail ahurissant, le théâtre d'Orange est un monument historique et la municipalité, c'était dans le contrat, avait exigé que les visites continuent, qu'il reste ouvert dans la journée, de 10 h à 17 h au public, à l'exception des parties proches de la scène. Au début, ils ont essayé de remonter quand même en journée. Jusqu'au jour où un projecteur a échappé des mains d'un éclairagiste du sommet de l'une des deux tours destinées aux éclairages et qu'il est passé à 10 centimètres de la tête d'un mère de famille qui visitait les lieux en poussant un landau avec un bébé dedans... Elle a fait un scandale évidemment. C'est IMS qui dû céder... Mais ce n'est pas tout. Ces tours, justement... C'étaient de sortes d'échafaudages d'une vingtaine de mètres, il y en avait deux sur les côtés des gradins pour supporter une batterie de projecteurs. La première fois que des éclairagistes russes y sont montés, c'était un jour de mistral, ils se sont arrêtés à mi-hauteur, sont redescendus et ont décrété que c'était trop dangereux . Total, évidemment, seuls les Français y montaient... Pas fous, ces gens-là... D'une manière générale, tout ce qui était dangereux ou difficile, ils le leur déléguaient.&lt;br /&gt;— Les professionnels sont sans doute plus prudents...&lt;br /&gt;— Sûr... À cela vient s'ajouter qu' à Orange c'est un théâtre en plein air et que les réglages de lumières ne peuvent donc se faire que la nuit... À l'évidence, il aurait fallu le double de personnel pour que cela se passe sans problème. Au bout de quinze jours de ce traitement, les malheureux intermittents français étaient devenus des zombies, des loques, dormant parfois 2-3 heures par nuit. Votre fils, pareil... Vous ne pouvez vous imaginer combien elle est large cette scène, surtout quand vous la traversez 150 fois dans la journée... Avec la fatigue, il y a eu des accidents, dont l'un assez grave, une fracture tibia-péroné. Et il n'a pas été remplacé !&lt;br /&gt;— C'est donc à cause de la fatigue que tout cela est arrivé ?&lt;br /&gt;— Non. Enfin.. oui et non. Elle a été une circonstance... lourde. Mais il y a eu plus : les caprices du metteur en scène. Au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bolchoï&lt;/span&gt; chaque spectacle avait le sien. Avec celui de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Boris Godounov&lt;/span&gt;, cela s'est assez bien passé, les ennuis ont commencé lorsque le corps de ballet et Kovalev ont débarqué pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Roméo et Juliette&lt;/span&gt;. C'était un grand type, genre vieux beau, au mieux avec la danseuse-étoile et se prenait pour un génie. Il venait, même aux répétitions, dans des vêtements invraisemblables : je me souviens d'un costume en cuir blanc avec des franges, sans doute trouvé à Las Vegas, un immense chapeau genre mousquetaire. Il était parfaitement ridicule. Mais aussi un véritable tyran. Le directeur technique russe qui était un type vraiment sympa, adoré de son équipe, m'a mis au parfum : ce Kovalev, on lui reconnaissait du talent, mais le mec était imbuvable...»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'interrompis un moment pour finir mon café qui était devenu froid. Le père d'Éric buvait littéralement mes paroles. Il semblait fasciné par ce monde que je lui faisais découvrir, si loin des paillettes habituelles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— « Dès le premier jour, il a commencé, repris-je : il convoque une répétition pour 17 heures,  heure de la fermeture au public du théâtre, et décrète que la scène ne lui plaît pas, qu'elle s'étire en largeur, qu'elle fait vide, qu'il faut la meubler d'arbres pour le lendemain soir, pour la première ! Panique dans le camp français, les voilà en train de téléphoner à tous les pépiniéristes de la région pour trouver assez d'arbres de taille suffisante, à chercher un camion découvert et aller les récupérer, deux ici, trois ailleurs... Vers 20 heures le camion revient avec une vingtaine d'arbres en bacs que l'on installe difficilement, à l'aide de grues, sur la scène. Dans la soirée, le reste du décor est monté et je m'apprête à passer avec les éclairagistes une nuit blanche pour le réglage des lumières.&lt;br /&gt;— Parce que vous aussi vous faisiez des nuits ?&lt;br /&gt;— Obligé… Dès qu'il y avait des équipes mixtes, il fallait un interprète. D'ailleurs, je ne vous cache pas qu'au début, j'ai eu du mal avec le vocabulaire technique :  une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;guinde,&lt;/span&gt;  un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pendrillon&lt;/span&gt; ou  un &lt;span style="font-style: italic;"&gt; gobo&lt;/span&gt;, je ne savais même pas ce que cela voulait dire en français... Mais pour faire les nuits, on se relayait, on était 5 interprètes en tout.  Cette nuit-là, c'était mon tour.&lt;br /&gt;— C'est là que cela s'est arrivé ?&lt;br /&gt;— Non. Mais ce qui s'est passé cette nuit-là a eu son importance. Voilà : le théâtre antique d'Orange a une particularité. Il arrive que, certains jours de fort mistral, le vent s'engouffre, s'y trouve piégé et se mette à tourbillonner, créant une mini-tornade à l'intérieur.  Il était aux alentours de 3 h du matin, on venait de terminer les réglages des lumières et le vent s'est levé. De plus en plus fort. Et, a un moment, la tornade a eu lieu... et tout  a foutu le camp : les arbres sur la scène, les éléments de décor qui se sont arrachés. On s'est tous aplatis au sol, essayant de retenir ce que l'on pouvait. Une planche de contreplaqué m'est passée juste au dessus de la tête; un miracle qu'il n'y ait pas eu de blessé parmi nous. Cela a duré quelques minutes. Tout était par terre, sauf bizarrement, les fameuses tours en échafaudages. La scène était recouverte d'éléments de décor cassés, d'arbres renversé, de terre répandue hors des bacs. Un désastre... Mais un désastre qu'il fallait réparer avant le première qui avait lieu le soir-même... Alors dès le début de la matinée, on réveille les " machinistes" (c'est ainsi qu'on les appelle) qui, il faut s'en souvenir, ont terminé fort tard leur travail. Les Russes, cette fois se sont montrés réellement coopératifs. Mais voilà que le metteur en scène exige un « raccord » en fin d'après-midi, si bien que le remontage et le nettoyage doivent être interrompus. Lorsque la répétition se termine il est 19 h passées et il reste encore du travail d'installation des décors. En particulier, ceci : il s'agit d'une croix gigantesque de 5 m de haut faite d'un bâti léger en bois sur lequel est tendue une toile peinte en marron foncé. Et la mise en scène prévoit qu'on puisse l'ériger en quelques secondes pendant un « noir » de lumière au milieu d'un acte. Le directeur technique russe explique donc, par mon truchement, ce qu'il faut réaliser aux trois machinos qui sont chargés de l'affaire. Votre fils est l'un des trois... Les Français font remarquer aux Russes que, telle que cette croix est conçue, elle fait une magnifique voile, et que si le vent se lève à nouveau, on risque bien de la retrouver au milieu du public... Les Russes en conviennent et approuvent  l'idée qu'elle doive être bien arrimée.&lt;br /&gt;— Hum... une croix qu'il faut pouvoir mettre debout en quelques secondes, qui doit être ensuite solidement  fixée, et facile à enlever à la fin de l'acte... Plus facile à dire qu'à faire, non ?...&lt;br /&gt;— Effectivement car, en plus, il y a une circonstance que vous ne connaissez pas encore : le théâtre antique d'Orange est un monument historique classé et il est hors de question de planter le moindre clou, le moindre piton dans ses murs vénérables, c'est formellement interdit et surveillé par des employés municipaux particulièrement tatillons. On y a fixé à demeure un petit nombre de pitons et toutes les troupes qui viennent y travailler doivent se débrouiller avec ce qu'il y a… Alors, les voilà en train de chercher un système efficace. Ils en essaient un qui ne marche pas. Trop long. Au bout de plus de deux heures d'efforts, ces trois garçons épuisés par les nuits sans sommeil y parviennent enfin &lt;span style="font-style: italic;"&gt;in extremis&lt;/span&gt; : il est tellement tard que les portes du théâtre sont déjà ouvertes et que les spectateurs commencent à entrer ! Je les revois encore, leurs outils à la main, en train de souffler enfin... C'est là que s'est joué le drame...&lt;br /&gt;—…&lt;br /&gt;— Oui, c'est le moment que choisit Kovalev pour apparaître avec sa cour et dire quelque chose au directeur technique russe. Ce dernier alors s'approche de moi, l'air embêté : " Écoute, me dit-il, je ne sais pas comment te le dire, mais Kovalev ne veut plus de la croix. Ils peuvent la démonter... ". C'est là que ça s'est passé, lorsque je suis venu le leur traduire. Les autres je n'ai pas fait attention, mais Éric a disjoncté. Il tenait encore une massette à la main et s'est jeté en hurlant sur Kovalev qui discutait  avec une costumière. Il lui a fracassé le crâne. Il a fallu cinq personnes pour le maîtriser. Lorsque le SAMU est arrivé, ils n'ont rien pu faire, le type était mort... Votre fils était comme un dingue, s'il n'avait pas été maîtrisé, je suis sûr qu'il se serait acharné sur le cadavre... Les flics ont été obligés de lui menotter les mains et les pieds... Voilà toute l'histoire...»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me tus. Le père d'Eric sanglotait ; le garçon derrière son bar avait cessé de lire son journal. Il nous regardait bizarrement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous sommes séparés sur le trottoir devant l’entrée de l’Ibis.  La nuit était tombée et les guirlandes de Noël se reflétaient sur la chaussée mouillée.  Je l’ai regardé un instant s’éloigner et se perdre au milieu des passants chargés de leurs courses de Noël.&lt;br /&gt;Quelque chose dans sa silhouette me rappelait Éric.&lt;br /&gt;Je me suis dit qu’il faudrait que j’essaie de lui rendre visite en prison…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Frederic Spassky&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-7110139587449637639?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/7110139587449637639/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/il-pleuvait-sur-aix-f-spassky.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7110139587449637639'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7110139587449637639'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/il-pleuvait-sur-aix-f-spassky.html' title='Il pleuvait sur Aix... (F. Spassky)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S11w2qqdQ0I/AAAAAAAAASA/LMvytE_z4hY/s72-c/orangesc%C3%A8ne.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-3928618462153227199</id><published>2010-01-18T07:41:00.003Z</published><updated>2010-01-18T15:21:56.892Z</updated><title type='text'>La soliste (Fergus)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S1QQ2qI7ptI/AAAAAAAAARY/n1XyFavhn4o/s1600-h/Violoniste+1.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;width: 266px; height: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S1QQ2qI7ptI/AAAAAAAAARY/n1XyFavhn4o/s400/Violoniste+1.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5427981982099023570" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La soliste avait des grands pieds. Je m’en étais aperçu dès qu’elle était entrée en scène, malgré la longue robe noire de concert qui lui tombait sur les chevilles. Sur le coup, ça m’avait amusé, et puis j’avais détaillé son visage d’adolescente brune au regard vif, ses bras charnus, son cou orné d’un scarabée de vermeil, ses mains de virtuose aux ongles fuchsia. La fille, une jeune polonaise en tournée avec une formation universitaire de Cracovie, était plutôt mignonne, et pas du tout impressionnée, malgré son jeune âge – dix-sept ans à peine –, de s’attaquer au redoutable concerto pour violon de Brahms. À sa place, j’aurais été mort de trouille, incapable de sortir le moindre son harmonieux de mon instrument. Il est vrai que j’ai toujours été émotif. &lt;br /&gt;Pris par le concert, j’avais oublié cette histoire de pieds pour me concentrer sur la musique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois semaines s’étaient écoulées depuis le concert. Ce jour-là, un vendredi, j’avais quitté mon atelier d’ébénisterie un peu plus tôt que d’habitude pour suivre à la télé un match de Coupe de la Ligue : Toulouse-Auxerre. J’adore le foot. Je l’ai moi-même pratiqué durant de longues années, chez les jeunes tout d’abord, puis dans une équipe de district, avant qu’un arrachement des ligaments croisés du genou droit ne me contraigne à abandonner mon sport favori.&lt;br /&gt;J’étais confortablement installé dans mon fauteuil avec une boîte de Heineken lorsque, peu avant 18 h 30, la sonnette avait retenti. Les Toulousains venaient d’obtenir un coup franc bien placé, légèrement sur la droite des buts adverses. Les yeux rivés sur l’écran, je n’avais pas bougé d’un poil. La sonnette avait retenti à nouveau, beaucoup plus insistante. Le coup franc tiré, j’étais allé ouvrir en pestant contre l’importun, bien décidé à l’éconduire, à moins qu’il ne s’agisse d’une superbe nana, genre Monica Belluci ou Pénélope Cruz. Comme je le pressentais, il n’y avait pas plus de Monica que de Pénélope sur le seuil de mon appartement, mais un grand blond dégingandé frisant la quarantaine. Deux pas derrière lui se tenait un jeune mec de type méridional à la mâchoire puissante. Le grand blond me présentait une carte barrée de tricolore.&lt;br /&gt;─ Capitaine Lagadec. Et voici le lieutenant Angelkovic. Je vous prie de bien vouloir nous suivre, monsieur Bizien.&lt;br /&gt;─ Mais… je… Que se passe-t-il ?&lt;br /&gt;Un hurlement de joie, soutenu par les accents graves d’une corne de brume et les accords approximatifs d’une trompette, envahit la pièce : le score venait d’être ouvert.&lt;br /&gt;─ Désolé pour votre match, monsieur Bizien, mais nous avons absolument besoin de votre témoignage. Veuillez nous suivre à l’Hôtel de Police.&lt;br /&gt;─ Je présume que je n’ai pas le choix ?&lt;br /&gt;─ Je crains que non.&lt;br /&gt;Quatre heures plus tard, privé de ma ceinture et de mes lacets, j’étais placé en garde à vue dans une cellule grillagée. Le cauchemar commençait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Penchée sur ses notes, la juge d’instruction pianotait d’un doigt nerveux le rebord de son sous-main. Il régnait dans le bureau un silence de plomb, seulement troublé par la ventilation du micro-ordinateur de la greffière. La magistrate se rejeta en arrière dans son fauteuil.&lt;br /&gt;─ Bien, dit-elle en triturant son stylo, récapitulons : Le dimanche 5 juin, en fin de matinée, un couple de promeneurs découvre près de la fontaine Saint-Ivy, au lieu-dit Le Stang, le corps d’une jeune fille de 16 ans, Aurélie Jézéquel. Ses vêtements en désordre et sa culotte déchirée paraissent accréditer la thèse d’une agression à caractère sexuel. La victime n’a pas été violée. Au cours de la lutte qui l’a opposée à son agresseur, elle semble avoir été projetée contre la fontaine où sa tête a violemment heurté un angle de granit. Il est résulté du choc un enfoncement de l’os pariétal droit. La malheureuse ne s’en relèvera pas. D’après le médecin légiste, le décès est intervenu dans la soirée du samedi aux environs de 22 heures.&lt;br /&gt;─ Tout cela est bien triste, mais…&lt;br /&gt;─ Vous parlerez lorsque je vous donnerai la parole, Maître, dit sèchement la juge.&lt;br /&gt;Mon avocat se tassa sur sa chaise en grommelant. La magistrate reprit la parole :&lt;br /&gt;─ Commence alors une enquête difficile, faute de preuve matérielle et de témoin direct. Un point est toutefois établi avec certitude par les gendarmes : à l’heure de l’agression, une voiture bleue, de marque indéterminée mais étrangère à la commune, est aperçue en différents lieux par trois personnes du voisinage. Cette voiture roule à faible allure sur la petite route qui mène à la fontaine Saint-Ivy. Elle est conduite par un homme brun pouvant avoir entre trente et quarante ans. Je vous rappelle, monsieur Bizien, que vous possédez une Ford Mondéo bleue – bleu cosmos très précisément –, que vous êtes brun et que avez fêté vos trente-sept ans le mois dernier. Jusque là, je vous concède que ça ne fait pas de vous un meurtrier…&lt;br /&gt;─ Je ne vous le fait pas dire, madame la juge ! s’exclama mon avocat en ouvrant les mains dans un geste théâtral.&lt;br /&gt;─ Certes, mais tout se complique, Maître Carval, lorsqu’on découvre parmi la vingtaine d’objets collectés aux abords de la fontaine un petit porte-clés aux armes de la ville de Dubrovnik dont l’enquête démontrera qu’il a été offert à votre client par son neveu Tanguy au retour d’un voyage en Croatie avec ses parents. Ce porte-clés est accablant, monsieur Bizien : il prouve que vous connaissiez la fontaine Saint-Ivy. Dans un premier temps, vous le niez, avant d’admettre l’évidence. Vous arguez alors d’une visite effectuée au cours du mois de mai à la chapelle Saint-Michel dont vous souhaitiez voir, pour un projet professionnel, les… les…&lt;br /&gt;─ Les entraits sculptés, madame la juge, et plus précisément les engoulants.&lt;br /&gt;─ En effet, monsieur Bizien, les engoulants. La visite effectuée, vous faites quelques pas dans le sous-bois jusqu’à la fontaine Saint-Ivy, toute proche de la chapelle Saint-Michel. C’est alors, dites-vous, que vous perdez par mégarde le porte-clés de votre neveu. Malheureusement pour vous, il ne sera trouvé là qu’après le meurtre d’Aurélie. Ajouté à la voiture bleue et à la description du suspect, ça commence à faire beaucoup. Et ce n’est pas fini car les policiers découvrent, en enquêtant dans votre entourage, qu’à plusieurs reprises, notamment lors de banquets, vous avez importuné, et pas seulement verbalement, des jeunes filles…&lt;br /&gt;─ J’avais bu.&lt;br /&gt;─ Ivre ou pas, et bien qu’il n’y ait pas eu dépôt de plainte, il ressort de ces agissements, confirmés par votre ex-concubine, que vous avez toujours eu un goût très marqué pour ce qu’elle nomme « la chair fraîche »…&lt;br /&gt;─ Accusation de femme jalouse, lança Maître Carval en levant les bras au ciel.&lt;br /&gt;Indifférente à l’interruption, la juge poursuivit :&lt;br /&gt;─ Je ne vous cache pas, monsieur Bizien, que l’ensemble de ces éléments constitue un dossier à charge d’autant plus accablant que vous êtes incapable de fournir un alibi pour la soirée du 4 juin. Vous affirmez avoir assisté ce jour-là à un concert classique à la cathédrale, autrement dit à soixante kilomètres du lieu du drame. Je ne demande qu’à vous croire. Hélas ! pour vous, personne ne se souvient vous avoir vu : ni les deux femmes préposées à la caisse, ni les spectateurs qui ont pu être entendus suite à l’appel à témoins…&lt;br /&gt;─ Bon sang, je vous répète que j’y étais, madame la juge ; j’étais assis au 5e rang à gauche, juste à côté d’un gros pilier. Je me suis même levé deux ou trois minutes durant la pause, entre la symphonie de Wranitzky et le concerto de Brahms, pour chasser les fourmis de ma jambe gauche.&lt;br /&gt;─ En supposant que cela soit vrai, comment expliquez-vous que personne ne vous ait remarqué dans une assistance pourtant clairsemée ?&lt;br /&gt;─ Mais je n’en sais rien, madame la juge. Si ce n’est que c’était une assemblée de vieux. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis mis un peu à l’écart. Je déteste être mélangé aux vieux, ça me fiche le bourdon. Ajoutez à ça que j’ai un physique tout ce qu’il y a d’ordinaire, le genre de type qui passe toujours inaperçu, quoi qu’il fasse et où qu’il aille.&lt;br /&gt;─ Eh oui, c’est bien là le problème. Cela dit, vous n’êtes pas non plus très observateur, monsieur Bizien. En un peu plus d’une heure et demie, vous n’avez pas remarqué le moindre spectateur, pas noté le plus petit détail susceptible d’accréditer votre version…&lt;br /&gt;─ Mon client a été interpellé trois semaines plus tard, madame la juge ! En trois semaines, le souvenir des détails s’estompe très vite.&lt;br /&gt;─ Il n’empêche que cette amnésie est regrettable, Maître Carval. Car enfin, tout ce dont votre client se souvient tient en deux choses : le scarabée de la jeune soliste et la présence d’une altiste asiatique dans la formation polonaise. L’ennui, c’est que l’altiste et son faciès oriental étaient très visibles sur l’affiche du concert. Et plus encore la violoniste dont le buste, imprimé en médaillon, montre parfaitement le scarabée. Je vous rappelle, Maître, que l’affiche a été placardée un peu partout dans le département plus de deux semaines avant le concert ; votre client a largement eu le temps de s’en imprégner… Monsieur Bizien, n’avez-vous vraiment aucun autre souvenir de cette soirée, et notamment des musiciens puisqu’il semble que vous n’ayez pas prêté la moindre attention au public ?&lt;br /&gt;─ Qu’est-ce que voulez que je vous dise ? Je me suis repassé cent fois le film du concert dans ma tête. Il en ressort qu’un flûtiste avait les cheveux en bataille et que la soliste avait des grands pieds. La belle affaire. Pour le reste, j’ai beau fouiller mes souvenirs jusqu’à la migraine, aucun incident notable ne me revient en mémoire.&lt;br /&gt;─ Désolée pour vous, monsieur Bizien, mais il va falloir fouiller encore. Je vous donne une dernière chance de me prouver de manière indiscutable que vous étiez à la cathédrale le soir du concert. Vous disposez de trois jours. Passé ce délai, je signerai l’ordonnance de renvoi devant la Cour d’Assises du chef de meurtre précédé de tentative de viol sur la personne d’Aurélie Jézéquel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vécus trois nuits d’enfer à la maison d’arrêt. Trois nuits de cauchemar, peuplées de parties civiles haineuses, de magistrats impitoyables, de jurés aux yeux injectés de colère, pointant sur moi un doigt vengeur. Trois nuits d’horreur où le spectre de la victime venait, après de longues séances de tortures, me trancher la tête d’un coup de sabre avec une extrême jubilation.&lt;br /&gt;J’avais le teint pâle et les yeux cernés en pénétrant dans le bureau de la juge. Libéré des menottes, je pris place en face d’elle, Maître Carval à mes côtés. Fidèle à elle-même, la magistrate était impassible. Dans quelques instants, la greffière allait me donner lecture de l’acte de renvoi. J’étais résigné : on ne lutte pas contre la fatalité ! C’est alors que les choses prirent un tour inattendu. &lt;br /&gt;─ Pourriez-vous me décrire le vêtement que vous portiez le soir du concert, monsieur Bizien ?&lt;br /&gt;Interloqué par la question, je mis quelques secondes à répondre.&lt;br /&gt;─ Je… je crois que c’était un polo de coton… Oui, c’est bien ça, un polo avec des rayures verticales rouges et noires.&lt;br /&gt;─ J’ai là, monsieur Bizien, les témoignages des musiciens obtenus dans le cadre d’une commission rogatoire en Pologne. Au vu de votre photo, aucun d’entre eux ne se souvient de vous. À une exception près : l’un des deux clarinettistes, Jerzy Boniek, déclare avoir observé quelqu’un de ressemblant à proximité d’une colonne. Le musicien, peu sûr de lui concernant le visage, est en revanche formel sur le vêtement : l’homme portait une chemisette rayée verticalement de rouge et de noir. À la question : « En êtes-vous absolument certain ? », monsieur Boniek répond : « C’est même à cause de ça que j’ai remarqué cette personne : ce sont les couleurs du club de foot de mon village natal, près de Katowice. »&lt;br /&gt;J’étais abasourdi, incapable d’émettre le moindre son. Un léger tremblement agitait mes mains. Naturellement, mon avocat se précipita dans la brèche :&lt;br /&gt;─ Eh bien, voilà qui change tout, madame la juge.&lt;br /&gt;─ C’est également mon avis, Maître Carval, d’autant plus que l’histoire des pieds de la soliste me turlupinait. J’ai donc fait procéder à une vérification. Le résultat est arrivé de Cracovie par fax il y a moins de deux heures : Milena Zelenkova, la jeune violoniste, chausse du 43 ½ pour une taille de 1 m 65. La soliste avait bel et bien des grands pieds et personne n’avait remarqué cette particularité. Sauf votre client…&lt;br /&gt;La juge désigna un document sur son sous-main.&lt;br /&gt;─ … En conséquence de quoi j’ai signé juste avant cette audition une ordonnance de non-lieu… Vous êtes libre, monsieur Bizien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                                         Fergus&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-3928618462153227199?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/3928618462153227199/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/la-soliste-fergus.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3928618462153227199'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3928618462153227199'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/la-soliste-fergus.html' title='La soliste (Fergus)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S1QQ2qI7ptI/AAAAAAAAARY/n1XyFavhn4o/s72-c/Violoniste+1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5274665213215479255</id><published>2010-01-12T07:28:00.003Z</published><updated>2010-01-13T21:31:31.219Z</updated><title type='text'>Vertige du store vénitien (Sandro)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S0wmcZ5nPiI/AAAAAAAAARQ/3GVQPrmBkjg/s1600-h/Store.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 400px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S0wmcZ5nPiI/AAAAAAAAARQ/3GVQPrmBkjg/s400/Store.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5425753920505331234" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Finalement, c'aurait du être une belle journée.&lt;br /&gt;Je poussai la porte cochère de l'hôtel particulier de la rue Piccini, dans le 16 eme arrondissement.&lt;br /&gt;Une caricature de gorille m'amena, après les contrôles d'usage, dans une salle d'attente aux stores vénitiens qui sentait le médecin généraliste qui n'a pas les moyens. Moquette bordeaux usée, quelques revues d'il y a plus d'un an. Puis on m'appela. Je passai dans une autre pièce, non sans avoir croisé d'autres gorilles. Un vrai zoo.&lt;br /&gt;Puis la porte d'un bureau moins défraîchi que les autres. Et, assis derrière un secrétaire de bois blanc, Bernstein. La cinquantaine flasque, un peu chauve, le teint trop pale mangé par une mauvaise barbe. Il avait une chemise jaune sale qui allait assez bien avec ses ongles.&lt;br /&gt;J'ai décidé aussitôt que je ne l'aimais pas. Il m'examinait de bas en haut. Puis l'inverse. Enfin, il fit un geste, qui devait signifier que j'étais autorisé à m'asseoir dans une bergère qui avait du être jaune, elle aussi.&lt;br /&gt;En réaction, j'allumai une Gitane Internationale et soufflai loin la fumée, jusqu'à lui.&lt;br /&gt;Il sourit. Un sourire sale, je l'ai remarqué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— On est venu chercher son argent, Monsieur Ferretti?&lt;br /&gt;Haussement d'épaules.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— 30 000 euros pour un type comme vous, c'est peu. Vous n'avez pas de gros besoins?&lt;br /&gt;— J'ai de très gros besoins, au contraire. Voilà pourquoi je suis bon marché. On n'achètera jamais ce que je veux.&lt;br /&gt;Je m'écoutais dire n'importe quoi. Parfois ça repose, comme une musique douce en arrière-fond.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et c'est quoi, ce que vous voulez? La nuit sans lune?&lt;br /&gt;Nouveau mouvement d'épaules.&lt;br /&gt;Bernstein hochait la tête, mimant celui qui comprend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;—"Quand on a bien regardé la vie, il n'y a que le suicide ou Dieu", lâcha-t-il sentencieusement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, après un temps, comme pour s'excuser:&lt;br /&gt;— Je crois que c'est de Camus.&lt;br /&gt;— Montherlant, lâchai-je en soufflant la fumée de ma Gitane plus fort que je ne l'aurais voulu.&lt;br /&gt;Il commençait à m'énerver. C'est dangereux quand je m'énerve. Ma mère vous le dirait.&lt;br /&gt;— Pardon?&lt;br /&gt;— Montherlant, c'est de Montherlant.&lt;br /&gt;— Ah oui?&lt;br /&gt;— Oui, d'ailleurs, il en est mort, dis-je sèchement.&lt;br /&gt;Il m'énervait. J'avais tort. Les cons, faut laisser dire. La seule chose qui m'importait, c'est qu'il me donne mon argent, de préférence assez vite. Pourtant, je sentais que ce serait long.&lt;br /&gt;— Vous savez quel est votre problème? Enfin, quand on fait votre métier, je veux dire….&lt;br /&gt;Je secouai la tête.&lt;br /&gt;— Vous voulez que je vous le dise?&lt;br /&gt;— Si je ne peux pas l'éviter, dis-je, fatigué.&lt;br /&gt;— Vous êtes un penseur, c'est ça votre problème.&lt;br /&gt;— Un panseur? Pourquoi, vous avez des blessures? risquai-je, amusé.&lt;br /&gt;Mais il ne comprit pas le jeu de mot. Un con, je l'ai déjà dit.&lt;br /&gt;Puis son visage blanc et sale s'illumina lentement d'un sourire. Il était en voie de comprendre. Ce qu'il y avait d'intéressant avec ce type, c'est qu'on pouvait suivre le trajet de la pensée sur sa figure. Trajet lent, malaisé, puis, de temps en temps, la victoire de l'intelligence sur la matière. Un vrai combat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et vous, qu'en pensez-vous, Monsieur le penseur, reprit Bernstein, décidément philosophe.&lt;br /&gt;— Je ne pense plus, ça m'évite de penser faux.&lt;br /&gt;— Oui, oui, d'accord, reprit-il en se regorgeant dans sa graisse. Dites, vous êtes amoureux, ou quoi?&lt;br /&gt;— Ne dites pas de gros mots, ai-je lâché sobrement.&lt;br /&gt;Il daigna sourire, et puis, soudainement:&lt;br /&gt;— Les métiers de cons, ça rend con.&lt;br /&gt;Et devant mon absence de réaction, il ajouta :&lt;br /&gt;— Je suis de ceux qui pensent qu'un tueur à gages est nécessairement un con. C'est pour ça que je les emploie.&lt;br /&gt;— Vous êtes de ceux qui pensent et qui ne devraient pas, ai-je dit doucement en me levant vers lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussitôt il eut peur, car ses yeux virevoltèrent à la recherche d'un objet ou de quelqu'un, alors qu'à l'évidence, il n'y avait rien. J'aime bien lire la peur dans les yeux des gens. Ça aussi, il faudrait que ça me passe.&lt;br /&gt;Alors, j'ai mis ma main sous mon blazer, par réflexe, tout en respirant à fond pour me calmer. Je crois que c'est là qu'il prit vraiment peur, car il sortit d'un tiroir une enveloppe de papier bleu d'où émergeaient des billets de 500 euros.&lt;br /&gt;J'ai pris l'enveloppe de la main qui n'était pas dans le blazer et je crois que j'ai souri, ce qui est rare chez moi, beaucoup vous le diront.&lt;br /&gt;Puis, en tournant les talons, j'entendis:&lt;br /&gt;— Ferretti, on m'avait dit que vous étiez un anormal. Je confirmerai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai mimé une révérence, mettant un genou bas, et puis, une fois relevé, je lui ai montré un doigt.&lt;br /&gt;C'est en sortant de l'hôtel particulier que je me suis dit que c'aurait du être une belle journée.&lt;br /&gt;J'avais mon argent, je n'avais eu à tuer personne aujourd'hui. En somme, les choses roulaient gentiment.&lt;br /&gt;Et pourtant, j'étais calme, mais vaguement écoeuré.&lt;br /&gt;Dehors l'avenue Foch me paraissait sucrée, fade, avec son odeur de gazon coupé. Une sorte de miniature suisse. Je ne sais pas si ça vous fait cela. Moi, oui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au loin, j'ai vu un Toyota qui ressemblait tellement à un pick-up de la fourrière que c'en était un. Et puis j'ai vu, sur les roulettes, la Mercedes que j'avais louée le matin. Double file… Je n'ai même pas eu envie de courir. De toutes façons, la voiture est louée au nom de l'organisation, elle la récupérera.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous avez des problèmes?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis retourné pour voir d'où provenait la voix claire. J'étais devant la terrasse du Madrigal, sur les Champs-Elysées. La voix provenait d'une femme, qui tout de suite, me parut belle. Trente ans. Tailleur gris sombre moulant, chemisier de soie blanc cassé, bas fumés à couture. Ce genre, quoi. Le genre sexy-classe. Je ne sais pas vous, mais moi, j'aime bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous avez des problèmes, répéta-t-elle, amusée.&lt;br /&gt;— Je n'appelle pas ça des problèmes, ai-je répondu, sec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était assise à la terrasse. D'un geste, elle m'invita à la rejoindre. Du moins, c'est ce que j'ai compris.&lt;br /&gt;— Oui, je comprends…&lt;br /&gt;Le problème des gens qui vous disent "je comprends", c'est qu'en général, ils ne comprennent rien à ce que vous venez de dire. C'était le cas, je crois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle était blonde, avait les yeux verts, le genre&lt;span style="font-style: italic;"&gt; executive-woman&lt;/span&gt; qui a lu tout &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cosmopolitan,&lt;/span&gt; c'est-à-dire qu'on sentait qu'elle avait des théories sur l'éjaculation précoce, les SICAV obligataires, mais aussi sur le loup safrané en papillote. J'évitai donc prudemment ces trois sujets. Elle me souriait avec légèreté. Je n'ai pas prêté attention à la légèreté, seulement au sourire.&lt;br /&gt;C'était un de ces moments où l'on sent distinctement qu'on fait une erreur mais où l'on décide de la commettre quand même.&lt;br /&gt;Je crois qu'elle s'appelait Audrey, et après vingt minutes passées autour d'un gin tonic, j'ai compris que c'était une femme branchée, c'est-à-dire qu'elle prenait les choses graves à la légère, et les choses légères avec gravité. Je décidais de faire dans le grave, vu que c'est ce qui me vient le plus naturellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C'est parce que tu ne crois plus en rien, me disait-elle (les gens branchés ont ceci de commun avec les paysans qu'avec eux, on se fait tutoyer au bout de cinq minutes).Tu es un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;desperado&lt;/span&gt;. Un cow-boy triste.&lt;br /&gt;Je l'ai regardée. Je ne comprenais pas ce qu'elle disait. Comme l'espoir est un contenu vide, dont personne n'a su me donner une définition satisfaisante, je ne crois pas non plus au désespoir.&lt;br /&gt;Espoir, désespoir, ce sont des notions de midinettes qui viennent d'apprendre que leurs vacances aux Seychelles avec Charles tombent à l'eau. Et moi, je n'aime pas l'eau. Je n'aime pas m'apitoyer non plus.&lt;br /&gt;Je voulais juste l'emmener chez moi pour que la vraie navigation commence. Je le fis. Elle commença. Crissement de la soie. Descente dans les dessous chic. Respiration forte, petits cris. La vague avance, recule. Répit. Légère éclaircie sur une nuque dégagée. Et puis les mots qui ne s'appartiennent plus, "non, pas là…je t'en prie…". Et puis l'orage qui monte, le taureau fâché, "tiens, prends…"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il devait être vingt-trois heures, et ses longues jambes circulaient autour de mon frigo.&lt;br /&gt;— Tu prends quelque chose?&lt;br /&gt;Sa voix redevenue claire. Je notais des ridules près des yeux. Pattes d'oie. Ne pas s'émouvoir avec ça, bon sang, c'est connu.&lt;br /&gt;— Tu prends quelque chose?&lt;br /&gt;— Non. Mais toi tu prends le large. Tu es sensuelle, mais sans suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"C'est de Gainsbourg", dis-je après un temps, pour m'excuser un peu.&lt;br /&gt;Elle prit le choc de face, un sourcil levé de surprise. Je la regardais s'agiter à ramasser ses affaires. Pour se donner une contenance, elle avait rallumé son portable, qu'elle avait daigné couper lorsque nous étions au lit. Signe évident d'intérêt pour ma personne de la part d'une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;executive woman&lt;/span&gt;. Elle composait sans cesse des numéros, qui apparemment restaient sans suite, eux aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au moment de claquer la porte, elle dit simplement:&lt;br /&gt;— Je n'aimerais pas habiter dans ta tête. C'est pourri, là-dedans.&lt;br /&gt;Et, ce disant, elle se tapotait le crâne. J'ai hoché la tête en souriant et soufflé loin la fumée de ma Gitane, vers le plafond. Le geste a failli me faire dire "alors, heureuse?", mais je me suis retenu. Ça ne sert à rien d'humilier les gens gratuitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis il y eu le claquement de la porte, dont l'onde de choc a failli décrocher du mur une photo de Cartier-Bresson que j'aime beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Enfin seul&lt;/span&gt; , comme on dit dans les films de série B. La cigarette aux lèvres, je suis allé à la baie vitrée, sans écarter les stores vénitiens, parce que je n'en ai pas. Dehors, il n'y avait pas un seul bus de touristes.&lt;br /&gt;J'habite près de la Porte Maillot, là où les touristes japonais font demi-tour, parce qu'après, il n'y a plus rien à voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                                                              Sandro&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Crédit photo: Levi Wedel&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5274665213215479255?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5274665213215479255/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/vertige-du-store-venitien-sandro.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5274665213215479255'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5274665213215479255'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2010/01/vertige-du-store-venitien-sandro.html' title='Vertige du store vénitien (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/S0wmcZ5nPiI/AAAAAAAAARQ/3GVQPrmBkjg/s72-c/Store.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5715665093546327084</id><published>2009-12-22T18:38:00.003Z</published><updated>2009-12-22T18:43:41.262Z</updated><title type='text'>Conte pour éclairer la nuit (H. Mousset)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SzETRf-BGlI/AAAAAAAAARI/Pj9foqW6ukM/s1600-h/enfants+noel.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 245px; height: 400px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SzETRf-BGlI/AAAAAAAAARI/Pj9foqW6ukM/s400/enfants+noel.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5418133018063739474" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Chère Marie-Claire,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment je vous ai retrouvée ?  Mais par Internet, tout simplement. Je me suis souvenu du nom de votre petit magasin, et j'ai tapé : « Iridescences ».  À ce que je vois, petit magasin est devenu grand. C’est un royaume que vous avez maintenant. Vos jolis petits luminaires, ces petits globes étincelants où la lumière palpitait comme un cœur, semblent avoir fait votre bonheur – en tout cas votre fortune. Qu’elle est loin, la petite rue de nos débuts. À ce qu’il paraît, tout a été rasé, reconstruit, c’est méconnaissable. Qu’importe, je n’y suis jamais retourné, même si j'ai gardé certains contacts. Comme les autres, j'ai pris le chèque du promoteur et je suis parti, plus au Nord. Ça se passe plutôt bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous souvenez-vous, Marie-Claire, du petit café du bout de la rue ? C’était notre quartier général, tant pour les relations professionnelles et humaines des uns et des autres que pour les affaires de cœur de quelques-uns. Ne niez pas, Marie-Claire, la vive attention que vous avez éveillée chez le clan masculin de la rue. Vous nous avez gracieusement mais superbement ignorés d'ailleurs. J'ai songé à vous offrir des verres de contact, tandis que d'autres ont manifesté leur dépit par diverses déviances.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tenez, Pierrot, par exemple, celui qui avait toujours des douleurs à sa taxe professionnelle. Vous l’avez tellement rembarré qu'il s'est mis à se bourrer comme un coing pour attirer votre attention. Il y en a une qui doit vous bénir, c'est Isa, la petite fleuriste du 14, qui le voulait, son Pierrot. Vous l'avez poussé dans ses bras. À présent, Pierrot marche au Vichy-fraise, les affaires tournent, et Isa a ouvert une galerie d'art.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cela, c’était la face Ouest du bar, par rapport à la machine à café. Il faut dire que nous allions peu à l’Est ! Et tout à fait à l'Est, nous voyions arriver tous les matins ce type gentil, mais solitaire et taciturne, qui avait transformé en bureau le magasin qui faisait l’angle de notre rue avec cette petite impasse bizarre qui s'achevait sur une grande maison aux entrées murées - en principe, car on la pensait squattée. Mais nul n'y allait voir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était conseiller fiscal et, comme un ermite, il passait ses journées devant des dossiers et devant son PC. On se demandait d'ailleurs s'il avait une vie en-dehors des Impôts. Il est parti le dernier, et nous n'avons jamais plus entendu parler de lui. Un jour, pourtant, j’ai rencontré sa sœur qui m’a raconté ce qui s’était passé. J’espère que votre site est costaud et que je ne vais pas saturer votre courriel avec mon récit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était le dernier Noël avant la démolition du pâté de maisons. Il n’y avait plus que lui sur place. Tout était vide, désert, muré. Il était plongé dans les comptes de ses clients. La nuit était claire, pas comme maintenant, où la débauche de kilowatts qui fait scintiller tours et grands magasins comme des joyaux sertis dans la parure de la nuit, ne m'empêche pas de ressentir comme une ambiance de temps de guerre lorsque je me promène en ville la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais comment donc firent-ils pour entrer, ces deux enfants, un petit garçon et une petite fille ? Diaphanes, ils le regardaient avec ce mélange de timidité et d’assurance des enfants qui savent ce qu’ils veulent, et qu’ils savent qu’ils l'auront.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Donne-nous la T.V.A., toute la T.V.A. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Abasourdi, il les regarda d'un air incrédule, et voulut d'abord prendre la chose comme une fantaisie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Et pourquoi pas la Taxe professionnelle, les enfants ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Nous n’aimons pas la couleur des papiers. Ce vert, c‘est un peu glauque. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Dites-vous bien, les enfants, que le Trésor Public n’est pas un peintre impressionniste. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais sans attendre davantage, les enfants allèrent à son PC, se mirent au clavier et à la souris, et les chiffres se mirent à danser la gigue. Et ils lui dirent : « maintenant, prends ton chéquier et la carte bleue, et suis-nous ».  Pourquoi obtempéra-t-il ? Il le fit, en tout cas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils s’enfoncèrent dans la nuit du quartier. Pas loin : ils prirent l’impasse toute proche, et entrèrent dans la maison abandonnée par une échancrure ouverte dans les planches qui en condamnaient l'entrée. À l'étage, ils découvrirent un jeune couple dans un dénuement extrême. Ils venaient d'Europe de l'Est, et la jeune femme semblait bientôt devoir être mère. Chassés par le chômage, ils avaient fini leur course ici, éperdus et à bout d'espérance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bouleversé et incertain, il regarda les enfants, qui lui dirent simplement : « Prends la T.V.A. ». Une fois encore, il obtempéra, sans même plus se demander cette fois pourquoi il était devenu si docile. Bien vite, un médecin fut appelé, et la jeune femme fut admise en clinique. Il était temps : il lui naquit, en cette nuit de Noël, de beaux jumeaux, une fille et un garçon. Le jeune homme, quant à lui, fut installé bien au chaud dans un hôtel, payé à l'avance pour un mois, avec de quoi voir venir et chercher un travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les enfants ne lui permirent pas de souffler. Laissant derrière eux le garçon qui, assommé de surprise et de bonheur, ne savait comment dire sa reconnaissance, ils firent le tour du quartier. Il n'y eut pas un SDF pour qui, cette nuit-là, Noël n'eut pas une douceur en réserve, sans oublier la jeune fille qui venait prendre son petit crème au bar tous les matins.  Vous souvenez-vous ? Nous la soupçonnions de tapiner, et craignions qu’elle ne finisse un jour par tomber sous la coupe d'un « protecteur ».  C’était en fait une étudiante qui s'imaginait pouvoir sans risques financer ainsi une partie de ses études. Une petite aide lui permit de régler des échéances urgentes, le temps également de réfléchir, de se détourner d'une vie à risques, et de ne pas perdre son ami, qu'elle aimait vraiment, et à qui elle n'avait rien dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme toujours, il y eut une nuit, et il y eut un matin. Mais ce fut une nuit extraordinaire pour le quartier ! À l’aube, les enfants lui sourirent avec une tendresse malicieuse, puis disparurent dans la muraille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Resté seul au matin de Noël, il se demanda comment il allait expliquer à son Inspecteur des Impôts pourquoi sa comptabilité ressemblait à un lendemain de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;rave-party&lt;/span&gt;. Machinalement, il alluma son PC, et consulta la balance de ses comptes ... et n'en revint pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En bref : il était en crédit de TVA et son compte d'honoraires à recevoir avait augmenté. Et tout était juste, et fondé. Le Trésor lui remboursa son crédit en 15 jours. Quant à ses clients, ils se retrouvèrent eux aussi en crédit de TVA, ce qui les mit tellement en joie qu'ils réglèrent tous leurs notes d'honoraires avec une promptitude habituellement inconnue de l'espèce. Et pour couronner le tout, il reçut du promoteur une rallonge à ses indemnités d'expropriation. Il y avait des mois que le litige traînait en Appel, et nul n'y croyait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au total, il reçut trois fois sept fois ce qu'il avait donné. Peu après, il ferma son affaire et partit. Les bulldozers étaient à sa porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est à Marseille qu’il s’installa, auprès de sa sœur, qui y possédait, et y possède toujours, une entreprise qui semble fort bien marcher. Au début, il aida sa sœur à gérer l’entreprise, mais cela ne dura pas, car l’Expert-comptable de la société menaça de les laisser tomber. En effet, chaque jour de T.V.A., les collaborateurs du cabinet rentraient en pleurs, car notre ami refaisait toutes leurs déclarations et les  soumettait à un interrogatoire digne d’une enquête criminelle de la police judiciaire. Il cessa donc de s’en mêler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De toute façon, c’est alors qu’il tomba malade. Il fondait à vue d’œil, il devenait presque diaphane, mais il était rayonnant, à croire que sa substance était peu à peu remplacée par de la lumière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je rêve, Marie-Claire, de vous emmener avec moi à Marseille. Dites oui, je vous en prie...  Nous monterons de bon matin à Notre-Dame de la Garde. Lorsque le soleil sort de derrière l'horizon, là-bas, derrière les îles, derrière le Château d'If, le manteau d'ombre qui couvre la mer, la rade, les collines, se retire, et la Ville pénètre peu à peu dans le Royaume de la Lumière. On n’a plus envie de redescendre quand on a vu cela de là-haut …&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ce qu’il voyait tous les matins, car il s'était installé sur la colline, et toutes les pièces de son appartement donnaient sur la mer. C’est là que sa sœur l’a trouvé sans vie un matin de Noël. Il souriait au soleil levant, à croire que le soleil et lui avaient fait un concours de lumière, à qui des deux rayonnerait le plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ecoutez-moi bien, Marie-Claire, je le jure devant la ville, le soleil, le ciel, la terre et la mer. Ce matin-là, pour une fois : c'est le soleil qui a perdu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;A Marc et Verena Tenneroni.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Hervé Mousset&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5715665093546327084?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5715665093546327084/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/12/conte-pour-eclairer-la-nuit-h-mousset.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5715665093546327084'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5715665093546327084'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/12/conte-pour-eclairer-la-nuit-h-mousset.html' title='Conte pour éclairer la nuit (H. Mousset)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SzETRf-BGlI/AAAAAAAAARI/Pj9foqW6ukM/s72-c/enfants+noel.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4833120090376241388</id><published>2009-12-11T06:55:00.004Z</published><updated>2009-12-18T10:39:12.447Z</updated><title type='text'>Affaires courantes ( Sandro)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SyHthKt4t4I/AAAAAAAAAQw/dPWBdd5uW8g/s1600-h/Nouvelle+image.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 317px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SyHthKt4t4I/AAAAAAAAAQw/dPWBdd5uW8g/s400/Nouvelle+image.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5413869381144328066" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;La nuit tombait sur la rue. C'était une de ces soirées dont on n'arrive pas à décider si elles sont froides ou douces. La pluie tombait depuis le matin et par moments glissait vers la neige fondue. J'ai fini mon café serré, le huitième de la journée, dans cette brasserie où j'ai mes habitudes. La salle est bruyante et enfumée, mais entre les nuages, il y a des jolies filles qui font des éclaircies. À la table voisine, il y en avait une qui semblait attendre quelqu'un, mais on sentait qu'elle n'allait pas tarder à se lasser. Elle était tellement belle que le temps que je me demande ce que je préférais en elle, elle avait déjà remis son manteau, et m'a envoyé une gifle d'air froid par la porte à tambour.&lt;br /&gt;Finalement, c'était une soirée froide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était presque une bonne journée : je n'avais pas eu de cadavre sur les bras et n'avais eu à tuer personne aujourd'hui. En somme, les choses roulaient gentiment. Bientôt, ce serait la vraie nuit, où les rues deviennent oranges, avec le crissement des bas fumés de celles qui descendent des limousines devant les voituriers des restaurants de luxe. L'heure aussi où les bateaux-mouches éclairent durement les fenêtres des riches, sur les façades à qui il manque des dents, comme aux pauvres. En ville, dans ces moments là, il y a toujours des pigeons pour vous roucouler que tout cela n'a pas de sens. Pont Gallieni, ils étaient trois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce sera bientôt Noël et la ville clignote de partout comme un feu rouge. Les gens vaquent à leurs achats en braillant et en gesticulant sur les trottoirs comme si leur vie en dépendait. Les bouchons battent leur plein mais de temps en temps, au milieu du bordel halluciné, on croise un petit vieux aux yeux vagues, un peu perdu avec son cabas vide, et qui compte ses pas pour rentrer dans son deux-pièces cuisine. Des espèces de visions diluées, des figurines mouillées déjà plus vraiment là, avec la faucheuse qui peut-être les attend pour les baiser à même le trottoir glissant.&lt;br /&gt;Il y a aussi des adolescentes qui parlent comme des mitraillettes. Elles sont blondes. Elles rient. Moi, plus tellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis remonté dans la vieille Safrane bleue marine, avec sa portière qui grince et qu'il faut claquer trois fois pour qu'elle ferme. Dans "la boite", il y a 10 ans, les Safrane, c'était pour les chefs. Dix ans et 250 000 Kms après, elles sont pour des gens comme moi. C'est peut être que je suis devenu chef, alors. Ou vieux.&lt;br /&gt;Je roulais depuis cinq minutes quand la radio a grésillé un truc du genre "grabuge aux entrepôts désaffectés du 106 Quai de l'Avenir, un voisin aurait entendu des coups de feu". Appel à toutes les voitures disponibles.&lt;br /&gt;Vu que j'étais tout près, j'ai dis "OK, on prend. Sur place dans cinq minutes".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai dis "on prend", mais ce n'est pas mon secteur ni mes affaires, normalement. Mais à présent, tous les flicards de base sont pris sur les manif, les matches de foot et les alertes à la bombe, c'est dans l'air du temps. Plus grand monde pour les affaires à l'ancienne.&lt;br /&gt;J'ai dis "on prend" parce que je suis censé faire équipe avec Steff ce soir. Mais il se fera opérer de la prostate dans trois jours, et il a voulu naviguer avec "une petite" une dernière fois, avant que le rideau ne se tire définitivement sur la grande marée. Il m'a demandé s'il pouvait s'éclipser deux ou trois heures. J'ai dit oui. Je comprends.&lt;br /&gt;Je comprends tout, et c'est ce qui m'a fatigué plus vite que les autres, je pense.&lt;br /&gt;Je l'ai déposé en ville, et tout à l'heure, j'appellerai sa femme pour dire qu'on a eu un macchabée qui va nous retenir un bon moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai "mis le bleu" pour essayer de me frayer un passage dans la marée des cloportes endormis sur l'écran de leur GPS, et je suis arrivé aux anciens entrepôts en même temps qu'une rincée à effarer les écureuils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai attendu un moment au milieu des hallebardes qui ricochaient sur le toit de la voiture, le temps de regarder alentours si tout était normal. Ce faisant, j'ai croisé mon regard dans le rétroviseur.&lt;br /&gt;Mes yeux mangés par la barbe de trois jours, mes yeux fatigués qui pourtant naviguent sans cesse, au bout de ma main qui tremble un peu d'avoir tant fait tinter les glaçons. J'ai des yeux de marin. Ça me donne l'air de savoir que tout va dans la mer, comme chantait Souchon.&lt;br /&gt;Souchon, c'est le surnom que beaucoup me donnaient il y a quelques années.&lt;br /&gt;Mais les gens disent parfois n'importe quoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis descendu de voiture sans claquer la portière, en tenant mon Beretta dans la main droite, enveloppé dans un sac plastic de supermarché. Pas la peine de jouer les cow-boy et d'ameuter le quartier. Je travaille à l'ancienne, au vice.&lt;br /&gt;Rentré dans l'entrepôt par une porte-fenêtre défoncée, j'ai avancé prudemment, par intermittence, en me mettant à couvert. De temps à autre, j'allumais ma mini lampe torche en la tenant loin du corps, pour ne pas offrir une cible trop facile. J'ai progressé peu à peu dans les immenses salles à l'abandon, figées dans leur état minéral, marchant parfois sur du verre brisé ou des détritus.&lt;br /&gt;Mais il n'y avait ni bruit ni rien de suspect.&lt;br /&gt;Finalement, au pied d'un immense métier à tisser, j'ai trouvé le corps d'un chien, un berger de type indéterminé, qui avait pris une décharge de chevrotines en plein poitrail. Le sang était frais et je tenais là l'explication du coup de feu. Sans doute des SDF qui s'abritent parfois ici, ou le chien d'un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;dealer&lt;/span&gt; faisant ses transactions .&lt;br /&gt;J'ai sorti un mouchoir en papier de ma poche, et lui ai fermé les yeux. Ce n'était sans doute pas utile, mais ça fera pour les fois où je n'ai pas pu fermer ceux des hommes, avec le SAMU qui vient toujours gesticuler sur les cadavres pour ne pas donner l'impression d'être venu pour rien.&lt;br /&gt;Mais même comme cela, ça ne me plaisait qu'à moitié.&lt;br /&gt;J'ai retiré mon vieil imper vert d'eau, celui qui est plein de tâches diverses, et lui ai jeté sur le corps.&lt;br /&gt;C'est ce que je dis toujours aux jeunes qui rentrent dans le métier: "les macchabées, vous ne pouvez pas les sauver et les assassins, vous ne les arrêterez pas souvent. Alors, soyez respectueux des cadavres, si c'est tout ce que vous pouvez faire".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis retrouvé à l'air libre en simple veste et il pleuvait toujours, mais il y a déjà longtemps que je ne sens plus rien.&lt;br /&gt;J'ai allumé une tige, dans l'embrasure de la porte métallique de l'entrepôt. Oui, la pluie ne relâchait pas sa proie, elle bavait toujours sa rage et je lui ai soufflé ma fumée dans la figure. Ça nous fait un partout.&lt;br /&gt;J'ai remarqué un chat noir perdu qui déambulait sur le trottoir. Il avait le poil collé par endroits, sur la colonne vertébrale, et avançait par bonds successifs de son arrière-train déhanché. Il avait du être blessé au bassin. Par deux fois, il a tourné vers moi son profil effilé, percé par deux yeux verts de panthère. C'est tout ce qu'il lui restait de sa grâce perdue.&lt;br /&gt;Et puis il a sautillé en direction d'une ruelle, vers une poubelle, une autre, vers rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai observé aussi un père Noël trempé qui regagnait sa vieille fourgonnette garée à cheval sur le trottoir. Il n'avait pas enlevé son déguisement, sans doute pour se protéger un peu de la pluie. Au moment de se jeter sur le siège, il a juste enlevé sa barbe et son bonnet. Et j'ai vu qu'il était noir, plus tout jeune, avec des cheveux crépus presque blancs, comme le vieil oncle des paquets de riz qui souhaitait bon appétit à ses amis. Il a démarré avec peine, pour figurer encore dans un magasin ou deux pour dix balles de l'heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis remonté dans la Safrane, ai pris le micro en main pour annoncer à la radio "R.A.S, affaire réglée sur place". Mais au moment de le faire, je me suis aperçu que je ne connaissais pas le nom des entrepôts. J'ai levé les yeux, scruté à travers le pare-brise qui pleurait son collyre et j'ai lu à grand peine, sur des lettres noires dont la rouille coulait sur le mur :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;"Ets Bonaventure. Découpe en gros"&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est là, en voulant reprendre le micro en main, que l'étau de fer s'est resserré sur ma poitrine et dans mes mâchoires. J'ai pris la bouffée de chaleur comme une vague plus forte que les autres vous mouille la serviette au bord de la plage. La sueur m'est venue, suintant de partout, comme un ruisseau sous les pierres. J'écoutais mon cœur battant dans une dernière battue, et puis le truc m'a pété dans la tête. J'ai tout pris d'un coup, comme on boit la tasse. Ma tête à heurté le volant, j'ai vu km/h, tr/mn, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;oil&lt;/span&gt;,&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Airbag&lt;/span&gt; et puis plus rien. Cette chaleur poisseuse et liquide dans la tête, cette petite marée de sang, comme un robinet têtu qui fuit. Peut-être comme un accouchement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça m'a fait penser à ma Maman, et j'ai voulu lui envoyer un message clos comme un hiver sous une couette, des mots pour ne rien dire, ou plutôt pour dire l'inverse, parce qu'ici ça devient urgent, il fait froid, il fait peur, il fait hasard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le Quai de l'Avenir, les bouchons sont à présent très importants, notamment au niveau du N° 106, où les véhicules doivent péniblement contourner une Safrane bleue aux vitres embuées qui empiète sur la chaussée. On voit, en colonne par trois, les files de ceux qui font semblant de se hâter vers quelque chose, quelqu'un, ou bien rien. Prisonniers de leur scarabée de tôle, on ne distingue que le rouge de leurs feux-stop. Le reste est déjà à la nuit. Ils se hâtent lentement, moutons sans berger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, il faudra bien qu'ils crèvent aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;                                                                                                               Sandro&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;À Philippe Baudoui&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4833120090376241388?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4833120090376241388/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/12/affaires-courantes-sandro.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4833120090376241388'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4833120090376241388'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/12/affaires-courantes-sandro.html' title='Affaires courantes ( Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SyHthKt4t4I/AAAAAAAAAQw/dPWBdd5uW8g/s72-c/Nouvelle+image.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-8406819106677258784</id><published>2009-11-28T17:06:00.004Z</published><updated>2009-12-18T10:39:38.609Z</updated><title type='text'>Station service (Sandro)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SxFcdnErVsI/AAAAAAAAAQo/I9EMxUpnHnw/s1600/Station-service.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 267px; height: 400px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SxFcdnErVsI/AAAAAAAAAQo/I9EMxUpnHnw/s400/Station-service.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5409206291223238338" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;On ne voit ni le ciel ni la terre, mais le vent continue de souffler son sable.&lt;br /&gt;Poussé par un vent de biais, la canette a roulé sur la nationale délabrée, par à-coups, dans le tintement clair de son métal rouillé. Elle a traversé ce qui fut l'aire de la station service, hésité contre une pompe, rebondi contre le gonfleur au tuyau crevé, et a finalement effleuré un crotale lové sur la fosse à vidange. Mais il n'a pas même relevé la tête, ni fait entendre sa crécelle. Ici, les serpents s'en foutent. Ils sont comme nous, ils se foutent de tout. Ils attendent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est le bruit agaçant de la canette rebondissant sur la cabine de la station-service qui m'a rappelé que j'avais soif. C’était l’après-midi d’un jour qui ne me verrait jamais vraiment là. Il y en a des jours comme ça, des jours qui partent avant même qu’on ait ouvert les yeux. Ici, il n'y a rien à manger, ou alors des trucs lyophilisés dans des distributeurs. Et aussi des fontaines d'eau fraîche qui survivent, on se demande bien comment et par qui elles sont réapprovisionnées. Mais je ne manque de rien depuis que je suis là.&lt;br /&gt;Je ne compte pas, je n'escompte pas non plus. Un bon moment que je suis arrivé là, en voiture – ma vieille Volvo T5 – sur un filet de gaz. Plus d'essence dans le réservoir, la jauge qui clignotait rouge, et puis plus du tout.&lt;br /&gt;Je croyais trouver de l'essence: j'en ricane encore et les autres avec moi. Les autres? Ce sont ceux qui sont arrivés avant moi dans ce bled. Jeff, Had, Emilio. Ils ont pris position dans ce qu'ils ont trouvé de disponible alentours: une carcasse de bus, une caravane, un mobil home.&lt;br /&gt;Au moins, j'ai un coin à moi. A part ces satanés crotales qui sont planqués partout, on ne peut pas vraiment se plaindre.&lt;br /&gt;Ce n’est pas ce que je croyais, c'est tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui c’est lundi, ou quelque chose comme ça. Le soleil revient chaque jour semblable, comme un œuf sur le plat. Jaune par-dessus, tout de sable blanc autour. Il en arrive encore, des nouveaux, sur la nationale et en files serrées. Il en arrive tous les jours, vous pouvez me croire, et tout est à recommencer. Ils veulent un toit pour dormir, ils cherchent de l'essence, quelque chose à manger, des conseils pour se protéger des crotales.&lt;br /&gt;Ils n'impriment rien, ils sont hirsutes, ébahis, en colère. Ils disent tous qu'ils ont un rendez-vous important, qu'ils doivent téléphoner d'urgence à quelqu'un, une quelqu'une, que c'est une question de vie ou de mort. Tu parles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord, ça veut dire qu'ils croient qu'il y a le téléphone, ce qui est déjà une erreur manifeste d'appréciation. Ensuite, ils estiment qu'il y aurait encore quelqu'un pour les écouter.&lt;br /&gt;Les cons, faut laisser dire.&lt;br /&gt;Ils demandent aussi immanquablement à quelle heure passe le bus pour aller en ville. Mais il n'y a pas de bus, c'est ce qu'ils ne comprennent pas. Il n'y a pas de ville non plus, du moins à ma connaissance.&lt;br /&gt;On discerne bien, la nuit, comme une lueur derrière la barre rocheuse. Certains disent que le soir, on distingue au sommet comme une immense statue de serpent. En airain. Eclairée par des spots aveuglants. Mais on ne peut raisonnablement pas appeler cela une ville non plus. Du reste, ceux qui ont essayé d'y aller n'en sont jamais revenus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les nouveaux, faut tout leur expliquer depuis le début, c'est épuisant. Et puis ils ont l'air murés dans leur nuit, c'est peine perdue. Il n'y a que ceux qui arrivent en ambulance, la potence au dessus de leurs bras maigres où pend une perfusion, qui semblent emprunts d'une certaine sagesse. Certains ont l'air au courant, ils hochent la tête d'un air entendu. Ils sont très pales, aussi blancs qu’une idée de brouillard. On les salue brièvement, on leur arrache leur perfusion et on leur dit que "ça va aller, maintenant".&lt;br /&gt;Il subsiste parfois dans leurs yeux comme une lueur, peut être une révolte, mais il ne faut pas s'arrêter à cela, et rentrer bien vite chez soi se mettre à l'abri. Oui, je me dis que c’est ça qu’il faut faire, et sans regret encore.&lt;br /&gt;L'important, c'est de se conserver un espace de survie. C'est ce que je fais. Je suis bien dans ma station. Hormis les crotales. Ça, c'est tout de même une engeance, autant le dire tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y en a partout, jour et nuit. Au début, je les tuais à coups de clef à vidange, ou avec ce qui me tombait sous la main. Mais c'est à refaire chaque jour qui passe. Leur morsure est horriblement douloureuse, mais bizarrement, on n'en meurt pas. Ça n'enfle pas non plus. C'est comme une clôture électrique pour les bovins, une punition qui viendrait, régulièrement et par surprise, nous rappeler qu'on a merdé. Et qu'il faudra payer pour ça. Quand on croit avoir eu son compte, on repasse à la caisse, et vite encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la tombée du soir, c’est l’heure des fous. Ils arrivent sur la nationale, poussant leur caddies métalliques avec leurs maigres affaires, braillant et gesticulant dans le vent chargé du sable qui s’imprègne partout et fait crisser les dents. Immanquablement, l’un d’eux, un grand rouquin pâle comme une soucoupe, monte sur un fut d’huile moteur et cogne dessus avec une clef à molette. Puis il déclame : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Si vous continuez à nous en promettre sans nous en donner, à susciter toute cette abondance de misérables désirs, il vous en viendra d’autres, de plus en plus pauvres, ô mon bordel natal, et des moins arrangeants que moi. Voilà pourquoi vous crèverez tous.(1) ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis la nuit jette son manteau noir sur tout ça, les fous, les carcasses atroces des guimbardes ensablées, les crotales lovés sur les sièges défoncés, et on n’en parle plus jusqu’au soir suivant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vais alors me coucher dans le hamac de la guérite de la station-service.&lt;br /&gt;Il y a encore un vieux calendrier Texaco pour routiers affiché au mur, dont les couleurs virent au bleu sous l’effet du soleil. C’est une fille nue, qui écarte à trois doigts son string de satin blanc. Elle me regarde d’un œil torve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça aussi, autant le dire, ça surprend au début. Il n'y a pas de femme, mais alors plus du tout. La novation, c'est que cela ne manque pas non plus. Plus de désir, quelques vagues souvenirs qui flottent, des nébuleuses de nécropole.&lt;br /&gt;La nuit, on en voit bien quelques unes qui rappliquent dans les rêves, mais elles baignent en pleine étrangeté. Elles sont le plus souvent sanglées dans des maillots de satin violets, hissées sur des talons hauts et tiennent chacune en laisse un mouton. Et puis au matin elles s'en vont, belles, belles, bêle comme le jour.&lt;br /&gt;Bref, il ne faut pas s'inquiéter pour ça.&lt;br /&gt;Ce sont des histoires aussi délavées que les rêves d’un vieillard qui se parle de printemps, quand on était jeune, mais qu’aujourd’hui tout ce que jadis on avait devant soi, c’est passé derrière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ce qu’on se disait avec Had, mon voisin de la cafétéria d’en face. Un ancien, un vieux sage. Quand même, il est parti un soir, sur la route, avec son bâton de fortune.&lt;br /&gt;Je l’aimais bien, Had, mais ici, il ne faut pas trop s’attacher. Sur son visage, il y avait une expression désolante, du genre dans la vie, non, moi je n’irai pas beaucoup plus loin que cela. Du genre « encore un coup comme ça et c’est une tête de vieux que je me paie ». C’est pour ça qu’il  est parti pour voir la montagne et sa statue éclairée. Au bout de quelques jours, il a disparu, comme c’était son destin depuis le commencement, et il s’est abattu sur le désert comme une espèce d’automne.&lt;br /&gt;Je ne sais pas si ces choses sont équitables ou non, mais c’est comme ça que ça s’est passé.&lt;br /&gt;J’espère que la délivrance lui est venue comme le vent qui efface tout. Et avec elle l’emporte, lui et tout ce que cela voulait dire.&lt;br /&gt;Had, son nom était Had. Qu’il aille directement là où c’est le mieux, celui-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a aussi Emilio, arrivé à peu près en même temps que moi. Il dort dans son Alfa Roméo 166 sur le parking de ma station. Il est toujours dans son jus, comme il est venu. Son costume Valentino à présent plein de poussière, ses chemises Armani et ses lunettes de soleil assorties. Il m’inquiète un peu, Emilio, parce qu’il a beaucoup de mal à s’adapter. Le soir, il me parle interminablement de femmes, leur parfum, leur odeur, toute la gamme de leurs cris et gémissements, les positions qu’elles prenaient et qu’il mime avec ses mains. Il parle aussi sans cesse de ce qu’il a perdu, les&lt;span style="font-style: italic;"&gt; saltimbocca alla romana,&lt;/span&gt; le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Barolo&lt;/span&gt;, les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;farfalle al dente&lt;/span&gt;, le café &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ristretto&lt;/span&gt; et sa mousse marron clair bien fumante. C’est plein d’odeurs, ses histoires, mais ici ça n’aide pas.&lt;br /&gt;Du coup, je l’écoute en silence, et je hoche gravement la tête en faisant celui qui comprend. Il n’y a que ça qu’on puisse faire sans se tromper dans ces cas là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour où j’avais quand même réussi à m’en débarrasser, je suis allé vers la fosse à vidange. J’ai glissé sur de l’huile, et me suis cogné le front sur le pont élévateur en métal. La douleur m’a sonné, et je me suis affalé sur le sol graisseux. Tout de suite, j’ai entendu la crécelle d’un crotale qui se trouvait là. Il avait replié son corps en anneaux et relevé le cou pour frapper. J’étais sonné, vaincu, et n’ai rien tenté pour fuir. Du reste, il aurait eu le temps de frapper avant que j’aie pu esquisser quoi que ce soit. J’attendais la morsure, une de plus… Contre toute attente, il s’est détendu peu à peu au bout d’un instant interminable, a reposé sa tête plate comme une pelle sur le sol, à vingt centimètres de mon visage. Je voyais distinctement sa langue fine et fourchue qui sortait par intermittence, et ses minces pupilles fendues comme une jupe. Et alors, très distinctement, en détachant ses mots, il a dit : « Vous avez de ces vies, quand même, c’est à chialer ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------&lt;br /&gt;-Crédit photo: Troy Pava, site "Lost America".&lt;br /&gt;-(1) Jean-Patrick Manchette in « L’affaire N’Gustro », page 246, Gallimard Carré Noir.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-8406819106677258784?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/8406819106677258784/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/station-service-sandro.html#comment-form' title='8 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/8406819106677258784'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/8406819106677258784'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/station-service-sandro.html' title='Station service (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SxFcdnErVsI/AAAAAAAAAQo/I9EMxUpnHnw/s72-c/Station-service.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>8</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-7948286238712344195</id><published>2009-11-15T21:48:00.000Z</published><updated>2009-11-17T07:42:10.349Z</updated><title type='text'>Le marin de Loire (Th. Bonnetat)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SwCJeEOzYPI/AAAAAAAAAQQ/l_q3HJJMPbc/s1600-h/lou_gabarier.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 237px; height: 244px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SwCJeEOzYPI/AAAAAAAAAQQ/l_q3HJJMPbc/s400/lou_gabarier.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5404470702469505266" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Chaque vacance de Toussaint, je pars en voyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'explore la vaste terre de mon grand-père sur l'Ile en face de sa maison.&lt;br /&gt;Elle est cachée entre la Mauve et la Loire, derrière un rideau de peupliers.&lt;br /&gt;A ses côtés je suis Robinson Crusoë ou le Capitaine Hatteras.&lt;br /&gt;On prend la plate qui file sur l'eau verte au dessus des remous sablonneux et hop c'est l'arrivée.&lt;br /&gt;À chaque fois qu'il foule le carré de terre, c'est le Nouveau Monde qui se lève à lui.&lt;br /&gt;Les grenouilles et la nature, un vol d'oiseaux et le vent surtout à la crête des bouleaux.&lt;br /&gt;Alors, il déplie son couteau aiguisé à même la terre.&lt;br /&gt;Et mastique l'oignon cru à tribord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui, le silence et moi, tous les trois on se supporte ensemble.&lt;br /&gt;On marche pareillement sans ouvrir la bouche, tendus au même secret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais moi, je suis bien plus curieux et, un jour, je saurai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis longtemps déjà, je le fixe, au large de son bras droit et épais.&lt;br /&gt;Ce drôle de dessin.&lt;br /&gt;Je l'imagine et je voudrais bien le voir de plus près, toucher les traits du bout des doigts.&lt;br /&gt;Le dessin prendrait relief et je le saisirais. Il deviendrait une chose que je n'ai vue nulle part.&lt;br /&gt;Je l'ai sur le bout des lèvres cette question d'enfant et, à chaque fois, j'ai peur de secouer sa tranquillité, que je ne puisse plus l'accompagner dans cette ballade.&lt;br /&gt;Je garde son silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Grand-Père emmène moi..."&lt;br /&gt;Je veux lui montrer que je ne suis pas un moussaillon de jardin agricole.&lt;br /&gt;Mais bien le digne petit-fils d'un aventurier qui n'en parle jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans sa cuisine, j'ai souvent mangé du regard le "Lamotte Piquet" accroché au dessus de la porte, à côté de la Comtoise.&lt;br /&gt;Je l'ai mangé des dizaines et des dizaines de repas et me suis demandé comment labourer l'Océan.&lt;br /&gt;Mais l'obscurité descendait toujours sur ses repas. Rien n'était prêt à se dire.&lt;br /&gt;J'en ressortais affamé, privé de toutes les réponses à mes questions.&lt;br /&gt;Quand on est petit, on voit bien que les Vieux essaient d'oublier l'histoire et le fil de l'histoire.&lt;br /&gt;Ils effacent.&lt;br /&gt;Mais là, il pouvait pas.&lt;br /&gt;C'était marqué à l'encre indélébile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je faisais des esquisses, dessinais en vain sur des feuilles de brouillon vite cachées le tatouage de bleu de Chine et j'imaginais :&lt;br /&gt;l'ancre qui disait la traversée de l'Atlantique,&lt;br /&gt;le dragon pour l'escale en Chine ou le dos de la tortue pour la traversée de l'Equateur&lt;br /&gt;Mais surtout c'est un trois-mâts toutes voiles dehors pour passer le Cap Horn que je gribouillais et reprenais sans cesse.&lt;br /&gt;Il avait du faire un voyage au long cours.&lt;br /&gt;C'est sûr. Le bateau ressortirait bien un jour pour naviguer dans la mémoire de Grand-Père.&lt;br /&gt;Et là, il me raconterait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À force, je devenais quand même impatient. Il devait bien savoir comment c'était un enfant, bien que cela aussi je me demandais s'il l'avait effacé. Oui, je me demandais s'il l'avait effacé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est le dernier jour des vacances que le doute s'est installé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai d'abord cru que quelques pétales égarés étaient tombés sur son bras. Ce n'était pas le printemps pourtant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le repas, il s'est endormi près de la cheminée, la manche retroussée.&lt;br /&gt;C'était le moment d'aller, de plus près, voir.&lt;br /&gt;Ne restait plus qu'à suivre le contour.&lt;br /&gt;Sur la peau s'ouvrait, transpercée d'un poignard, une rose UNE ROSE ...ROUGE et... détaché, à l'encre noire, un prénom qui flottait H E L E N E.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai vu bondir les deux yeux ronds de feu ma grand-mère, ses protège-nappes et ses chut-le-petit-écoute-aux-portes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était la fin du voyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fini le Tour du monde.&lt;br /&gt;Se taire.&lt;br /&gt;Pas bouger.&lt;br /&gt;Se faire très, très léger.&lt;br /&gt;En apnée.&lt;br /&gt;Garder son souffle.&lt;br /&gt;Au fond de la cale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Secret défense.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Thérèse Bonnétat&lt;br /&gt;-le 15 Novembre 2009-&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-7948286238712344195?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/7948286238712344195/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/le-marin-de-loire.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7948286238712344195'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7948286238712344195'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/le-marin-de-loire.html' title='Le marin de Loire (Th. Bonnetat)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SwCJeEOzYPI/AAAAAAAAAQQ/l_q3HJJMPbc/s72-c/lou_gabarier.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4996300046546488393</id><published>2009-11-06T14:17:00.000Z</published><updated>2009-11-07T12:25:05.367Z</updated><title type='text'>Du coté de chez les ours ( D. Furtif )</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SvQ9W7pWdhI/AAAAAAAAAQA/ZXcp4Lj7bxU/s1600-h/nourst1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 360px; height: 241px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SvQ9W7pWdhI/AAAAAAAAAQA/ZXcp4Lj7bxU/s400/nourst1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5401009317301614098" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, au matin d’une nuit agitée, mon ours de la nuit me ramena au rivage du lit. Je gardais les yeux fermés longtemps, déchiré par sa résolution de ne plus venir accompagner mes fièvres. Ne surtout pas se réveiller ! Tant que je dormirais il resterait là à mes côtés. Faire semblant, garder les yeux fermés ! Toute la nuit dans une barque plate qu’il dirigeait d’une longue perche nous avions devisé calmement, lourdement. J’entends encore sa voix grave &lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;imprononcée&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;Un échange sans mot entre l’angoisse de mes craintes de l’inconnu, de la mort, et le grave de ses paroles rassurantes, ses « tu  verras ». Peu à peu, avec précaution, en prenant garde, il ne masquait pas, pourtant, qu’il était effrayant d’apprendre la mort à qui en ignorait tout.&lt;br /&gt;Tu es grand maintenant.&lt;br /&gt;« Ta tatie est morte, son corps ne bouge plus. Le pays du&lt;span style="font-style: italic;"&gt; tout- est- blanc&lt;/span&gt; est peuplé de gens qui ne bougent plus, ne parlent plus, ne chantent plus. »&lt;br /&gt;— Parce qu’ils ont été pas sages ?&lt;br /&gt;— Ne fais pas l’enfant, tu es grand maintenant.&lt;br /&gt;— Mais pourquoi tu ne veux plus venir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Était-ce pour aider mon courage ? Il m’offrit en partant comme le pressentiment que la fièvre, peu à peu, me laisserait en paix. Enfin, un peu en paix. Si elle revenait, ce serait moins souvent. Je devrais passer mes nuits seul. Seul avec la douleur et le vide au cœur de son absence.&lt;br /&gt;Il avait passé toute la nuit à me conduire sur le grand lac de brume qui couvrait la vallée le soir. Embarquant sur la rivière, installé tout à l’avant et lui tournant le dos, je n’avais, même en rêve, pas l’audace de le regarder. L’avais-je jamais fait ? Il m’avait offert un tour de rivière qui n’en finissait pas, du moulin là bas qui la faisait rire pour nous, au grand coude qui l’emportait derrière la forêt. Partant de la rive nous étions passés aux prés, insensiblement, comme dans les rêves et, de là, tout était permis, jusqu’au survol des maisons du village. Patiemment, glissant au milieu de tout ce blanc, il m’avait offert en intermède du chagrin pesant, le survol des maisons des amis du village. Je les avais salués avec des bouffées de joie fugaces, de rêve dans le rêve&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Eh, vous me voyez ?»&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Et leurs sourires en bas me donnaient un moment la force d’admettre, quelques secondes, le terrible choc de la mort de Tatie joint au départ, à jamais, de mon compagnon des nuits brûlantes. Le voyage fut long, combien de fois se dirigea-t-il vers ma chambre, autant de fois que mes suppliques nous ramenèrent pour un tour supplémentaire dans cette barque plate.&lt;br /&gt;Cette étrange barque plate qui n’avait rien d’incongru – il faut dire que je la connaissais tellement. Nous y voir assis lui et moi s’imposait sans question. C’est moi qui l’avais ramenée d’un caprice éveillé du dîner au plongeon du sommeil. Il en avait pris le commandement pour y faire ses adieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il y avait un mort au village, un partage officiel des tâches décidé en Mairie avait fait la répartition : un cercueil au menuisier, un au charron. Plus tard je m’amuserais de ce charron qui jouait les « Charon ». Le cercueil ! Le cercueil c’était la fête, la rupture de la routine des jours. L’apprenti ou l’ouvrier allait rester là, à la maison, à diner avec nous, puis il travaillerait de nuit aux cotés du père jusqu’au matin où on le retrouverait au petit déjeuner. Il fallait faire vite à l’heureux temps du sans-frigo. Le cercueil prêt, en voiture dans la camionnette jusqu’au domicile du défunt… et là, en un monde sans croque-mort, mon père et son apprenti, tout frais de ses 14 ans, assistaient aux derniers instants des familles avant la mise en bière par leurs soins… Des scènes épiques nous revenaient et faisaient notre bonheur à la table familiale durant ces années. Cinquante ans plus tard nous les contons encore quand le hasard veut que nous rencontrions :&lt;br /&gt;Une famille vient de perdre sa grand-mère.&lt;br /&gt;— Oui Lucette me l’as dit à l’école, elle vient de mourir. Tu vas lui faire un beau cercueil papa à la grand-mère de ma copine ?&lt;br /&gt;— Bien sur mon chéri, on va même lui en faire un grand !&lt;br /&gt;Le père, la mère, la sœur ainée étaient tous des géants. Va pour un cercueil de géant…&lt;br /&gt;La mémé de Lucette gardait la chambre depuis tellement longtemps que papa ne l’avait jamais vue.&lt;br /&gt;— Bonjour M’sieurs Dames, vot’mémé elle fait dans les combien ?&lt;br /&gt;Facile à dire à table, pour faire rire les enfants, mais face à une famille en pleurs…&lt;br /&gt;Alors ce fut un cercueil XXL.&lt;br /&gt;Ils trouvèrent la vieille dans la chambre qu’elle occupait sans la quitter depuis des mois. C’est là qu’on lui portait ses repas et qu’on lui faisait le semblant de toilette en usage en ce temps-là. Ils eurent bien du mal à faire passer le cercueil dans l’escalier étroit en colimaçon. Mon père et l’arpète faisaient sortir la famille et installaient le corps. Là l’usage voulait qu’on accorde aux parents quelques instants de recueillement, aux proches, aux voisins… Puis fermeture et direction église puis cimetière.&lt;br /&gt;Certaines familles insistaient pour que le défunt emmène avec lui un objet, une montre voire un livre de messe. C’est même au cours de ces moments où un vieillard particulièrement ignoble était sur le départ, que sa femme, une punaise boxant dans la même catégorie, insistait pour mettre ça, et ça et encore autre chose devant mon père stoïque et le curé qui regardait sa montre. Le gendre de la maison s’approche de mon père résigné :&lt;br /&gt;(à voix basse avec un sérieux de porte de prison, devant toute la famille éplorée)&lt;br /&gt;— M’sieur Marin ?&lt;br /&gt;— Ouiiiiii…&lt;br /&gt;— Vous auriez pas encore un peu de place ?&lt;br /&gt;— Mais certainement, en glissant là,… sur le coté.&lt;br /&gt;— Pourriez pas mettre la vieille avec ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on a besoin de travailler pour vivre, on traverse des moments difficiles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce jour là ce ne fut pas les Atrides à l’enterrement, mais bien pire pour mon père… :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Mémé des géants était une quasi-naine, un tout petit bout de bonne femme. Gêné le paternel ! Réclamer des coussins à des gens qui pleurent et qui vous regardent de travers ?&lt;br /&gt;On la mit en boite et, direction la porte.&lt;br /&gt;Aïe ! La caisse vide séparée de son couvercle était bien passée à l’aller mais pour le retour, même en descendant, macache !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut aller dans la grange chercher des cordes. Où elles sont ces fichues cordes ? Qu’est-ce qu’il a dit le fils tout à l’heure ? Va lui faire répéter.&lt;br /&gt;Une corde à chaque bout, on approche le cercueil de la fenêtre et mauvaise idée…Une extrémité sur l’appui de la fenêtre et l’autre au sol.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chhiiiii Flochhh&lt;/span&gt;, Mémé descend pôle sud&lt;br /&gt;On la bascule à l’extérieur&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chiiii Flochhh&lt;/span&gt;,  pôle nord&lt;br /&gt;On essaie autant que possible de la descendre jusqu’au sol bien à l’horizontale. Mais dans l’encadrement de la fenêtre, on se gêne. Jusqu’au sol, les horribles glissements. Le chargement dans la camionnette. Il paraît que même  à l’entrée du caveau…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les enterrements jusqu’à Tatie c’était ainsi. De grands éclats de rire à table, chez les cousins, à l’atelier, une de nos rares connivences joyeuses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces cercueils, il fallait bien les faire avant d’y mettre les mémés trop petites&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Invariablement les évènements se déroulaient de la même manière, au dialogue près.&lt;br /&gt;Nous sommes là, mon frère et moi dans l’atelier à leur tourner autour. Choisir les bois. Le chêne à l’odeur forte pour les riches et le noyer « seulement pour les pauvres »… Il fallait voir les contorsions gênées de certains fils ou gendres venant réclamer &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« le noyer-c’est-bien-aussi-quand-même »&lt;/span&gt;. Une véritable épreuve dans ce monde où le qu’en-dira-t-on ne nous épargnait pas nous-mêmes, nous, les pas paysans.&lt;br /&gt;Plus le cercueil prenait forme plus nous étions excités… Il se dressait là, sur l’établi, comme un appel cent fois relancé à notre esprit inventif.&lt;br /&gt;Et hop, nous sautions dedans et armés d’un bout de planche nous simulions un bateau. Car le cercueil en bois sombre et sérieux représentait un merveilleux bateau pour les barreurs de rivières et les aspirants navigateurs.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dis papa tu nous fais un cercueil yeueuueeu ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Sans perdre de temps nous y jouions aux billes dans un jeu où pas une ne pouvait se permettre ses habituelles frasques déplaisantes : s’écarter et se perdre dans les lames du plancher voire dessous, et alors là…&lt;br /&gt;Le rituel voulait qu’une fois fini, Papa se couche dedans et qu’on appelle ma mère.&lt;br /&gt;Affolement simulé qui se terminait par une baffe parce que «  y en avait marre de ces jeux idiots »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jeu finissait souvent ainsi. Du rire comme un ilot perdu au milieu de la crainte perpétuelle des baffes insoupçonnables. Les enfants savent quand c’est l’heure des baffes. Certains vivent sans la connaître parce qu’elles sont absentes, elles et leurs frontières. Pour moi elles étaient mouvantes et indétectables, le réel avait parfois sa chance mais il était si inconstant !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était donc ça la vie : des éclats de rires qui finissent en baffes et les cercueil-barques au tombeau !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De l’enterrement de Tatie mon archive incomplète ne débute qu’au cimetière. La concentration familiale préalable, le petit manteau qui râpait le cou, les souliers cirés qui faisaient mal aux pieds, rien ne m’est resté.&lt;br /&gt;Ça commence par cette même impossible question : Papa fait-il exprès de faire des grimaces pour me faire sourire ? Je ne le guettais pas, mais juste un peu devant, dans le désarroi des cris et des gémissements déclenchés dans le cortège des femmes en noir, alors que dix mètres plus tôt……&lt;br /&gt;Que fallait-il dire ?&lt;br /&gt;Que fallait-il être ?&lt;br /&gt;Les mêmes gestes de se masquer la tête, les yeux, la bouche, cette tentative de prendre une attitude, le renoncement immédiat, et ça recommence les gestes avec les bras… La rencontre d’un supposé chagrin qui n’a pas le temps de s’installer que déjà le désamour de sa sœur le rappelle à l’ordre. Etait-ce là la raison de ce choc entre sentiments opposés au confluent des attitudes ? La cohorte des femmes en noir ne trouvait aucune grâce à mes yeux.&lt;br /&gt;J’appris.&lt;br /&gt;Je retrouvais cette gesticulation plusieurs fois : à la Toussaint suivante et l’année d’après à l’anniversaire de la mort. Le même jeu théâtral qui en devenait chaque fois plus grimace, de plus en plus réduit, voire à peine esquissé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vingt ans plus tard, au fond d’un lit d’hôpital où je m’en allais un peu inopinément et pourtant si fatalement, je reconnus l’acteur à l’ébauche de son geste qu’il rangea très vite au placard des accessoires inutiles. Je nageais dans le sang, celui que je perdais et celui que l’on me donnait. Il n’y avait pas de quoi faire tant de frais.&lt;br /&gt;Je me retrouvais pourtant, fidèle à mes anciennes ombres, dans un océan de blanc – à l’hôpital – et la grande affaire c’était ce ruisseau de sang qui me quittait et celui qui, avec peine, venait combler le vide. Dans la brume enfiévrée d’une nuit ou était-ce un jour, mon vieil ami l’Ours me revint. Son retour après tout ce temps me donna cette sérénité qui contrastait tant avec les yeux rougis de l’infirmière qui m’avait veillé toute la nuit, poussant avec le doigt, durant des heures, le sang que la perfusion était incapable de faire pénétrer dans ce corps qui s’en allait, tranquille.&lt;br /&gt;Tranquille, je me rappelais la scène du cimetière, ce sommet atteint 20 ans plus tôt, après les cris, les protestations de douleur trop grande et les mouchoirs rentrés dans les sacs aussitôt remontés dans les voitures. Le claquement des fermoirs des sacs, le claquement de la règle en bois de la Dame du cathé plus tard pour nous faire asseoir, lever, à genoux, la même ferveur profonde. Le repas nous attendait,  « fallait pas faire attendre quand on est chez les gens ». Les usages en cette occasion me furent appris par maman Reine selon sa méthode habituelle. J’étais resté un peu à l’écart dans l’allée désertée, effaré et désorienté. Le vrai chagrin m’avait pris là, alors que son comparse factice avait quitté les autres devant les impératifs de l’oie à mettre au four.&lt;br /&gt;C’était donc ça !&lt;br /&gt;Parents, cousins, proches ou moins, reprirent des couleurs avec l’apéritif. Le repas fut énorme comme d’habitude. Au bout de la table les enfants complètement oubliés et Globule qui n’en perdait pas une. Il ramena de ces heures le souvenir d’une discussion animée à la limite de la dispute sur les mérites comparés de l’huile de table Huilor et de la Lesieur. Reine se fit remarquer par cette phrase impérissable.&lt;br /&gt;« Vous pouvez dire ce que vous voulez mais moi je garde la Lesieur » La malveillance de Globule lui fit retenir à jamais ces mots. L’était méchant comme une teigne Globule !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Donatien Furtif&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4996300046546488393?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4996300046546488393/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/du-cote-de-chez-les-ours-d-furtif.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4996300046546488393'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4996300046546488393'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/du-cote-de-chez-les-ours-d-furtif.html' title='Du coté de chez les ours ( D. Furtif )'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SvQ9W7pWdhI/AAAAAAAAAQA/ZXcp4Lj7bxU/s72-c/nourst1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-3569847994730092143</id><published>2009-11-01T15:20:00.000Z</published><updated>2009-11-06T18:39:23.721Z</updated><title type='text'>La conspiration  (A. Zelensky)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Su6cq6FMjII/AAAAAAAAAP4/T12jfI0MNas/s1600-h/fantasia4.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 142px; height: 145px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Su6cq6FMjII/AAAAAAAAAP4/T12jfI0MNas/s400/fantasia4.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5399425264223292546" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Armand Mauduit vient d’emménager. Ce soir, il est assis dans sa nouvelle cuisine. Il a terminé son dîner, confortablement assis à sa table de cuisine. En tournant légèrement sa tête sur la gauche, il peut apercevoir la ligne continue que forment la cuisinière avec son four, le lave-vaisselle, le lave-linge et l’évier.&lt;br /&gt;L’ancien propriétaire lui a laissé une cuisine entièrement équipée. Les appareils sont dans un état neuf, même s’ils datent de quelques années. Il a même hérité de la cafetière électrique qui est placée au bout de la table. Armand Mauduit est plutôt utilisateur de cafetière italienne. Mais pourquoi ne pas essayer une autre voie d’accès à ce breuvage noir auquel il voue une affection particulière ? Ceci étant, et avec toute l’impartialité voulue, la comparaison tourne, selon lui, à l’avantage incontestable de la manière italienne.&lt;br /&gt;Mais peu sectaire, il alterne : quand il est pressé, il privilégie l’électrique, quand il a le temps, il revient à sa cafetière dont le sifflement est depuis toujours annonce de plaisir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Demain, dimanche, Lise vient déjeuner. Il a opté pour un poulet rôti avec des pommes de terre également rôties. Il évoque avec satisfaction le volatile dodu, fermier, qui trône désormais dans son réfrigérateur. Dans la foulée, se présentent à son esprit les autres provisions faites cet après-midi même. Le congélateur est garni, sans excès. Armand M. n’aime pas entasser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En se levant pour aller vers le lave-vaisselle, où il va ranger sa vaisselle du soir - qui rejoindra celle de la veille - son regard tombe sur le four. Il se souvient alors que l’ancien propriétaire lui a signalé qu’il n’avait pas eu le temps de le nettoyer. Non qu’il fut sale, avait-il précisé. Il ne cuisinait pas beaucoup. Mais tout de même… En tout cas, il y avait un système d’auto nettoyage.&lt;br /&gt;Armand se souvient donc qu’il va falloir mettre ce soir même en route l’auto nettoyage pour que le four soit prêt le lendemain à recevoir le poulet rôti et ses pommes de terre. Il est vrai que le four n’est pas vraiment encrassé. Il l’a examiné. Mais cuire un poulet dans un four qui a servi à un autre, qui conserve la trace de graisses et de projections alimentaires étrangères… Bien sûr, un poulet - ou un rôti - reste un poulet, quelle que soit la personne qui le met à cuire. Quoique… La qualité du volatile - fermier ou pas - les ingrédients choisis pour relever le goût, le degré de cuisson peuvent être révélateurs de la personne.&lt;br /&gt;Quoiqu’il en soit, il n’a pas envie de confier son poulet à un four sali par un autre. Mais comme il a attendu le dernier moment, c’est ce soir-même qu’il doit procéder à l’auto nettoyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première chose à faire est de consulter la notice du four. Tout est soigneusement rangé dans le tiroir du meuble long, près de la porte. Armand M. feuillette le livret et trouve la partie consacrée au nettoyage. Il la lit attentivement. Les explications paraissent simples. Mais A. M. sait que le passage à l’acte se révèle souvent problématique. Aussi préfère-t-il récapituler plusieurs fois les différentes opérations à accomplir avant de se lancer. Le choix se présente entre deux formules : l’auto nettoyage immédiat ou différé. La deuxième formule est plus économique, mais dure plus longtemps. Nulle part, il n’est mentionné combien de temps. Armand Mauduit ne s’étonne plus : il y a toujours dans ces notices d’emploi, des blancs, comme si leur auteur proposait une devinette - à moins que ce soit un piège - aux utilisateurs. Faisons confiance, se dit-il. Ils doivent savoir de quoi il retourne. Il opte pour l’option formule différée, qui dépense moins d’électricité. L’opération se fait en consommation lente et le four doit chauffer moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Armand Mauduit appuie donc sur les boutons désignés. Il a bien retenu que les trois voyants concernés - vert, orange, et rouge - doivent s’éteindre l’un après l’autre. Ce sera signe que tout va bien. Une sorte de ronronnement se fait bientôt entendre. La chose se présente bien.&lt;br /&gt;Dans la foulée de ces manœuvres techniques, notre heureux propriétaire décide de mettre en marche sa machine à laver la vaisselle. Il n’a jamais eu auparavant ce genre d’appareil. Il vit depuis des années, en général seul et n’en a pas ressenti le besoin.&lt;br /&gt;Mais le progrès lui offre là son confort. Pourquoi le bouder ? Après avoir rempli des liquides idoines les orifices de la machine, il la met en route. Et voilà que le bourdonnement cyclique de la machine réservée à la vaisselle s’ajoute au ronronnement de celle dont la fonction est de cuire.&lt;br /&gt;Il ne manquait plus que le crachotement de la cafetière électrique et le vrombissement de l’appareil à laver le linge pour offrir à ses oreilles un quatuor de musique concrète de cuisine. Mais il a déjà fait une machine le matin et ne boit pas de café le soir. N’empêche : il se surprend à contempler avec une certaine tendresse ces appareils qui allègent sa vie des tâches ingrates.&lt;br /&gt;Après un dernier regard à son petit monde technique en action, il éteint la lumière de la cuisine et rejoint sa chambre, l’esprit tranquille. Il s’endort sur la vision d’un four vierge de toute salissure, prêt à recevoir le poulet dominical.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la nuit, il se réveille, comme souvent, pour aller aux toilettes. Il essaye de ruser avec le besoin de faire pipi. Mais il est bientôt obligé de se lever. Il sait qu’il mettra ensuite du temps à se rendormir. En revenant des toilettes, il a une sensation inhabituelle de chaleur. Elle vient indubitablement de la cuisine. Il s’y dirige et dans le noir, distingue la lueur des voyants du four. Il s’étonne : il croit se souvenir qu’ils devraient être éteints. Mais quelle heure est-il ? Un coup d’œil à sa montre le renseigne : deux heures du matin. Un bref calcul mental le confirme dans l’évidence : il a dû mettre le four en auto nettoyage vers 22 heures. Il devrait être largement nettoyé. Or deux voyants sur trois, l’orange et le rouge sont toujours allumés. Et il fait dans cette cuisine une chaleur de… four.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il hausse les épaules, agacé contre lui-même de cette blague hors de propos qu’il se fait à lui-même. Il sait une chose : s’il veut avoir une chance de se rendormir, il lui faut fuir cet endroit. Sans bien réfléchir, mû par une sorte d’instinct, il va vers le tableau électrique et abaisse la manette correspondant à la cuisine, en se félicitant au passage, d’avoir inscrit au-dessous de chaque manette, la pièce de la maison correspondante. Il n’ose pas imaginer son humeur, s’il avait dû en pleine nuit, faire des essais pour repérer la bonne manette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois dans son lit, il essaye de ne pas s’interroger sur les raisons pour lesquelles, quatre heures après le déclenchement du nettoyage, deux voyants sur trois sont encore en alerte. Quelle erreur a-t-il commise ? Il récapitule, malgré lui, les différents gestes qu’il a accomplis pour aboutir à l’auto nettoiement. Autonettoyant, pas auto nettoiement ! Pas si sûr… Quel mot emploie-t-on ? Comment s’en souvenir ? Là n’est pas le problème ! Mais s’il n’arrive même pas à savoir si on dit autonettoyant ou auto nettoiement, comment serait-il capable de savoir ce qu’il a fait avec ces foutus boutons ! Sans notice et dans le noir. Oui, mais avec la notice, ce n’est pas mieux. Il l’a suivi au pied de la lettre, cette notice et voilà où il en est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’exhorte au calme, respire profondément. Pour se changer les idées, il pense à Lise qui va venir le lendemain. Las ! il est ramené au four, puisqu’il l’a invitée à déjeuner et que pour déjeuner… Il a le sentiment d’être cerné, quoiqu’il pense. Il disparaît sous les draps. L’aile du désespoir l’aurait effleuré, si une pensée ne s’était alors présentée, salvatrice. Il a coupé l’électricité ! Ce satané four ne fera pas la loi ! Tu veux chauffer à tort et à travers ? Eh bien, c’est tout de même moi qui décide ici. Un sourire qu’il imagine narquois détend ses lèvres.&lt;br /&gt;Puis il est étreint de nostalgie en évoquant son ancien four qu’il a abandonné en déménageant. Il ne faisait pas tant d’histoires, celui-là. On le nettoyait à la main, tout simplement. Avec du produit, ou même avec une éponge et un grattoir. L’image de sa vieille cuisinière flotte devant ses yeux. Qu’est-elle devenue ? Avec cette manie du neuf, personne n’a dû en vouloir et elle a fini à la casse. Il s’endort sur un sentiment poignant de regret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se réveille tard et de mauvaise humeur. Il a la bouche pâteuse et un désir irrépressible de café. Une fois dans la cuisine, il va vers la cafetière électrique. Au moment où il met le bouton sur “ in ”, il se souvient, en constatant qu’il ne passe pas au rouge, du courant coupé. En bougonnant, il va vers le tableau électrique et remet l’électricité. Quand il revient dans la cuisine, il manque glisser sur le sol, dont il constate qu’il est en effet mouillé. Que se passe-il encore ? Il baisse les yeux : une flaque d’eau s’étale devant la porte du réfrigérateur.&lt;br /&gt;Le courant étant coupé, il a coulé. Dans un mouvement brusque, Armand Mauduit ouvre l’appareil où la température est à peine fraîche. Il se souvient des provisions dans le congélateur. Il n’y a pas une minute à perdre. Il faut transvaser en bas ce qu’il y a en haut. Un produit décongelé ne doit jamais recongeler… Et tout est décongelé. Il entreprend de vider le congélateur et de caser dans le réfrigérateur son contenu. Il se félicite au passage de ne pas l’avoir rempli exagérément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais l’effort accompli à jeun l’épuise. Il a plus que jamais besoin de café. Il se traîne vers la cafetière électrique. Au moment où il met le bouton sur le “ in ”, un drôle de bruit se fait entendre. Une sensation timide de chaleur monte. Armand Mauduit, comme à regret, se tourne vers le four, sans y croire. Mais oui, les trois voyants sont rallumés, l’auto nettoyage est reparti comme si de rien n’était.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Armand Mauduit s’étonne lui-même de ne pas sombrer dans une forme aiguë de désespoir ou de ne pas se laisser aller à une rage destructrice. Une hébétude, due en partie au manque, le manque de café, le protège bien heureusement des excès auxquels la situation aurait pu le mener. Il est mû par une idée fixe : boire son café. Il cherche une tasse. Mais elles sont dans la machine à laver la vaisselle. Il force un peu pour débloquer la porte de l’engin, tout en se disant que prendre une tasse lavée sur l’égouttoir de l’évier lui aurait coûté moins d’effort. Quand le couvercle se rabat, il aperçoit au fond de la machine une nappe d’eau savonneuse. Elle ne s’est pas écoulée comme elle aurait dû. Armand Mauduit passe instinctivement un doigt sur la première assiette qui se présente, et sait déjà qu’elle sera aussi grasse que lorsqu’il l’a placée là, la veille ou l’avant-veille. Il reproduit le même geste sur un autre couvert, avec la conscience claire qu’il obtiendra le même résultat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Encore à l’abri derrière son matelas d’hébétude, il sort une tasse, un couteau et une cuillère et les rince soigneusement sous l’eau du robinet, renouant avec un geste traditionnel, sinon ancestral, puisque l’eau courante n’a pas toujours existé. Et il ne peut s’empêcher de penser :&lt;br /&gt;“ C’est tellement plus simple de laver la vaisselle au robinet ”.&lt;br /&gt;Et puis on entend dans l’air déjà chaud de la cuisine ce cri :&lt;br /&gt;“ Mais qu’est ce que j’en ai à foutre de son lave-vaisselle ! ”&lt;br /&gt;Un peu soulagé par cet éclat bien compréhensible, notre homme emporte ses couverts au salon. Il n’est pas question qu’il déjeune dans cette cuisine, où la chaleur monte inexorable, où le bourdonnement du four se conjugue au crachotement de la cafetière dans un duo qu’il ne trouve plus musical, mais infernal. Encore une chance que le lave vaisselle se soit tu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il revient à la cafetière, une autre déconvenue l’attend, tant il est vrai qu’un malheur n’arrive jamais seul. Il cherche en vain son cher liquide noir dans le récipient habilité à le recevoir. Celui-ci est résolument vide. L’eau est restée en haut, là où il l’a versée tout à l’heure. La poudre dans le filtre es t sèche, vierge de toute humidité. Pourtant le bouton est bien sur la position “ in ”, le voyant allumé. Mais plus autre aucun bruit ne sort de la machine. Il s’acharne sur le bouton, l’éteint, le rallume. Il bouscule même la machine, retrouvant la rage de l’enfant qui tape sur l’objet résistant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors là, c’est trop. Il se laisse tomber sur une chaise. Les larmes lui montent aux yeux. Son regard erre, pathétique, sur cette cuisine ou hier encore, il trônait, heureux, fier de contempler l’alignement de ses appareils. Et puis l’envie lancinante de café le reprend et le sauve d’un abattement qui aurait pu le conduire à de graves extrémités.&lt;br /&gt;Il se lève, mû par une interrogation.&lt;br /&gt;“ Y a-t-il du nescafé ? ”&lt;br /&gt;Il s’arrache à son siège et bondit vers le placard. Fouille fébrilement. Et au fond, dissimulé par les autres provisions usuelles, sa main rencontre la surface de la boite haute. Quand il l’extrait, il lit “ Ricoré ”. Peu importe ! Pourvu qu’il ait l’illusion de sentir couler dans son gosier asséché le liquide chaud et noir. L’imagination fera le reste.&lt;br /&gt;Quand il fait chauffer de l’eau, il s’étonne presque de voir le gaz s’allumer. Avec le gaz de ville, il n’y a pas de mauvaises surprises. Pas comme ces plaques électriques qui mettent un temps fou à se mettre en train. Heureusement la cuisine en est indemne.&lt;br /&gt;Il emporte la casserole avec son eau frémissante vers le salon, non sans jeter un regard mauvais au four. Il ne peut plus tolérer la vision de l’appareil en pleine action chauffante. Il se brûle dès la première gorgée, tant est grande sa hâte d’avaler son pseudo café. Il fait la grimace, quand le goût du breuvage de substitution atteint ses papilles. Le rapport avec le café est lointain. Il mâchonne une tranche de pain sans beurre. Il n’a pas le courage d’affronter son réfrigérateur, encombré de victuailles dont il ne sait pas comment il va arriver à les consommer dans les temps requis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa tasse vidée, il se sent un peu ragaillardi. Non sans regret, il se lève pour se diriger vers la cuisine. Il cherche la notice du four qu’il a rangé la veille. Un sentiment d’auto compassion l’étreint. Pauvre de lui, s’il avait su, en classant le maudit livret… Mais il reconnaît par la même occasion la sagesse de la Providence - il n’est pas croyant - qui nous laisse dans l’ignorance - bienheureuse - de l’avenir qui nous attend. Oui, mais s’il avait prévu que ce four lui causerait tant de déboires, peut être aurait-il lu la notice avec encore plus d’attention, sans doute aurait-il évité le pire…&lt;br /&gt;“ À quoi bon se poser toutes ses questions ? ”&lt;span style="font-style: italic;"&gt; &lt;/span&gt;se dit-il en s’agenouillant devant l’appareil de tous ses tourments, pour mieux examiner les boutons, la notice à la main. Les voyants orange et rouge sont dons allumés, mais le vert est éteint. L’opération est donc en bonne voie. Armand Mauduit décide de tenter l’impossible : passer de l’auto nettoyage différé à l’auto immédiat. L’idée l’effleure que c’est là un risque, mais il est tellement excédé par cette chaleur qui envahit sa cuisine qu’il n’est pas vraiment capable de raisonner. Cette éventualité, le passage d’un programme à l’autre, n’est nulle part évoquée.&lt;br /&gt;“ Ça ne m’étonne pas, c’est tellement bête, une machine. Si au moins ça faisait toujours ce qu’on lui commande… ”&lt;br /&gt;Des images de robots déchaînés assaillent son esprit. Mais il passe outre. En lui se réveille la volonté de maîtrise, ce vieux réflexe humain dont l’origine se perd aux confins de nos origines. Il ne sera pas dit que l’objet, sa créature, lui résiste.&lt;br /&gt;Il se met à tourner un bouton. Puis un autre. Et voilà que le voyant vert se rallume. Alors Armand Mauduit est pris d’une rage qui vient du plus profond de son cerveau, qui le ramène aux premiers temps hominiens. Il appuie frénétiquement sur tous les boutons, secoue le four, se relève pour mieux taper dessus avec ses pieds alternativement.&lt;br /&gt;Et puis, il s’écroule par terre. Et constate qu’il est assis dans une flaque d’eau. Il met un moment à comprendre qu’elle ne provient plus du réfrigérateur - il l’a épongé tout à l’heure - mais probablement du lave-vaisselle. Il se souvient de la mare savonneuse aperçue au fond de l’appareil : elle a du s’écouler à l’extérieur… Le derrière mouillé, il se relève, raide comme un de ces robots qu’il évoquait, il y a un moment. Muni d’une serpillière, il éponge le sol qui, à quelque chose malheur est bon, séchera vite.&lt;br /&gt;Le feu aux joues, il se redresse et pense à l’heure. Déjà 11 heures. Lise doit venir à 12h30. Il se précipite sur le téléphone.&lt;br /&gt;“ Lise, écoute, j’ai pensé qu’on pourrait aller au restaurant, ça ferait une sortie… ”&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On suit sur le visage d’Armand Mauduit les péripéties de sa conversation avec Lise, heureusement étonnée de ce changement de programme, elle n’y voit aucun inconvénient et sera là à l’heure dite. Puis, sur les invites de son interlocuteur - elle peut vraiment prendre son temps, c’est dimanche - elle accepte sans difficulté de retarder d’une demi-heure sa venue.&lt;br /&gt;Lise ne fait pas d’histoire. Elle n’est peut être pas une beauté, elle n’est pas d’une intelligence hors du commun, mais elle est n’est pas contrariante. Armand Mauduit se félicite de sa chance. Les femmes sont devenues si difficiles… Enfin c’est ce qu’il entend dire. Il est toujours bien tombé, lui, il a le flair. Dès qu’une emmerdeuse croise par là, il la repère et évite la collision.&lt;br /&gt;Une fois le combiné reposé, satisfait du délai obtenu, il se réfugie dans son lit. Les couvertures rabattues jusqu’au sommet de son crâne, il ferme les yeux, met des boules Quies, et tente de se placer en interruption volontaire de conscience. Il installe un vigile mental qui traque toute pensée inopportune et la déloge instantanément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette mesure de salut public intérieure donne des résultats modestes. Après un court répit, les questions s’enchaînent. Que va-t-il faire ? La loge du gardien est fermée. Aucun dépanneur ne travaille le dimanche. Et puis quelle honte… Même par rapport à Lise. Que va-t-elle penser d’un homme incapable de s’y retrouver dans les boutons d’un four ? Elle qui lui fait souvent compliment sur sa force - quand il débouche une bouteille. C’est bien la seule chose du répertoire - traditionnellement dévolu à l’homme - à laquelle elle ne soit pas réfractaire.&lt;br /&gt;Lise le croit apte à déjouer tous les pièges que présente la plomberie, l’électricité et le percement des murs, les trois mamelles du savoir domestique attribué à la gent masculine. Si elle savait que lorsqu’il a un clou à planter, c’est plutôt sur sa main que le marteau a tendance à atterrir. Quant à la perceuse si chère à ses confrères, il en a une hantise absolue, tant est panique sa peur de la voir se retourner contre lui.&lt;br /&gt;S’il veut conserver l’amour de Lise, mieux vaut ne pas évoquer l’histoire du four. Mais quand même, se dit-il : elle ne me connaît pas au fond. Est-ce bien moi qu’elle aime ou une image de moi ? N’est-ce pas l’occasion de confronter l’image à la réalité ?&lt;br /&gt;Le risque est de perdre son aura auprès de Lise, d’encourager le ridicule, peu favorable, à ce que l’on dit, aux sentiments amoureux. Quoique… Les femmes ont toujours un cœur de mère prêt à s’attendrir devant les faiblesses d’un homme, dans lequel elle retrouve le petit garçon qu’elles ont eu ou auront.&lt;br /&gt;De toute façon, elle va bien s’apercevoir de la chaleur qui règne dans la cuisine et gagne l’appartement entier. Elle voudra l’assister dans la préparation de l’apéritif, elle le suivra à la cuisine… Alors, une illumination éclaire tout à coup l’esprit traqué d’Armand M. Une première image se présente : sa mère penchée sur un four, puis une autre : Lise enfournant un plat dans l’appareil… L’association se fait tout naturellement : four, femmes. Qui fait la cuisine ? Qui met à cuire les préparations ? Comment n’y a-t-il pas pensé ? Lise doit évidemment savoir comment nettoyer et auto-nettoyer un four. Il pousse un immense soupir de soulagement qui libère toute la tension de cette affreuse matinée. Il lui dira :&lt;br /&gt;“ Figure-toi que… Mais moi, en appareils ménagers, je ne m’y connais pas. Toi, je suis sûr que c’est un eu d’enfant. Tu fais si bien la cuisine. ”&lt;br /&gt;L’honneur sera sauf. Elle ne pourra pas se moquer de lui. Le four n’est pas une affaire d’hommes. Il lui donnera l’occasion de montrer une supériorité sur lui. Avec un bel entrain, il fait un brin de ménage, puis se prépare avec soin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La sonnerie retentit à 13 heures. Lise est là, toute souriante, un petit paquet enrubanné à la main. Elle a toujours un cadeau pour lui. Il l’embrasse avec une effusion où entre la reconnaissance anticipée. Il la conduit au salon en la protégeant de son bras, comme pour éloigner l’indéniable chaleur qui a envahi les lieux. D’ailleurs, à peine installée sur le canapé, elle remarque :&lt;br /&gt;“ Il fait bien chaud chez toi. Ils ne chauffent pas encore, quand même ? ”&lt;br /&gt;Elle a posé d’un air mystérieux son paquet enrubanné sur la table attenante au divan. Il ne pense même pas à s’exclamer, comme le veut la coutume :&lt;br /&gt;“ Il ne fallait pas ! C’est trop gentil… ”&lt;br /&gt;Il ne pense qu’à une chose : le four. Justement, sa remarque sur la chaleur est un hameçon. Il va y accrocher sans tarder son problème. Avec un sourire qu’il sent très faux, il se lance :&lt;br /&gt;“ Pour faire chaud, il fait chaud… Figure-toi… ”&lt;br /&gt;Lise l’écoute avec son expression de bienveillance coutumière. Elle l’interrompt juste pour avoir les compléments d’information utiles, que dans son trouble, il oublie de donner.&lt;br /&gt;Puis elle se lève et propose d’aller voir.&lt;br /&gt;“ Je te sors la notice ? demande Armand.&lt;br /&gt;“ Je vais essayer sans. La pratique vaut mieux que leurs explications. Je comprends qu’ils t’aient embrouillé, mon chéri. ”&lt;br /&gt;Il le sait, Lise prend toujours son parti. Elle le comprend. C’est la notice qui induit l’erreur et pas lui qui est incapable de la lire.&lt;br /&gt;Quand ils sont dans la cuisine, Lise examine avec un air de compétence l’engin chauffant. Elle s’accroupit pour mieux scruter les boutons, puis tourne l’un d’eux avec l’assurance que donne la certitude d’être dans le vrai. Armand, de là où il est, croit deviner que c’est le bouton “ Arrêt ”. Et il est sûr d’avoir, lui aussi appuyé dessus. Mais il constate aussitôt que les trois voyants sont désormais éteints. Lui n’était jamais arrivé à en juguler plus d’un, le vert. Il écarquille les yeux pour se convaincre de l’indéniable réalité : sur l’écran de l’appareil, aucune lueur d’aucune couleur ne scintille plus.&lt;br /&gt;Lise se relève et se tourne vers lui :&lt;br /&gt;“ Je pense que ça va aller. Il fallait appuyer sur "arrêt", mon chéri ”.&lt;br /&gt;Armand Mauduit, dans un souffle, articule :&lt;br /&gt;“ Mais j’ai appuyé dessus ”.&lt;br /&gt;“ Oui, mais tu as, en même temps ; actionné les autres. Voilà qui a dû annuler l’effet arrêt ”&lt;br /&gt;“ C’était ça… Balbutie Armand Mauduit, toute honte bue.&lt;br /&gt;“ Ca arrive, tu t’es peut-être énervé, il y a de quoi… Le four, ce n’est pas ton domaine ”.&lt;br /&gt;Et elle ajoute avec cette cruauté que confère l’inconscience ou l’innocence :&lt;br /&gt;“ Moi, si on me demandait de réparer une prise de courant… ”&lt;br /&gt;Elle considère l’intérieur du four, à travers la vitre et déclare :&lt;br /&gt;“ En tout cas, tu as un four impeccable. Pour être nettoyé, il est nettoyé ! Maintenant, il faut attendre qu’il refroidisse. ”&lt;br /&gt;Sur un ton qu’il veut joyeux, le propriétaire du four qui refroidit annonce : “ On l’utilisera une autre fois. Aujourd’hui, je t’emmène au restaurant ! ”&lt;br /&gt;Il l’entraîne au salon pour lui offrir l’apéritif. Il aperçoit alors sur la petite table le paquet qu’elle a amené. Elle a un sourire malicieux en le regardant défaire la ficelle de couleur qui entoure le paquet. Bientôt apparaît une boîte de chocolats. Armand M. ne prête pas immédiatement attention à la forme des friandises. Puis, en en prenant une, il se rend compte qu’elle reproduit un petit marteau. Il s’exclame : “ C’est drôlement bien imité ! ”&lt;br /&gt;“ Regarde les autres, mon chéri… ”&lt;br /&gt;Il découvre en fouillant dans la boîte que tous les chocolats sont en forme d’outils, clou, tournevis, clés à mollette. La ressemblance avec l’objet réel est étonnante. Armand M. manipule les chocolats, partagé entre la surprise et le doute.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Pourquoi a-t-elle choisi ce genre de bonbons ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il lève les yeux vers Lise. Elle sourit et il croit déceler sur ses lèvres une expression malicieuse. Il balbutie pour se donner une contenance : “ Où as-tu trouvé ça ? ”&lt;br /&gt;“ C’est original, non ? J’ai pensé que cela te plairait… ”&lt;br /&gt;Lui plaire, lui plaire… Que veut-elle dire par là ?&lt;br /&gt;Mais il s’abstient de lui demander de plus amples précisions.&lt;br /&gt;Le mystère ne s’éclaircit jamais. Armand Mauduit ne comprit pas plus ce qui s’était passé dans sa cuisine cette nuit-là qu’il ne parvint à déchiffrer le sens des paroles de Lise. Et continua à se demander s’il y avait une relation entre les deux phénomènes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Anne Zelensky&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-3569847994730092143?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/3569847994730092143/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/la-conspiration-zelensky.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3569847994730092143'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3569847994730092143'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/11/la-conspiration-zelensky.html' title='La conspiration  (A. Zelensky)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Su6cq6FMjII/AAAAAAAAAP4/T12jfI0MNas/s72-c/fantasia4.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5329793721044038453</id><published>2009-10-27T08:16:00.001Z</published><updated>2010-02-19T08:05:32.665Z</updated><title type='text'>Les ours blancs ( D.Furtif)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuasuKD6f1I/AAAAAAAAAOo/U38UvtbLQfE/s1600-h/ours2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 266px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuasuKD6f1I/AAAAAAAAAOo/U38UvtbLQfE/s400/ours2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5397191112424849234" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Encore une fois ils m’avaient accompagné jusqu’à l’oreiller du réveil… Des ours blancs.&lt;br /&gt;Quand la fièvre qui les avait appelés s’évanouissait, ils disparaissaient avec elle dans la grotte brûlante  où je les retrouvais chaque fois. Des ours blancs dans la fièvre rouge ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fièvre, ce compagnon d’enfance. Une balade à vélo un peu trop rapide,  un arrêt à l’ombre un peu trop long et ça y était. Une trop longue lecture le dos à une fenêtre ouverte. La fatigue, si fréquente, pour un enfant si malingre. Tout était cause. La fièvre partait comme une fusée. Des champs, de la rivière, de l’école…  Je la ramenais un jour du grenier où j’avais découvert, au milieu des livres interdits stockés par le locataire précédent, une bande dessinée en un volume épais. Au fond du délire de la nuit suivante des ours blancs échappés d’une histoire fantastique étaient venus peupler mes cauchemars. Fièvres à répétition, cauchemars à répétition, les ours blancs aidés par mes réveils instantanés devinrent les habitués de ma petite enfance. Ils m’accompagnaient parfois jusqu’à la maternelle et la grande école où j’emmenais ma « température ». Pas question qu’en plus on me prive d’école.&lt;br /&gt;Les greniers ! Nous autres, les enfants, menions sans trêve une lutte incessante pour imposer notre suzeraineté sur un territoire que les grands nous contestaient à coup d’interdictions, de conseils affectueux et de taloches impuissantes. À chaque fois ils nous rappelaient les échelles démembrées, les planchers vermoulus, les outils tranchants en oubliant les malles ou autres merveilles  mises là pour qu’elles ne soient pas ailleurs, sous nos mains  ou sous nos yeux. Des fenêtres nues riches d’éventuelles chutes,  les courants d’air et leurs  rhumes  à profusion. La grande fraternité des adultes ne manquait pas d’invention pour nous interdire d’aller là où justement nous voulions aller&lt;br /&gt;— Parce qu’ils nous l’interdisaient. !&lt;br /&gt;Légers comme l’air, qu’avions-nous à craindre des planchers incertains ?&lt;br /&gt;Il ne nous fallait pas un grand génie ni une noire perversion pour pressentir la vraie raison. D’étranges questions, des regards soupçonneux. De quelle obscure ou inexprimable faute s’inquiétaient-ils sans dire ? Leur inimaginable manque de sérieux dans les conversations « sous nos oreilles » nous avaient appris très jeunes ce qu’ils craignaient. Ils craignaient que nous n’utilisions les greniers à des activités auxquelles ils n’avaient pas encore renoncé et que, pour certains, ils actualisaient encore dès qu’une occasion se présentait. Nous n’en connaissions pas les très exacts contours mais nous aspirions à leurs enivrants mystères  Nous n’y apprîmes pas le mépris des grands, mais  très jeunes, l’affaire des greniers nous enseigna à quel point la grande confrérie des parents adultes, ces vieillards de trente ans, maniait le double langage. Les Dieux étaient faillibles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne nous y adonnions pas tout le temps, loin de là mais, par une pulsion cyclique, le touche-pipi devenait l’activité principale et l’unique obsession de la grande tribu fraternelle des enfants. Répondant à des règles strictes et  non écrites, n’importe où selon la  coutume, les enfants s’installaient là où ils le voulaient. Filles ou garçons usaient de ce droit imprescriptible. Sans cri et sans caprice, elles veillaient tout autant que nous à assurer leur part du combat dans la reconquête de l’espace toujours interdit des granges et greniers. Pour cela elles ne manquaient pas d’imagination ni d’astuce rouée. En attendant les grandes manœuvres elles jouaient à la dinette, appelée chez nous « jouer à la mère et à la fille ». Ce mot leur venait des mères. En tenaient-elles aussi les dérives ? Sans aucun doute, mais il nous faudra bien des années pour l’apprendre. Le jeu :  une variante de l’universel « vivre comme les grands », se déroulait en  préparations de repas fictifs à base de morceaux de tiges ou de faïences cassées dans de petites assiettes en plastique introduisant le ver de la représentation réaliste dans l’imaginaire des conditionnels.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;On dirait que je serais la fille &lt;/span&gt;» L’intonation chantante faisait partie du rite.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ah non c’est déjà moi qui ai fait la mère l’autre fois&lt;/span&gt; ».&lt;br /&gt;Peu à peu les repas prenaient un caractère plus authentique au grand dam des parents qui constataient les razzias dans le placard de la cuisine. Au beau temps des garde-mangers il n’y avait pas de frigo donc aucun dessert lacté et les boudoirs régnaient dans un monopole incontesté au royaume des biscuits. Pas question de toucher au fromage du père. Trop risqué. Quelques figues sèches, du sucre en morceaux voire des grains de café…&lt;br /&gt;«&lt;span style="font-style: italic;"&gt;  On dirait que ce serait la viande &lt;/span&gt;» À la façon des récitations mal dites.&lt;br /&gt;Des fleurs, du papier, nous avalions tout…&lt;br /&gt;De réalisme en réalisme….Un acteur essentiel du jeu était convié. On le convoquait en général quand les gaufrettes remplaçaient les bouts de tuiles cassées. Mon frère avait le chic : plus jeune ou plus rassurant il était le Père dans tous les jeux. Très important le père, quand le thème du jeu est la vie et son simulacre scandé par la production répétitive des repas.&lt;br /&gt;On met la table, on sert le repas, on mange, on gronde celui ou celle qui fait l’enfant, puis on range et… On refait un repas….Ce qui n’avait que peu d’intérêt devenait central.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;On dirait qu’on serait la nuit&lt;/span&gt; »&lt;br /&gt;La nuit, se coucher, mettre des couvertures, s’étendre côte à côte.&lt;br /&gt;À ce moment les garçons tenus à l’écart étaient par le plus grand des hasards tout près, à portée de voix. Il en fallait du  « hasard » pour, du creux de la rivière où nous bâtissions notre éternel barrage de sable, nous retrouver à portée de voix ou de regard. Il en fallait du hasard pour que les couples de papas-mamans se constituent à toute vitesse et que les repas factices  soient expédiés pour passer aux : « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;On dirait qu’on serait la nuit &lt;/span&gt;» Les greniers jouaient alors leur rôle véritable.&lt;br /&gt;Que de « crimes » furent commis au nom de la dinette !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au contraire des filles toujours occupées à leur rite fortement connoté, nous, les gars, avions d’autres épopées  Arriver à bloquer un jour cette fichue rivière avec le sable que le courant laissait sur une rive. Le matériau était abondant et, trouvé dans le lit, n’appartenait à personne. Les débuts étaient prometteurs. C’était une simple question de vitesse : avancer les travaux de construction plus vite que l’eau ne les emportait. Facile…À cinq ou six, avec nos tabliers pour benne nous  progressions sans épargner notre peine. Le malheur voulait que plus nous entamions la largeur du cours, plus le lit devenait profond vers l’autre rive et plus le courant devenait puissant et rapide. Et…Adieu digue, barrage et lac rêvé, la nature reprenait ses droits. Ce n’était en rien une raison de renoncer. Jour après jour, semaine après semaine, seul le mauvais temps pouvait nous interrompre, pas l’échec. La pluie ou les paysans et leurs inévitables vaches. Ces vaches-là avaient l’habitude bornée de venir boire à l’endroit exact de notre banc de sable, et ça depuis des générations de vaches…On aurait dit que ces animaux dictaient leur loi  aux hommes. Comme si leurs propriétaires ne pouvaient pas les conduire ailleurs pour boire comme des vaches.&lt;br /&gt;À dire vrai quand on y regardait  de plus près un bon kilomètre et un petit bois séparaient cette pente douce sableuse donnant jusqu’à l’eau de son identique, mais sur l’autre rive. Quand la nature elle-même joue à contrecarrer les  projets de l’humanité future!&lt;br /&gt;Alors, comme on ne pouvait pas piquer tous les jours les revolvers et ceinturons de cowboy des américains du village. Surtout quand ces américains étaient des américaines. Dans ce cas on attendait le GI suivant en souhaitant très fort qu’il ait des garçons. Après la semaine de l’arc qui, cassé, nous conduisait au jour de l’épée. « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vous allez vous faire mal, jetez moi tout de suite ces bâtons !&lt;/span&gt; » Les mânes de Roland notre voisin hurlaient sous l’injure.&lt;br /&gt;__Pfff Durandal un bâton !__ nous passions aux cabanes.&lt;br /&gt;Des caisses, des cageots, des bidons, des journaux, des piquets et des planches….  On n’imagine pas de nos jours un monde sans plastique. Sans sac, toile, bâche plastique. Rien, de rien mais vraiment rien….Nous avions bien les sacs en toile de jute  mais les paysans semblaient y tenir encore plus qu’à leur vache. Des histoires de patates et de topinambours. Pffff !&lt;br /&gt;Aussi, en cette pénurie, la planche même pourrie devenait-elle une denrée précieuse. Combien de trous dans les haies, bouchés à la hâte par un bout de planche depuis des années, retrouvèrent-ils leur indépendance ? Combien de murs d’appentis et bassecours, de parc à gorets devinrent-ils « intermittents » ? Il y avait de quoi enrager : un fils de menuisier démuni en planches. Une fois cette pseudo-maison à peu près terminée, dans un simulacre de rendez vous de chantier, les filles étaient conviées. Pas besoin d’aller les chercher. Elles étaient là. À coup de vieux rideaux et de vieilles robes elles venaient terminer l’édifice. Non pas dans ses parties  les plus techniques et audacieuses de piquets-piliers portants, de manche de pelle-poutre ou d’appui sur l’arbre mais, plutôt, versant aménagement intérieur. Elles s’appliquaient en vérité à obturer les grands vides laissés sur les cotés dévoilant pour qui viendrait à passer tout ce qui se déroulerait à l’intérieur.&lt;br /&gt;Et c’était reparti pour la dinette.&lt;br /&gt;L’espace entre la maison et la route souffrait d’une étroitesse qui nous renvoyait de l’autre coté dans le pré. Ronces pour les mûres, pruniers sauvages, espace pour le ballon, arbre pour la lecture. Bien caché dans le feuillage j’avais enfin la paix, maman ne me voyait pas. Sinon, elle avait le génie d’organiser mes « en te promenant » ou mes « t’es là à rien faire ». Elle en faisait de même avec mon père. Combien de fois l’ai-je vue interrompre un assemblage minutieux ou un placage à chaud pour lui tenir la bassine du linge à étendre… Une seule loi  dans une journée : réduire au maximum les occasions de se retrouver dans son espace… Sinon elle vous occupait. Un risque collatéral demeurait pourtant. Ne vous voyant pas depuis longtemps elle était toute surprise de vous croiser inopinément au détour d’un de vos manques de vigilance :&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Oh tu m’as fait peur &lt;/span&gt;» et paf ! Une baffe, elle était rassurée.&lt;br /&gt;Dans le pré une vingtaine de mètres opposaient une distance plus longue que ses bras entre elle et moi. La cabane en construction  se heurtait  à ses obstacles habituels le manque de planches et « tout ce bazar-on-n’est-pas-chez-les-romanichels-tu-vas-me-nettoyer-tout-ça !». Pourtant, là, en face dans l’atelier, depuis des années, de longues planches larges et légères nous narguaient, toujours au même endroit, dans le même coin, inutiles et gênantes.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dis papa je peux les prendre les planches ?&lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;La répétition de ma requête reçut une réponse construite par bribes sur des années.&lt;br /&gt;— Non&lt;br /&gt;—….&lt;br /&gt;— Parce que&lt;br /&gt;—…&lt;br /&gt;— Elles sont à Vadon&lt;br /&gt;— Mais euhh ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était un menuisier, l’ancien locataire de l’atelier. Ces traits, tracés sur les planches, un plan unique d’un avion qu’il voulait construire.&lt;br /&gt;Il a disparu un jour et on l’a retrouvé bien plus tard , dans les Pyrénées, bouffé par les ours !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais nous ? Ici, on est chez nous, donc c’est à nous les planches  puisqu’il est… par les Ours.&lt;br /&gt;— On sait pas, il a peut-être de la famille…&lt;br /&gt;Mais alors Papa quand t’es mort, les ours ils te gardent. ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les planches c’était non. C’était non.Ce fut non pendant des années. Je les revis un soir, bien plus tard, dans une flambée de la déroute familiale. Nous n’étions que locataires. Chez moi qui n’était pas chez nous…&lt;br /&gt;Un cataclysme vint offrir l’occasion de tous les éclaircissements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un monde où les images étaient si rares, la mort trouva sa première représentation imaginaire : c’était un monde de glace, de montagne, et d’ours blancs. Impressionnant, étrange mais pas effrayant. Ne les ayant jamais connus, j’y rangeais mes grands-pères sans chagrin ni douleur. Les ours étaient si souvent à mes cotés. Banals au point qu’un jour je transgressai l’interdit en capturant les planches à Vadon ; fallait-il que la pulsion « cabanatoire » soit pressante !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Etait-ce des cris ou sa respiration essoufflée ? On ne savait. Du fond de la maison on l’entendait crier dehors.  Il fallait courir et foncer chez elle jusqu’à sa cour, entrer, traverser la pièce étroite où les deux hommes mangeaient et empoigner la bakélite noire. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Allo ! »&lt;/span&gt; Alors il fallait être intelligent et activer sa mémoire, pas le temps de faire répéter à l’autre au bout du fil et pas les moyens de le rappeler .Et puis ça aurait dérangé.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;C’est pas bien de déranger le monde&lt;/span&gt; ».&lt;br /&gt;C’était un cadeau des Dieux – des ours ? La dame du téléphone avait obtenu toute cette magie de poteaux et de fils, que l’on suivait en allant à l’école, en même temps que l’appareil parce qu’elle était veuve de guerre. Veuve de guerre ? C’est plus de trente ans après Verdun, en même temps que deux ou trois autres silhouettes noires de la commune qu’on lui avait installé.&lt;br /&gt;«&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Pschhh Pschhhhh &lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;Si j’en avais connu alors, j’aurais adoré son bruit de locomotive pour franchir les quelques mètres entre sa maison et la nôtre. Neuf fois sur dix c’était un appel de ma grand-mère. La grand-mère de Paris, la grand-mère cadeaux, la grand-mère gâteaux. Quand elle nous arrivait, c’était câlins délices et fables. Le singe, la guenon et la noix et toute la kyrielle de La Fontaine et de Perrault. Elle me laissa ce cadeau de connaître des fables avant la maternelle. Le téléphone nous disait soit qu’elle venait, soit qu’elle envoyait des cadeaux. Un jour même, elle nous expédia à Mérignac recevoir d’énormes paquets qu’elle nous envoyait d’Angleterre.&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mais c’est quoi l’Angleterre ? &lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;Des gâteaux, un vélo neuf pour moi, l’Angleterre ! Rien à voir avec mon autre grand-mère qui ne venait jamais, elle, sauf pour faire pleurer maman. Je ne comprenais pas  pourquoi le téléphone n’était pas venu jusqu’à chez nous alors que mes deux grands pères étaient morts. Il fallut profiter d’un moment de patience de ma mère pour comprendre que LA guerre omniprésente dans les conversations quotidiennes du village, de la famille, puis de l’école avait été une chose étrange qui s’était déroulée en deux fois, la première et la seconde. Les deux hommes avaient choisi de mourir « avant la guerre » période assez précise que ma mère retrouvant sa verve habituelle m’enseigna par une gifle excédée. « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Non ! Avant la guerre c’est avant la deuxième !&lt;/span&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jour là, comme d’habitude, je bâtissais une cabane dans le pré en face de l’autre côté de la route, mon autre terrain de jeu. Sur cette route, les autos étaient si rares qu’on pouvait y jouer sans être dérangé et quand il en arrivait une, nous avions largement le temps de nous pousser. Un seul problème, mon chien qui ne me quittait jamais, étant sourd et un peu miro… Un jour d’été, un jour de vadrouille à vélo, je n’étais pas là. Une charrette me le ramena, celle du voisin que le chien accompagnait les jours d’école. L’homme et le chien s’adoraient. Assez casanier par nature, l’animal aimait le suivre dans les vignes du coteau derrière, dans les prairies des bas du bord de la rivière et les forêts du plateau d’en face. Il n’avait de cesse qu’il lui passe son caprice le plus obstiné : porter un outil dans sa gueule. Le tombereau avançait au pas du vieux cheval et fier comme un cerf, la pioche ou la serpe dans la gueule comme un trophée, le chien escadronnait tout autour. Mille fois il lui fit le même tour pendable : il lui égarait son outil et le vieil homme piquait des colères noires. « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tu vas me le dire où tu l’as mis sacré vain dieu ?&lt;/span&gt; » Il avait bien essayé de lui refiler un quelconque piquet mais le chien n’en voulait pas et continuait ses agaceries jusqu’à ce qu’il ait eu gain de cause. La serpe réapparaissait  souvent quand il rentrait dîner, sur le seuil de sa maison.&lt;br /&gt;Ce jour là, affairé à ma cabane, sous la haute surveillance de mon chien, je l’avais entendue descendre…pfff Pschhh pppfff Pschhh pffff .&lt;br /&gt;— «&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Monsieur Marin monsieur Marin ! C’est votre…&lt;/span&gt; On aurait dit qu’il l’attendait : il bondit et franchit les cinquante mètres sans toucher le sol…&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Votre maman&lt;/span&gt; ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chouette c’est Mémé ! La construction ne m’accapare pas suffisamment pour m’empêcher de guetter le retour de Papa. L’impatience allonge ce temps trop lent pour moi. Le voilà qui revient. Bizarre, comment sait-il que je suis là ? A-t-il reconnu à travers les feuilles les fameuses planches interdites ? On dirait qu’il fait des grimaces avec ses drôles de gestes : un mélange de bras sur la tête comme pour se protéger des coups, de main sur la bouche ou sur les yeux. «  &lt;span style="font-style: italic;"&gt;C’est pas possible ….C’est pas possible &lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;Maman sur le seuil&lt;br /&gt;— « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ma sœur est morte &lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;Tatie est morte ? Tatie la douce, la belle qui sent bon ? La maman de ma petite cousine qui vit à Paris avec Mémé ?&lt;br /&gt;Et Papa qui se fâchait toujours avec Tatie. Il ne se fâcherait plus maintenant qu’elle était partie là-bas avec son père qu’elle avait à peine connu et Vadon, là haut, loin dans les montagnes. Morte à vingt six ans. C’est quoi vingt six ans ?&lt;br /&gt;Pendant que la maison s’emplissait de gémissements incompréhensibles. Quelle sorte de douleur pouvaient-ils bien ressentir ? Mon frère désemparé sortit et me rejoignit. Ensemble nous remirent les planches de Vadon à leur place…&lt;br /&gt;J’avais fâché les Ours. Ils allaient m’apprendre la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                                                                                                                                                                              Donatien Furtif&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5329793721044038453?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5329793721044038453/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/les-ours-blancs-dfurtif.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5329793721044038453'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5329793721044038453'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/les-ours-blancs-dfurtif.html' title='Les ours blancs ( D.Furtif)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuasuKD6f1I/AAAAAAAAAOo/U38UvtbLQfE/s72-c/ours2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-2383974379741156606</id><published>2009-10-23T17:18:00.000+01:00</published><updated>2009-10-25T18:46:21.060Z</updated><title type='text'>L'homme de pierre terrassé (Th. Bonnetat)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuIFcdJjggI/AAAAAAAAAOY/Beb2Nthu7ZU/s1600-h/lod%C3%A8ve2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 272px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuIFcdJjggI/AAAAAAAAAOY/Beb2Nthu7ZU/s400/lod%C3%A8ve2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5395881289962455554" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Dans la lumière solaire, celle qui confond la pierre grise émaillée de blanc au ciel bleu immaculé,l'homme gît écartelé.&lt;br /&gt;Les jambes de glaise à terre.&lt;br /&gt;A son lit de tombe, quatre femmes se tiennent hiératiques, des pleureuses toutes de dignité vêtue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quatre femmes verticales au tombé du drapé....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l' imaginer, enserrée dans sa désespérance, l'une d'elles se patine du tuffeau dont on fait les craies.&lt;br /&gt;Du blanc craie à raconter les blancs de l'existence sur le tableau noir d'une vie terrassée.&lt;br /&gt;"Allons z'enfants de la Patrie"&lt;br /&gt;Ils se tiennent, collés, de dos, les enfants, alignés du gris bleu écolier, un gris bleu de peine déjà.&lt;br /&gt;Et regardent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Figés.&lt;br /&gt;En rang&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La pierre grave, imprime et confronte le temps dans la teneur du silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au milieu, entre les femmes et les enfants, ce monceau de gravats, cailloux et masses, les restes des dégâts, les miettes éparpillées réunies à jamais ou pour toujours dans le gris uniforme, étal de ce géant brut et immobile qui portait le nom d'homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est parti comme un aigle par une tempête de pluie verglaçante, il est parti au Nord du pays. Puis il a marché toutes ailes déployées, s'est enfoncé au coeur des terres à la faveur des trouées. S'est frayé une autre façon de fouler le monde, sans langage ni pensée.&lt;br /&gt;Sur la carte, des notations de voyage, des traces griffonnées, seul , en vue du bataillon.&lt;br /&gt;La guerre que ça a été au chant de la mort ! Jamais il ne pourra la raconter. Ils ont brûlé la terre, l'ont retourné de cendres à chaque tranchée, ont mêlé les corps calcinés. Dans les ruines, ils ont couru  dans l'enfer, éparpillés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour quelqu'un qui n'était plus quelqu'un , a tiré , les yeux fous, l'a abattu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'un coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, à l'ombre des branches sombres, étoilées, on se demande qui cultive encore le parterre de fleurs sur le sol de marbre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les femmes sont chapeautées d'une élégance de fête.&lt;br /&gt;Elles captent la lumière, le sacré et le sacrifice.&lt;br /&gt;Ce sont elles qui irradient sur les jours qui s'étirent, gardiennes des stèles imaginaires, des ruines recomposées.&lt;br /&gt;Ce sont elles qui écriront l'histoire de l'homme, de la guerre et des oubliés.&lt;br /&gt;Celle des vaincus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'y a que le silence de la pierre pour seule prière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                Thérèse Bonnétat - le 23 Octobre 2009 - Au monument aux morts de Lodève ( sculpté par Paul Dardé)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/2007/09/paul-dard-le-sc.html"&gt;Les monuments aux morts pacifistes de Paul Dardé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;embed id="VideoPlayback" src="http://video.google.fr/googleplayer.swf?docid=-7382570546356530322&amp;amp;hl=fr&amp;amp;fs=true" style="width: 400px; height: 326px;" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" type="application/x-"&gt;&lt;/embed&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-2383974379741156606?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/2383974379741156606/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/lhomme-de-pierre-terrasse.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/2383974379741156606'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/2383974379741156606'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/lhomme-de-pierre-terrasse.html' title='L&apos;homme de pierre terrassé (Th. Bonnetat)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SuIFcdJjggI/AAAAAAAAAOY/Beb2Nthu7ZU/s72-c/lod%C3%A8ve2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-7359355421843742023</id><published>2009-10-13T21:54:00.001+01:00</published><updated>2009-12-18T18:00:14.875Z</updated><title type='text'>Et Mémé ? (F. Spassky)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/StY1h0MIDKI/AAAAAAAAAOQ/45VKggm6OOE/s1600-h/camping2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 400px; height: 150px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/StY1h0MIDKI/AAAAAAAAAOQ/45VKggm6OOE/s400/camping2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5392556458884205730" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Les vacances promettaient d’être mémorables. On s'était décidé à «faire l’Espagne», le cours de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;peseta &lt;/span&gt;permettant d’envisager, même pour la classe ouvrière, des vacances de nabab.&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;La décision avait été lente à mûrir.&lt;br /&gt;Lucien s’était fait expliquer par José, son collègue d’usine, les horaires bizarres, les frites à l’huile d’olive, les&lt;span style="font-style: italic;"&gt; tapas&lt;/span&gt;, les sandwiches à la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;tortilla&lt;/span&gt; et le mystérieux &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Sereno ! »&lt;/span&gt; que l'on appelait en ville, le soir, pour se faire ouvrir la porte de l'immeuble.&lt;br /&gt;Au cours des soirées d’hiver, dans la fumée des gitanes-maïs et les vapeurs de prune, des habitués avaient mis en garde contre le soleil, la sévérité de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Guardia civil&lt;/span&gt;, la virulence du moustique local, l’état lamentable des routes et l’orgueil des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;machos&lt;/span&gt; espagnols. Et on avait discuté de l’opportunité d’aller voir une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;corrida&lt;/span&gt; «cruelle, mais où le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;toro&lt;/span&gt; a sa chance…».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On commença par l’achat d’une caravane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le choix fut long et minutieux. Sur le conseil d’amis déjà équipés, on opta pour un modèle plutôt petit mais avec deux couchages, un double et un simple. Il fallait une chambre pour Mémé, elle serait du voyage cette fois, on n’avait réussi à la caser nulle part.&lt;br /&gt;Lucien avait monté lui-même le système d’attelage et avait été chercher la caravane une semaine avant le départ. Le concierge avait donné l’autorisation exceptionnelle de la garer dans la cour de l’immeuble de Billancourt.&lt;br /&gt;Amis et voisins vinrent visiter, prodiguant conseils et recommandations ; certaines commères critiquèrent l’exiguïté. « Laisse dire, Gigi, on les verrait à tirer une grosse roulotte sur les routes espagnoles… » disait Lucien.&lt;br /&gt;Gilberte prit possession des lieux, entassant vaisselle, ustensiles de cuisine, literie et provisions, acheta des pots de géranium « contre les moustiques » et cousit des rideaux multicolores. Annie, l’aînée, une brunette molle de 17 ans coiffée d'une choucroute à la B.B. gazouilla, en prenant des poses, que c’était « sensass ». Jojo, gamin au teint pâle, au regard torve et aux oreilles décollées, déclara du haut de ses dix ans que la caravane était « super-chouette ». Même Mémé, plutôt méfiante devant de telles extravagances technologiques, après en avoir fait le tour et essayé son lit, admit que «c’était coquet».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On chargea le reste du matériel la veille du départ, les vélos, les parasols, les bouées, les denrées périssables. Et tout ce petit monde, exténué par une année de labeur et de miasmes industriels prit, le 31 juillet à trois heures du matin, la direction d’un camping près d’Alicante. José avait retenu pour eux, en espagnol, il y a deux mois, un emplacement idéal : pas loin des sanitaires, près de la plage et à l’ombre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La route dans la journée fut infernale, sous un soleil de plomb, avec des embouteillages monstrueux à partir d’Orange. La caravane, pourtant toute neuve, creva un pneu vers Narbonne. Lucien maudit la malchance, entreprit de changer la roue sur le bas-côté. Jojo trouva le moyen de jouer aux billes avec les écrous et l’on mit une demi-heure à les retrouver à grand renfort de baffes paternelles agrémentées de quelques contributions maternelles. Mémé commençait à trouver le temps long et se plaignait de ses rhumatismes tandis que la grande contribuait encore à énerver tout le monde à faire hurler son transistor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On n’arriva à la frontière qu’en début de soirée et il fallut encore perdre une heure à passer la douane. Première sensation de perte d’équilibre, premier contact avec les chapeaux ridicules en cuir verni de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Guardia civil &lt;/span&gt;et un je-ne-sais-quoi dans leur dureté et leur nombre qui, d’entrée, faisait sentir la main pesante du franquisme.&lt;br /&gt;On s’était arrêtés pour changer de l’argent. Premières conversions des prix en pesetas. On regardait avec étonnement ces pièces étranges dont certaines étaient trouées et ces billets en mauvais papier… On lisait les inscriptions : « Ça ressemble quand même un peu au français avec des « a » à la fin, on se débrouillera… ».&lt;br /&gt;Lucien et Gilberte, qui avait son permis, se relayaient au volant tous les deux cents kilomètres. On arriva tellement tard dans la nuit que le camping était fermé et, comme d’autres, on prit la queue devant la barrière close. Puis on s’entassa comme on put à cinq dans la caravane pour quelques très courtes heures de sommeil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, aux premières heures, on prit possession des lieux. On déplia l’auvent de la caravane, on planta les tentes des jeunes et fit la connaissance des voisins, presque tous français. On régla quelques problèmes d’intendance et on se précipita à la plage mettre à cuire au soleil les corps fatigués .&lt;br /&gt;Les parents sonnés par le voyage s’écroulaient sur le sable après avoir calé Mémé sous un parasol. Annie, toute à ses effets de bikini, (même que Lucien avait trouvé «qu’elle aurait pu, tout de même, se mettre quelque chose d’un peu plus grand qu’un confetti sur le cul, surtout en Espagne…» ) commença à observer les garçons, envisageant sérieusement de perdre son pucelage à l’occasion de ces premières vacances exotiques.&lt;br /&gt;Le Jojo, nullement fatigué, passait son temps à hurler, à asperger d’eau et de sable sa sœur et les parents jusqu’au moment où il se fit engueuler en version originale par un étranger énorme, rouge comme un incendie, d’une nationalité que l’on ne sut déterminer précisément sur l’instant. Tellement il était baraqué, que même Lucien, qui n’avait pourtant rien d’un avorton, décida de laisser passer l’affront fait à la France et rapatria Jojo à coups de pieds aux fesses dans le giron familial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Annie ne mit pas plus de deux jours à parvenir à ses fins dans les bras d’un voisin français, « étudiant en psychologie ». Dilettante à la poitrine creuse mais beau parleur, il réussit à l’entraîner nuitamment dans son étroite tente canadienne sans avoir besoin d'insister au-delà du strict minimum établi par les convenances.&lt;br /&gt;Mais le jeune homme en question, tout mal fichu qu’il était, n’en était pas à son coup d’essai. Et s’il n’était pas une flèche dans ses études, en revanche, faisait preuve pour la chose d’un incontestable talent qui mit «la grande» dans des états dont elle ne soupçonnait nullement l’existence. Les confidences des copines qui avaient déjà vu le loup n’avaient été, en effet, que modérément enthousiastes. Aussi, devant cette révélation inattendue, devint-elle très assidue à la fréquentation nocturne et clandestine de son infatigable amoureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jojo, lui, s’acoquina avec une bande de garnements tout aussi plurinationale qu’insupportable qui passait son temps à commettre des coups pendables à l’intérieur du camping. Au début ils se contentèrent de bêtises assez innocentes comme arroser au tuyau ceux qui faisaient la vaisselle dans les sanitaires ou cacher les vêtements des femmes qui prenaient leur douche. Mais le hasard voulut qu’à l’occasion d’une de leurs espiègleries ils tombent sur le géant auquel Jojo avait déjà eu affaire à la plage, et contre lequel le gamin avait gardé une rancune tenace en souvenir des coups de pieds aux fesses qu’il avait pris par son père à cause de lui. L’homme en question, un Finlandais dont la peau avait viré à l’écarlate sous l’effet du soleil, qui était là en vacances avec sa femme et ses deux gosses aux cheveux tellement blonds qu’il étaient blancs, devint leur souffre-douleur.&lt;br /&gt;Une fois, ils déposèrent des étrons devant sa tente, une autre, en défirent les sardines pendant la sieste si bien qu’elle s’écroula sur ses occupants. Plus grave, ils y mirent un jour le feu et ce fut miracle s’il n’y eut pas un accident sérieux. La direction du camping  s'en mêla, intima l’ordre aux parents de tenir leurs gosses sous peine d’expulsion, des taloches en toutes les langues furent distribuées et le calme revint quelques temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vaille que vaille toute la famille prit donc ses habitudes vacancières au camping de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Siesta&lt;/span&gt; : Mémé se levait la première et trottinait en robe de chambre jusqu’à la réception pour y chercher des croissants espagnols énormes et caoutchouteux. Elle préparait le café, ce qui réveillait généralement Lucien et Gilberte. Jojo, tout ébouriffé, surgissait rapidement ensuite.&lt;br /&gt;La demoiselle (enfin, l’ex- ) n’émergeait que vers midi avec des cernes sous les yeux alors qu’on revenait déjà une première fois de la plage. « Je trouve qu'elle a une allure de papier mâché », disait la mère, pendant que Mémé souriait en douce : comme toutes les personnes âgées, elle avait le sommeil très léger et savait parfaitement à quoi s’en tenir au sujet de la mine de sa petite-fille.&lt;br /&gt;Tous les soirs s’organisaient des transhumances apéritives, les invitations se lançaient, se rendaient et se relançaient.&lt;br /&gt;Les parties de pétanque démarraient immédiatement après le repas, une fois terminées les négociations sur les tours de vaisselle. On refaisait ensuite le monde et on arrosait les victoires jusque tard dans la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais un matin, au bout du neuvième jour, il arriva ceci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« — Papa, y’a Mémé qui est morte… »&lt;br /&gt;La dextre paternelle jaillit des profondeurs du couchage parental pour s’abattre en une gifle retentissante sur la nuque de Jojo en pyjama. C’est que des réveils comme ça, après les litres de sangria d’hier soir, eux-mêmes mouillés de pastis, fallait pas emmerder l’homme…&lt;br /&gt;— Mais c’est vrai ! reprit le gamin pleurant à moitié, Mémé elle bouge plus, elle respire plus !&lt;br /&gt;La mère réveillée à son tour se redressa mollement dans le lit :&lt;br /&gt;— Oh ça va, Jojo ! T’es pas drôle, quelle heure il est ?&lt;br /&gt;— Mais maman, je te jure, elle respire plus et elle est bizarre, j’ai peur…&lt;br /&gt;— Eh, t’entend ça, Lucien ? Va voir ! C’est ta mère après tout…&lt;br /&gt;Seul un grognement indistinct répondit à Gilberte.&lt;br /&gt;«Bon j’y vais. Reste là mon Jojo… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mère revint bouleversée :&lt;br /&gt;— Lucien, lève-toi. Je crois que c’est grave… Le petit a raison… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce fut un choc pour la famille. C’est que Mémé, elle était vieille mais en bonne santé apparemment… En plus, on l’aimait bien : toujours de bonne humeur, gentille, adorant ses petits-enfants.&lt;br /&gt;On alla réveiller la grande qui, la première, fondit en larmes. Larmes qui se communiquèrent à tout le monde durant de longues minutes. On restait là à renifler et à aller voir de temps à autres si, dès fois, la Mémé elle ne s’était pas juste endormie très profondément…&lt;br /&gt;Au bout d’un moment Gilberte revint sur terre :&lt;br /&gt;— Je vais à la réception pour savoir ce qu’il faut faire. On n’a même pas appelé un médecin, dit-elle en se remettant à pleurer.&lt;br /&gt;— Chuuut, Gilberte, on va t’entendre. Attends. Reste-là, faut réfléchir…&lt;br /&gt;— Mais…&lt;br /&gt;— Reste-là, je te dis ! Les enfants, retournez dans vos tentes, il faut que je cause à votre mère !&lt;br /&gt;Annie, cette fois prit Jojo avec elle dans sa tente pour tenter de le calmer.&lt;br /&gt;— Gigi, faut qu’on rentre immédiatement à Billancourt, dit Lucien…&lt;br /&gt;— Mais, ta mère ?&lt;br /&gt;— Ben justement : tu imagines les emmerdements si on déclare son décès en Espagne ? Si ça se trouve ils exigeront qu’elle soit enterrée ici. Et comment on va faire pour venir la voir à la Toussaint ?&lt;br /&gt;Gilberte se remit à pleurer de plus belle.&lt;br /&gt;— Allons, allons, calme-toi. Bois un coup, dit-il en lui versant un verre de pastis pur. Et en supposant même qu’ils acceptent que le corps soit rapatrié en France, tu as une idée de ce que ça va coûter ?&lt;br /&gt;— Ils vont peut-être nous soupçonner de l’avoir assassinée ?…&lt;br /&gt;— Ben ouais, on peut rester bloqués ici des années… Avec ce qu’on raconte sur les prisons de Franco… Faut réfléchir…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils réfléchirent tellement qu’ils arrivèrent à la conclusion que le seul moyen était de cacher Mémé à l’intérieur de la caravane, de partir immédiatement et de passer la frontière de nuit en priant le bon Dieu pour qu’on ne découvre pas le macabre transport. On espérait une présence policière plus faible et un trafic fluide. Une fois en France, on rentrerait dare-dare à Billancourt, on s’arrangerait pour arriver la nuit et on transporterait en cachette le cadavre dans son lit. Puis on déclarerait le décès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ni Lucien ni Gilberte n’avaient la moindre idée des rigidités cadavériques et des procédés dont dispose la science pour déterminer la date d’un décès, mais ils croyaient que leur plan pourrait marcher. De toute manière ils n’en voyaient aucun autre possible.&lt;br /&gt;Restaient les gosses. Et puis les voisins de camping. Faudrait trouver une excuse. Et pourquoi pas, justement un décès dans la famille ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On briffa les enfants. Jojo était trop bouleversé pour protester, mais la grande, passée la première émotion, la trouva mauvaise. Elle avait pris goût au radada avec son étudiant et, obligée de suspendre comme ça, en plein vol, son éducation à la chose, ça lui mettait comme des regrets, des sentiments d'inachevé…&lt;br /&gt;Gilberte fut chargée de répandre l’excuse du deuil familial qu’on aurait appris tôt ce matin en téléphonant en France depuis une cabine. Bobard qu’elle servit aussi bien à la réception qu’aux voisins, pendant que le reste de la famille pliait frénétiquement les tentes et le matériel de camping.&lt;br /&gt;On parvint à prendre la route vers midi. On avait laissé Mémé dans son lit sous ses draps en recouvrant de linge et de vêtements divers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu avant minuit, au bout de près de 700 kilomètres de routes espagnoles à peine carrossables, la tension à l’intérieur de la voiture familiale devint maximale. Il avait été d’abord décidé que ce serait Gilberte qui conduirait pour passer la douane, mais au fur et à mesure que l’on se rapprochait, sa nervosité augmentait au point que Lucien dut prendre le volant ,mais lui-même finit par ne pas en mener large. Si Annie, partagée entre la tristesse et des rêveries inavouables se tenait à peu près correctement, en revanche Jojo qui s’était réveillé après un long somme devenait de plus en plus hystérique, pleurant et hurlant, ce qui augmentait encore le stress des parents.&lt;br /&gt;Fort opportunément, à la sortie d’un virage, la vue du poste-frontière de la Junquera et de la file de véhicules qui attendaient leur tour lui coupa littéralement la chique, il en oublia pratiquement de respirer. Un silence épais s’installa dans la 403.&lt;br /&gt;Le douanier fit arrêter la voiture, réclama les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;documentos &lt;/span&gt;du véhicule et les pièces d’identités, jeta un regard soupçonneux sur les occupants et fit ouvrir la caravane ; d’un coup de torche rapide et circulaire il vérifia qu’elle était vide de toute présence humaine, rendit les papiers aux occupants tétanisés dans la voiture et fit signe de rouler.&lt;br /&gt;La douane française fut plus rapide encore : n’ayant « rien à déclarer » ils passèrent sans incident.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin les nerfs purent se relâcher. On reprit le voyage sur de vraies routes françaises et on se mit en quête d’un café ouvert pour se remettre de ses émotions.&lt;br /&gt;À la pique du jour on trouva un « routier » qui ne fermait jamais. On gara la voiture et sa caravane sur le parking.&lt;br /&gt;Gilberte, Lucien, Annie et Jojo pénétrèrent dans l’établissement. Le moral était déjà meilleur. Encore une dizaine d’heures de route et on serait presque tirés d’affaire. On pourrait s’occuper de faire son deuil, enterrer Mémé, enfin, tout ce qui est normal en ces cas-là…&lt;br /&gt;Un petit déjeuner ordinaire s’avérant insuffisant, on commanda des croque-monsieur, des œufs, de la nourriture solide. Gilberte qui devait prendre le volant avala deux cafés serrés supplémentaires. Jojo revint doucement à la vie devant une portion de frites, Lucien s'accorda quelques verres de blanc en sus de son omelette et la grande réclama un deuxième sandwich saucisson-beurre.&lt;br /&gt;C’est donc tout ragaillardis que les membres encore vivants de la famille sortirent du café-restaurant « Au routier qui veille », sur la nationale 9, en ce petit matin déjà très doux du 10 août 1961.&lt;br /&gt;Après quelques dizaines de pas en direction de leur attelage, ils s’arrêtèrent incrédules, bouches bées, immobiles, serrés les uns contre les autres devant le spectacle incroyable de leur 403 amputée de sa caravane qui venait visiblement d’être volée.&lt;br /&gt;Cela dura quelques longues minutes et c’est Jojo qui finit par dire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Mais… et Mémé ? »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Frederic Spassky.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-7359355421843742023?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/7359355421843742023/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/et-meme.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7359355421843742023'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7359355421843742023'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/et-meme.html' title='Et Mémé ? (F. Spassky)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/StY1h0MIDKI/AAAAAAAAAOQ/45VKggm6OOE/s72-c/camping2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-755604184640197217</id><published>2009-10-05T22:05:00.000+01:00</published><updated>2009-10-05T22:09:47.386+01:00</updated><title type='text'>Une femme en Auguste  (Th. Bonnetat)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SspgObdtm3I/AAAAAAAAANg/RFwmtohH6nQ/s1600-h/PhotoClown.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 173px; height: 350px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SspgObdtm3I/AAAAAAAAANg/RFwmtohH6nQ/s400/PhotoClown.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5389225705109035890" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Sur la piste du cirque, rien ne pourrait transparaître, rien ne transparaissait jamais.&lt;br /&gt;Tout est jonglerie sous le chapiteau.&lt;br /&gt;On est ailleurs, dans le cercle, un peu avec soi, un peu autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'en ai parlé longuement avec Marie, l'écuyère romantique, celle qui portait le tutu pour la Sylphide.&lt;br /&gt;Elle était cette jeune fille légère dans des éclats de tulle. Dans un glissement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui ai dit que je serais là, à l'ouverture du Grand Métropole, et en 1906, aucun spectateur, aucune spectatrice ne pourrait le deviner.&lt;br /&gt;Au nez de tous et à la barbe du clown Boum-Boum, je lui donnerais la réplique. Au grand Boum-Boum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;ON a longtemps voulu que celui qui fasse rire soit un ancien écuyer, un acrobate usé, usé.&lt;br /&gt;Un homme quoiqu'il en soit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfant de la balle, j'ai sillonné avec eux, la route, de place en place, et n'ai cessé de coudre et recoudre la toile des tissus, d'agencer les patchworks d'étoffes.&lt;br /&gt;Dans les coulisses, je regarde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je rêve de rentrer dans le rond du cirque, de me glisser dans des plis trop vastes, cachée .&lt;br /&gt;De blanc, rouge et noir.&lt;br /&gt;Une farce, une vraie farce d'étranges oripeaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes costumes pour la parade, choisis parce que trop courts, le veston et le pantalon d'abord, puis un costume tout noir avec l'étrange petit chapeau de Mrs Dalloz et un maillot vert acide avec des broderies, des fleurs mauves, jaunes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rouge pour les lèvres de sang.&lt;br /&gt;Noir pour les sourcils de charbon.&lt;br /&gt;Je serai là, en équilibre , accoutrée de vêtements d'hommes et parée d'un corset de dentelle.&lt;br /&gt;De dessous féminins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au frémissement des cymbales: mon corps masqué, balourd et agile, le visage blanc de la pureté, rouge du sang et noir du deuil. Je jouerai des mimiques interdites, la voix dans les aigus, un son de crécelle.&lt;br /&gt;Dans la lumière, un essaim de rires, une ruche dont je serai, grimée, la première Reine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est mon tour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;                                                                          Thérèse Bonnétat&lt;br /&gt;                                                                       - le 23 Novembre 2006 -&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Photo : Laetitia Gavini.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-755604184640197217?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/755604184640197217/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/une-femme-en-auguste-th-bonnetat.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/755604184640197217'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/755604184640197217'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/10/une-femme-en-auguste-th-bonnetat.html' title='Une femme en Auguste  (Th. Bonnetat)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SspgObdtm3I/AAAAAAAAANg/RFwmtohH6nQ/s72-c/PhotoClown.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-5584023463745092263</id><published>2009-09-10T21:51:00.000+01:00</published><updated>2009-10-05T22:15:50.827+01:00</updated><title type='text'>Nationale 7 (Sandro)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Ssph6HcSCgI/AAAAAAAAANw/6m_E4Zyovio/s1600-h/Aronde-N7.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 307px; height: 248px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Ssph6HcSCgI/AAAAAAAAANw/6m_E4Zyovio/s400/Aronde-N7.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5389227555160197634" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Voyage à quatre roues au bout de notre mémoire collective. Petite chronique politiquement incorrecte sur le temps qui passe.&lt;/span&gt;                &lt;p&gt;L’autre jour, vaguement agacé par les pluies et tempêtes incessantes sur le plat pays, je décidais d’honorer l’invitation d’un vieux copain de lycée à passer quelques jours dans sa vieille bastide du Lubéron. C’est-à-dire regarder le soleil descendre derrière les cyprès, en faisant tinter le glaçon dans le verre de rosé frais, tant qu’il y a des soleils couchant, des cyprès et du rosé en vente libre.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Peu enclin à supporter six heures durant un voisin catarrheux ou pétomane, je décidais de snober les flèches bleu argenté de la SNCF, comme les carlingues orangées des low-cost qui tentent de refaire une virginité au transport aérien. Pas envie de me retrouver à Roissy au lieu de Bruxelles pour cause de brouillard persistant, pas preneur de la voix suave et sensuelle qui vous susurre, sur le quai de gare, qu’"en raison d’une grève surprise de certaines catégories de personnels", votre TGV n’ira pas plus loin que Le Creusot.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Mauvais citoyen, je décidais donc de prendre ma belle berline à 8 Air Bag et 5 étoiles au test EuroNcap. Berline allemande, qui plus est, mais puisque les Allemands achètent nos maisons dans le Lubéron, pourquoi n’achèterions-nous pas leurs autos ?&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Au début, ça allait.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt; Je glissais silencieusement sur l’autoroute, avec un vieux Bruce Springsteen en sourdine. J’étais prudent. Déjà semi-ruiné par un trader fou qui s’en était pris à mes noisettes péniblement épargnées chez l’écureuil, je décidais de ne pas aggraver mon cas avec les cabines des radars. Au début, je les prenais pour des frigos. Mais, à y regarder de plus près, c’étaient plutôt des Photomaton, des bandits manchots directement reliés à Bercy par réseau numérique, et qui vous débitaient votre compte et votre permis rose en moins de temps qu’il n’en faut à l’éjaculateur précoce pour prendre congé de Laetitia Casta.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Les autres aussi, roulaient doucement. Calés au régulateur de vitesse dans leurs monospaces, ils sirotaient un soda en téléphonant à leur belle-mère, pendant que les enfants regardaient des jeux vidéo dans les appuie-tête. Bref, tout le monde dormait et zigzaguait, mais à vitesse légale...&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;J’allais moi-même m’assoupir, quand, sur le morne plateau de Langres, un bolide japonais de la maréchaussée, tous gyrophares dehors, me doubla à un bon 220 au compteur, à la poursuite d’on ne sait quoi. Sans doute d’un vautour ou d’un de ces plans Epervier qui n’ont jamais arrêté personne.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Le coin m’a paru malsain : j’ai aussitôt décidé de quitter l’autoroute pour prendre la Nationale 7. Ah, la Nationale 7... Toute une époque, mon bon Monsieur ! DS, R8 Gordini, vieilles publicités peintes pour Byrr ou Avia, dont la rouille coulait sur les murs des maisons.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Trenet, Montand.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Tout émoustillé, je mettais la radio. Alain Bashung &lt;a href="http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/parodie/article/nationale-7-35418#_edn1" name="_ednref1"&gt;&lt;span&gt;[i]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;  priait Joséphine d’oser :&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;&lt;/p&gt;"A l’arrière des dauphines&lt;br /&gt;Je suis le roi des scélérats&lt;br /&gt;A qui sourit la vie.&lt;br /&gt;Marcher sur l’eau&lt;br /&gt;Eviter les péages&lt;br /&gt;Jamais souffrir&lt;br /&gt;Juste faire hennir&lt;br /&gt;Les chevaux du plaisir".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça me convenait, comme programme.  Mais j’ai vite déchanté.&lt;p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Alors que je veillais scrupuleusement à ne pas indisposer nos valeureux pandores, comme la dame de TF1 me l’avait bien recommandé la veille (donc roulant à 90 km/h), un monstre noir et chromes de 38 tonnes, qui filait un bon 110, me fit comprendre que je gênais. Tous phares allumés et corne de brume hurlante, il me collait le train, pressé de livrer des poulets de Bresse au Portugal. D’un rétrogradage nerveux et dans le sifflement du turbo, je semais aussitôt l’importun.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;&lt;em&gt;Vae victis !&lt;/em&gt; Couchés dans la luzerne sous un filet de camouflage, noir de fumée aux pommettes, les valeureux étaient là, avec force jumelles infrarouges ! Depuis que la ligne Maginot est paisible, qu’il n’y a plus d’Irlandais à Vincennes ni de paillotes à brûler, la nouvelle cible est à présent le père de famille tentant d’échapper à &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Duel&lt;/em&gt; réunis.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;200 euros et 3 points plus tard, je repartais. Entre-temps, le livreur de poulets avait dépassé sans encombre la volaille, les obligeant même à tenir leur couvre-chef contre le vent mauvais du camion.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Vers Dijon, j’ai vu au loin quelque chose qui ressemblait tellement à un barrage que c’en était un. Ce n’était pas un accident, mais une manifestation anti-OGM. Des alter-mondialistes échangeaient vivement des épis de maïs pourris avec des Gardes Mobiles qui répliquaient aux lacrymogènes. Le cocktail m’a paru hautement cancérigène, aussi j’ai relevé la vitre, mis la première et suis parti.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Avant Villefranche, mon chameau avait soif . Fini le pompiste en combinaison bleue maculée, la clé de 12 sortant de la poche, qui vous demandait nonchalamment : "vous en voulez pour combien ?". Non, rien de tout cela. Tout est automatique. Depuis que le Super 98 est au prix du beaujolais, les pétroliers affichent le prix partout dans la station, pas peu fiers de montrer l’étendue de leur escroquerie. Pour faire couler le plaisir d’essence, c’est comme avec ces dames du bitume, faut payer d’abord. Carte Bleue, sinon rien. Encore faut-il masquer le code du clavier avec la main, car des sauvageons y mettent des caméras pour faire une petite sœur à votre carte Visa.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Vers Valence, il m’a fallu enjamber une douzaine de gendarmes couchés et franchir dix ronds-points au milieu des steppes. On voyait les traces de freinage de ceux qui ont compris trop tard que, pour les ingénieurs de la DDE, le meilleur moyen d’aller tout droit, c’est de tourner en rond.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;A Gordes, un panneau "30" m’indiquais que j’arrivais à moins d’un kilomètre d’une école, fermée du reste en cette période de congés scolaires. Bien sûr, la maréchaussée était là, cachée dans une cabine téléphonique, jumelles infrarouges en bandoulière. Je ne leur ai pas fait ce plaisir.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;D’ailleurs, j’étais presque arrivé. Il ne me restait plus qu’à dérouler les lacets au milieu des cyprès et des champs de lavande.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Jeff, mon ami, m’attendais sur la terrasse de sa bastide vaguement délabrée, comme lui. Il avait disposé quelques chaises en teck, du rosé frais et sorti sa boîte à cigares, celle qu’on sort pour les amis avec qui on se comprend à demi-mot.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Nous étions là, à regarder le soir tomber en parlant du temps qui passe et de quelques-uns qui ne sont plus là pour voir cela, quand soudain, je tressaillis.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Au bout du champ, en lisière de la ferme voisine, il y avait une vieille 404 abandonnée sur cales, qui servait de poulailler. Devant Jeff stupéfait, je me suis levé et j’ai marché droit sur elle. J’ai enjambé ronces et orties, caressé la carrosserie poussiéreuse, outragée par la rouille. Je me suis laissé tomber sur la banquette défoncée, j’ai touché le grand volant de bakélite et son klaxon à cerceau chromé. Tout m’est revenu en pleine tête, comme une madeleine fulgurante. Pourtant, j’avais de l’argent aux tempes, je n’étais plus un gamin : j’avais fait du chemin et le tour de pas mal de choses.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Mais là, ils me sont revenus, les voyages. Les voyages Paris/Grenoble avec mon père dans la Simca 1501, les nids de poule qu’on évite d’un geste souple, comme un vieux Cap-Hornier. Les camionnettes borgnes ou sans phare du tout qu’on doublait d’un coup de klaxon italien rageur...&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;Alors, oui, j’ai mis le bras à la portière et j’ai enclenché la première dans un claquement sec.&lt;/p&gt;  &lt;p&gt;J’étais prêt à reprendre la Nationale 7.&lt;/p&gt;  &lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;hr width="33%" align="left"&gt;     &lt;div id="edn1"&gt; &lt;p&gt;&lt;a href="http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/parodie/article/nationale-7-35418#_ednref1" name="_edn1"&gt;&lt;span lang="FR"&gt;&lt;span lang="FR"&gt;[i]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span lang="FR"&gt; &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Osez, Joséphine&lt;/em&gt;. Alain Bashung/Jean Fauque. 1992. Barclay.&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;   &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-5584023463745092263?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/5584023463745092263/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/nationale-7-sandro_10.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5584023463745092263'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/5584023463745092263'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/nationale-7-sandro_10.html' title='Nationale 7 (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Ssph6HcSCgI/AAAAAAAAANw/6m_E4Zyovio/s72-c/Aronde-N7.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-3288667131618453971</id><published>2009-09-10T13:37:00.000+01:00</published><updated>2009-09-10T13:44:21.046+01:00</updated><title type='text'>La Nouvelle (Th. Bonnetat)</title><content type='html'>&lt;blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sqj0Plr6YAI/AAAAAAAAAMw/uiTfU-9SuP4/s1600-h/La+petite+fille+aux+feuilles+mortes+1947.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 236px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sqj0Plr6YAI/AAAAAAAAAMw/uiTfU-9SuP4/s320/La+petite+fille+aux+feuilles+mortes+1947.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5379818303545565186" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Photo Edouard Boubat (petite fille aux feuilles mortes 1947)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;  &lt;blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;J'ai huit ans et demi.&lt;br /&gt;Tous les Lundis matin, je franchis la grille verte de la grande maison fermée.&lt;br /&gt;Chaque semaine, c'est pareil ; la 4 C.V  du fermier  me dépose devant l'école de Beaugency.&lt;br /&gt;Lui, il fait le ravitaillement, après.&lt;br /&gt;Toujours le même voyage : prendre la petite route longée de peupliers, traverser la Loire.&lt;br /&gt;Par la vitre souvent grise, je vois défiler les taches de vert et de marron brouillé...de plus en plus vite.&lt;br /&gt;Parfois j'ai un peu mal au coeur parce que Lucien accélère à cause de l'heure.&lt;br /&gt;Maman dit qu'il est toujours en retard.&lt;br /&gt;Elle ne peut pas savoir, elle dort tout le temps au fond de son lit&lt;br /&gt;Elle n'ouvre plus les volets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   C'est huit heures quand on arrive. Toujours à l'heure. Ils sont tous là : les parents des autres filles, sagement et joliment groupés sur le perron.&lt;br /&gt;Je voudrais que personne ne l'entende avec sa grosse voix quand il me dit "Descends, Princesse"et qu’il ouvre la porte du carrosse rouillé.&lt;br /&gt;Chaque Lundi, j'ai honte à cause des bottes de Lucien qui sentent l'odeur de foin et de fumier. Il prend son air d'ouvrier agricole. Il fait rire dans son dos.&lt;br /&gt;Elles sont toujours pimpantes les mamans avec leurs cheveux permanentés et le rose baiser qu'elles déposent sur les joues.&lt;br /&gt;Elles se ressemblent toutes comme les jolies photos d'un magazine.&lt;br /&gt;Avant, elles m'invitaient le Mercredi après-midi et elles m'embrassaient aussi.&lt;br /&gt;Maintenant, je leur prête pas trop attention. Je monte les marches. Dans la cour, je vais m'asseoir toute seule sur mon banc, compter les fourmis en attendant.&lt;br /&gt;Elles font un trajet au pas pressé de gauche à droite et de droite à gauche. Précis. Sur leurs si minuscules petites pattes. Je les écrase avec mon poing serré.&lt;br /&gt;Avant de rentrer en classe, assise, je regarde en silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Sous le porche de la façade, inscrit ECOLE DE FILLES en grand.&lt;br /&gt;Tout commence en beauté et dans l'ordre : les tenues et les coiffures défilent.&lt;br /&gt;Quel que soit le vent, il m’arrive plein de détails, une nuée de fils colorés, des étoffes volatiles, je cherche les mots pour les rubans, les couleurs...on dirait des papillons qui se rapprochent dans la lumière, qui parlent, qui rient. On dirait une danse.&lt;br /&gt;Lorsqu'il pleut, je vais sous le préau. Dans le bruissement sur le toit, on entend les Toc tic Tac des flaques et tous ces légers bruits qui volent. Des petites paroles aigues qui montent. Elles partent d'un coin, se promènent d'un bout à l'autre et reviennent. Laissent peu de blanc dans l'air.&lt;br /&gt;De l'autre côté du mur, c'est écrit ECOLE DE GARCONS. J’entends comme des hurlements de bêtes dans l’enclos, des cris et des bagarres, un monde brutal et parfois le ballon franchit la terrible frontière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Depuis deux semaines, quelque chose a changé.&lt;br /&gt;Le matin, la nouvelle vient s'asseoir sur mon banc avec ses habits un peu fripés, sa peau brunâtre, ses cheveux mêlés, ses sacs de bonbons et des drôles de balles découpées en quartiers d'orange aux mille couleurs.&lt;br /&gt;La première fois, j'ai cru que c'était un garçon de la cour d’à côté. Un évadé. Ebouriffé, il débarquait au pays ouaté de la marelle et de l'élastique.&lt;br /&gt;Aujourd'hui, je la regarde à la loupe. Soudain, elle est si près. Cette petite fille qui doit faire les saisons.&lt;br /&gt;J'en  ai déjà vu à la ferme de Lucien.&lt;br /&gt;Des pas débarbouillés.&lt;br /&gt;Ils arrivent en grappes pour les vendanges ou les blés.&lt;br /&gt;Ceux qui viennent avec la lune ou le soleil. Et leurs drôles de manières.&lt;br /&gt;On ne se parle pas beaucoup, je ne sais pas quoi lui dire. Je tiens tout derrière mes grands carreaux, mes lunettes de myopie. Elle est toujours souriante malgré ses sales chaussures pas bien brossées…et le reste...son cartable pas fermé. Maman dirait une débraillée. Une dans tous les sens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Un jour, je sors un livre pour voir.&lt;br /&gt;Est-ce qu'elle sait lire ?? Elle a peut-être au moins neuf ans.&lt;br /&gt;Elle est pas encore allée au tableau.&lt;br /&gt;Je me raconte plein d'histoires ; celle-là est-ce qu'elle la connaît?&lt;br /&gt;Je pense à l'histoire de l'hurluberlu. Celle du jardinier de la grande serre qui était si distrait que les plantes s’étaient mises à passer par les fenêtres, à l'enfermer dans leurs grosses racines, à le dévorer.&lt;br /&gt;Je reprends le début d'une phrase qui tourne en rond.  " Tu connais l'his...?"&lt;br /&gt;Mais ça fait une pelote.&lt;br /&gt;Je n'y arrive pas. Pas de son. Rien ne sort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien ne sort. Toute emmêlée, je suis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme en classe, quand Madame LOSTIS me parle.&lt;br /&gt;Elle répète " Tu as bien entendu ? " Et je ne peux pas répondre.&lt;br /&gt;J'ai peur et j'ai froid.&lt;br /&gt;Le pire est arrivé,  la culotte, les jambes, les chaussettes mouillées et la robe tachée.&lt;br /&gt;Au sol, une rigole étoilée grandissant de plus en plus vite. De plus en plus large.&lt;br /&gt;Il ne faut pas que cela recommence. Il ne faut pas.&lt;br /&gt;J'avais ma honte.&lt;br /&gt;J'ai vu le visage de la nouvelle se tourner vers moi. Je me suis demandée si elle savait déjà tout ça.&lt;br /&gt;Les autres filles ont dû lui dire que j'étais collante, pas si propre.&lt;br /&gt;L'air de rien, elle a regardé, puis a dit " Tu as mis une jolie robe, ce matin."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Ce matin, à la récré, elle a jonglé avec les balles, m'a appris des choses de magie et de sorcières, m'a raconté des histoires à dormir debout.&lt;br /&gt;J'avais envie de lui toucher les cheveux juste pour voir s'ils étaient de crin.&lt;br /&gt;Mais je ne voulais pas qu'elle se mette à traverser la cour au galop, à ruer dans les jupes des maîtresses.&lt;br /&gt;Je voulais la garder près de moi, sur le coin de mon banc, presque docile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La sonnerie a retenti, comme le sifflet de Lucien après les bêtes égarées.&lt;br /&gt;On est rentrées, en rangs serrés.&lt;br /&gt;J'ai mis ma blouse à fines rayures bleues. C'est la semaine de la blouse bleue.&lt;br /&gt;J'ai ouvert le col pour qu'on devine enfin toutes les couleurs de ma robe volantée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;               &lt;br /&gt;- Le 23 Janvier 2006 - Thérèse Bonnétat&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-3288667131618453971?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/3288667131618453971/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/la-nouvelle-th-bonnetat.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3288667131618453971'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/3288667131618453971'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/la-nouvelle-th-bonnetat.html' title='La Nouvelle (Th. Bonnetat)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sqj0Plr6YAI/AAAAAAAAAMw/uiTfU-9SuP4/s72-c/La+petite+fille+aux+feuilles+mortes+1947.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-7126465503502214666</id><published>2009-09-01T17:01:00.001+01:00</published><updated>2010-03-05T08:17:07.708Z</updated><title type='text'>Traces de farine ( D. Furtif )</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sp1eRCPqDTI/AAAAAAAAALI/s4u04uvfH58/s1600-h/globule.jpg" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}"&gt;&lt;img alt="" border="0" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5376557176903568690" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sp1eRCPqDTI/AAAAAAAAALI/s4u04uvfH58/s200/globule.jpg" style="cursor: pointer; float: left; height: 200px; margin: 0pt 10px 10px 0pt; width: 152px;" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;C’était pareil à chaque fois, enfin comme à l’autre fois. Ils étaient là et il ne les avait pas entendus venir. Alignés au pied du lit, en éventail de la porte de la chambre contigüe à la grande glace de l’armoire.&lt;br /&gt;Comme Globule s’était réveillé instantanément il ne pouvait pas savoir si c’était à cause d’eux.&lt;br /&gt;Il se réveillait toujours ainsi. En un instant, du profond de sa fièvre à la plus éveillée des consciences. Il ne s’en étonnait pas, sa chute dans le sommeil prenait toujours l’exact chemin inverse. En un instant il passait de l’un à l’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que faisaient-ils là, couverts de sueur avec leurs bérets à la main et leurs chapeaux de paille ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M’enfin ! C’est bien sûr ! J’ai encore saigné du nez et, comme l’autre fois, je me retrouve dans le lit des parents et, comme l’autre fois, le village le sait et ils sont là, presque tous, avec leur regard différent…&lt;br /&gt;Ils se retiennent et ça se voit. Quand je tombe d’un arbre ou de l’échelle ils m’engueulent, et là !... Ils ne peuvent pas me sentir, je le sais. Ils n’aiment pas mes parents non plus ; tout petit je le sais. Nous ne sommes pas paysans, pas vignerons et nous n’en recevons que du mépris. Dans le village je cours torse nu l’été et les vieilles tancent ma mère : « Tu va lui brûler les poumons » ! Ma langue bien pendue et le métier d’artisan de mon père – nous ne sommes pas comme eux. Quelle prétention ! Quelle faute…&lt;br /&gt;Alors que font-ils là sinon se réjouir, déguisés dans une compassion qui leur va mal, comme des habits empruntés ? Leur silence inhabituel scandé par des hochements de tête, des mines, des poses, des dos voûtés comme à la messe. Ç'est Reine, la bavarde, qui leur sauve la mise. Je ne me rappelle plus ce qu’elle disait mais… avoir le sentiment à moins de quatre ans que sa propre mère cause tout le temps pour causer, qu’elle ne dit rien sauf parler, toujours, sans jamais s’arrêter… Avoir le sentiment que ce saignement de nez se répète si loin, jusqu’aux  racines cachées de la mémoire effacée du tout petit Globule, comme dit Papa. Avoir la conviction d’une sourde rancœur de la part de sa propre mère, drôle de bagage pour une vie en partance… Un enfant trop maigre, tellement maigre que l’ado puis l’adulte gardera plus tard ce grignotage compulsif, pour lui plaire enfin. Cet enfant toujours malade, aux fièvres foudroyantes qui le faisaient délirer tout haut, même éveillé parfois. Cet enfant-nourrisson dont le médecin avait eu la riche idée de réconforter les parents en leur disant :&lt;br /&gt;« Vous êtes jeune, vous en aurez d’autres ». Bien sûr, dès qu’il avait su parler, il avait su l’entendre.&lt;br /&gt;Dans les champs, à table, en famille, seul sur son vélo, au moindre choc ou simplement par temps chaud en dormant la nuit, il saignait du nez. Il saignait sans s’arrêter. Et chacun y allait de sa recette  et de son truc : la clef dans le dos, le linge humide sur le front, couché sur le dos, un bras en l’air. Mon père, sans conviction, bondissait jusqu’à son atelier et ramenait ce qu’il avait de plus froid et métallique. On me sortait du lit, me portait dans l’escalier de bois pour me coucher sur le carrelage de la cuisine.&lt;br /&gt;Quand je gargouillais, le sang inondant ma gorge,  mon père se décidait à employer les grands moyens. Je saignais depuis plus d’une heure, on aurait pu lui dire : « mais enfin pourquoi attendre autant ? ». Il n’osait pas, sachant que cette ultime défense, si elle échouait, me laisserait complètement démuni. Alors il retardait tant qu’il pouvait, pour garder l’espoir.&lt;br /&gt;Il parlait bien peu de sa jeunesse. Il aurait voulu être marin, partir à l’étranger, au Canada, en Allemagne. Reine l’avait cloué au sol balayant ses velléités. Il prétendait avoir fait de la boxe. De cette époque il avait ramené l’usage de l’hémostatique. J’ai dû garder de cette époque les narines dilatées à force de cotons imbibés que l’on m’y enfonçait. Le sang coulant toujours, il refluait dans ma gorge et je toussais en faisant de grosses bulles. Plein de dévouement et d’invention, une seule solution : au lieu de seulement tremper le coton dans l’hémostatique mon père cassait une autre ampoule et  me la faisait boire. J’aimais bien ce moment-là car il s’occupait de moi. Comme ma tête bourdonnait, je n’entendais plus Reine. Je savais que c’était le seul moyen. Le saignement se prolongeant, épuisé, je m’endormais peu à peu… Le sang continuant à sourdre de mes narines. Et là, je les quittais, les laissant à leur angoisse. Mon père retournait à son établi et elle… Reine avait toujours un truc ou un machin à faire chez les voisins. Elle causait si bien qu’elle les ramenait avec elle comme à un office dont elle jouait les grands prêtres. Elle s’y gonflait d’importance et conjurait pour un temps son dépit de n’avoir donné naissance qu’à ce « moitié crevé ».&lt;br /&gt;Le lit de mes parents, mes petits vêtements d’enfant, les bureaux d’école, le papier des cahiers, tout dans mon souvenir est maculé de rouge. Les « Oh ! Tu saignes encore… » souvent accentués par des « Je t’avais dit de ne pas rester au soleil » exaspérés… Encore plus exaspérés quand ils étaient remplacés par les « Tu as encore saigné au lit ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en naquit pourtant des instants de grâce…&lt;br /&gt;Il arrivait souvent, enfin, assez souvent, je ne le compris que bien plus tard, selon l’heure du déclenchement de la crise, que ma mère apparaisse à mon réveil les mains et le tablier portant des traces de farine. Longtemps je crus qu’une faute inconnue provoquait l’absence des traces de farine. La culpabilité m’emportait alors dans son abîme, au fond du lit au fond de la chambre, avec le sommeil comme seul refuge.&lt;br /&gt;Mais quand la farine était là ! Le rituel magique se déroulait toujours pareil : on me couvrait chaudement, la brusquerie habituelle laissait la place aux enveloppements attentifs et doux. Et, magie, elle me prenait dans ses bras, me portait jusqu’au coin de la cheminée et là…&lt;br /&gt;Et là ça commençait : la farine, le beurre, les œufs elle roulait. Elle roulait la pâte sans se presser, elle roulait lentement car elle connaissait mon plaisir assez bizarre d’enfant. Des dents cariées m’empêchaient de savourer la tarte cuite. Ce que j’aimais c’était dérober des lichettes de pâte fraîche. Partage des tâches avec mon petit frère : à lui la tarte, à moi la pâte.&lt;br /&gt;Et ça durait, je ne m’en lassais pas. Elle roulait, le four de la cuisinière chauffait, la cheminée flambait, et le vent dehors…Et là elle se lançait : elle chantait. Pendant tout ce temps elle chantait. Qui n’a pas entendu chanter ma mère faisant des gâteaux ne sait pas ce qu’est la musique. Les roses blanches bien sûr, froufrou par son jupon la femme.&lt;br /&gt;« Dis, c’est quoi un&lt;span style="font-style: italic;"&gt; jupon&lt;/span&gt; ? » « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;De l’homme trouble l’âme&lt;/span&gt; !!!???&lt;br /&gt;Les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ave Maria&lt;/span&gt;, celui de Schubert et l’autre, de Gounod. Oh ! Gounod, dans cette sombre salle éclairée par l’unique lampe et les reflets des flammes… Elle s’en allait ailleurs et m’emmenait dans ma fièvre, là bas, loin avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entré en maternelle, les fréquentes visites du médecin n’y pouvant rien, il fallut se résoudre à aller à la  l’hôpital de Bordeaux. On m’y brûla les varices du nez. Souvenir d’une grande douleur ravivé par l’expérience renouvelée dix ans plus tard.&lt;br /&gt;Tous les enfants ont un refuge quand leurs parents excédés ont épuisé leur réserve de tendresse. Pourtant je n’ai pas le souvenir d’un seul câlin sur les genoux de ma grand-mère maternelle. Elle ne vivait pas très loin de chez nous mais, alors que mes cousines y étaient de longues et fréquentes  périodes, mon frère et moi n’y allions pas ou juste de très courts passages pour la saluer… Son visage, âgé à mes yeux, n’avait pas cet air si bon des vieilles gens quand elles regardent un enfant. J’ai gardé le souvenir d’une grande froideur. Elle était, m’avait-on dit, employant des mots que je ne connaissais pas, veuve de mon grand père puis divorcée d’un autre vieil homme. Je n’en avais connu aucun. Elle aurait pu venir souvent nous voir ou même vivre dans notre grande maison comme les grand-mères de mes copains. Il n’en fut jamais question. Chez mes cousins, pourtant, je la voyais souvent. Elle semblait s’entendre mieux avec sa fille ainée, ma tante Annie.&lt;br /&gt;Les autres enfants sont-ils aussi attentifs, comme ça, sans en avoir l’air ? Que j’entende toutes ces histoires leur était-il indifférent ?&lt;br /&gt;J’appris des bribes de la vie d’un grand père revenu malade de la guerre.&lt;br /&gt;« Quelle guerre maman ? »&lt;br /&gt;— Tu m’énerves !&lt;br /&gt;Cette guerre de&lt;span style="font-style: italic;"&gt; katorz&lt;/span&gt; avait donc eu lieu, avant celle qui avait suivi et dont mes parents parlaient toujours à la maison. « Dis maman, mon autre grand père il l’a faite aussi la guerre de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;kratorz&lt;/span&gt;? » La baffe tombait et je saignais du nez…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Globule apprit très vite à ne pas parler de l’autre grand-mère en présence de la première. Il renonça bien vite à questionner les dites grand-mères sur leur mari. On aurait dit qu’ils n’avaient jamais existé. L’imagination débordante de Globule ne leur reprocha donc jamais rien. Ils ne peuplèrent même pas son réservoir d’histoires inventées ; ils disparurent peu à peu sans que personne ne vienne graver leur souvenir dans sa mémoire. Pour Globule ils étaient morts. Morts avant, morts deux fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une vie de Globule plus tard, c’est à son crépuscule que la lumière se fit. Pas de trouvaille géniale, non, la simple juxtaposition des mots entendus ici ou ailleurs, ceux des témoins encore vivants, les mots des étrangers confrontés aux souvenirs d’un enfant à la sauce de sa vie d’adulte. Cette incroyable ratatouille de la mémoire, mélangeant les souvenirs des autres aux siens, chauffée au coin du feu de la rancœur. La rancœur, ce legs de la bavarde, il le cultiva malgré lui dans les premiers temps puis il s’y complut avec délice. Les échéances se jouant un peu de lui, un sentiment d’urgence l’envahit peu à peu. Par accès incontrôlés il y retournait.&lt;br /&gt;Globule n’eut pas à vieillir pour sentir qu’il n’était pas seul. Tout petit il s’inscrivait dans une liste que ces interrogations peuplaient de noms et d’évènements jusqu’aux profondeurs des souvenirs des voix éteintes. Très vite il sut qu’il avait deux  grands-pères. Et dans ce monde sans télé, sans radio, ce monde disparu où on parlait aux enfants, ces grands pères n’étaient pas invités à table, interdits de discours.&lt;br /&gt;Tous les enfants en avaient, les miens étaient absents même en paroles. Les bribes échappées à cette censure non dite disparaissaient dans les sables mouvants du quotidien. Elles auraient dû disparaître… Elles le seraient si mon obstination têtue et le manque de vigilance des adultes n’avaient permis la constitution des archives interdites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri, mon grand père maternel, avait laissé sa femme veuve mais pas inconsolée et sa fille Reine (la future bavarde) porteuse d’un souvenir filial fervent, malvenu dans le nouveau foyer de sa mère. Ce flot  d’amour contrarié fut reporté sur le fils du seul copain de son père. Elle réussit à s’en faire épouser.&lt;br /&gt;Un mariage au lendemain de cette guerre là, une grande bouffée d’espérance. Il n’y avait que des projets vainqueurs ; quel autre moyen d’oublier ses terreurs?&lt;br /&gt;Des terreurs il y en avait foule...  Des bien visqueuses et collantes qui vous empêchent de dormir. Une d’entre elles, était cette fichue guerre de – elle ne portait pas encore de nom – qu’elle traversa sans en être frappée. Privée d’amour elle s’en sentait des réserves immenses. Pourtant comme ces monstres dont on effraie les enfants pour leur éviter des accidents (la vieille du puits où il ne faut pas se pencher ou le ramponneau du grenier dans lequel il ne faut pas aller mêler son corps fragile aux outils coupants, aux fourches et aux échelles) la bête l’attendait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lubie d’enfant, ou adresse de sa mère Madie, la décision de ne pas boire de vin fut prise dès son tout jeune âge. Au sortir de la guerre de quatorze, dans un monde où trente ans plus tard les cantines scolaires pratiquaient encore le vin rouge comme un fondement laïc et républicain, l’affaire était énorme. Les étonnements outrés des proches ne manquèrent pas. Pour Madie, dont le père « n’avait jamais eu soif » comme il aimait à le répéter, cette conjuration de la malédiction était une aubaine qu’elle refusa de laisser passer. Les souvenirs de son père roulant dans la vinasse étaient toujours vivaces. La mémoire collective du village les entretiendra longtemps.&lt;br /&gt;De mères en filles, génération après génération, le destin intraitable veillait à leur  transmettre la tapisserie de la malédiction alcoolique. Que ses filles déchirent la trame, elle y trouvait une sourde satisfaction, une raison secrète d’espérer. Il n’empêche, dans cette région de monoculture viticole. Il y eut scandale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vie est une maladie mortelle, tout est dans les étapes. Une enfance souffreteuse, des maladies habituelles dans ce moyen âge des années vingt où la grippe espagnole en faucha tant. Il était hors de la compréhension de faire la différence entre le mal normal habituel des enfants et l’héréditaire particulier.&lt;br /&gt;Distinction difficile car le pernicieux mélange des genres est dans tous les foyers. La misère et l’alcoolisme se partagent depuis tant de temps les trophées de la faucheuse : à qui revient cette fièvre qui dure, à qui cette toux, cette déformation de la hanche ? Ses gamines ont le dégout du vin mais elles ne sont pas sorties d’affaires pour autant. Ignorante des lois de l’hérédité, la paysannerie est au fait de ses malédictions. Madie garde la rancœur des années 18 -19- 20 où, au bal, les cavaliers ne manquaient pas, mais les fiancés eux… Une si belle fille avait eu bien du mal… Sa famille portait la tache de l’homme qui « n’avait jamais eu soif ». Annie et Reine surent très tôt ce qui les menaçait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La naissance de Globule plongea Reine dans les tourments. Son premier geste d’accouchée, affolée de terreur, « je lui ai compté les doigts des pieds et des mains ». Mais très vite elle se mit à voir l’avorton. Très vite elle sut interpréter la rudesse du docteur lui disant qu’elle en aurait d’autres. Elle n’osait pas sortir sur la place avec cette moitié d’enfant dans le landau trop grand. Il n’y avait aucun doute, c’est bien elle qui avait transmis la bête à ce corps si maigre et cette tête si grosse. Ce corps dont on pesait ce qu’on lui donnait et ce qu’il rendait, sans perte. Elle en fut tellement tourmentée, d’autant que son lait fut à son tour accusé d’être mortel… De cet enfant elle ne recevait que cette gêne physique de ses mamelles lourdes du lait désormais déclaré comme empoisonneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cahin-caha, Globule survécut mais il avait ravagé la vie d’une femme, sa mère. Celle-ci, comme toutes les accouchées, se retourna vers la sienne oubliant qu’elle n’en avait reçu que des rebuffades ou de maigres réconforts. Pour Madie cet élan fut un sinistre rappel, mais aussi une satisfaction amère et compulsive. Une sorte de c’est bien normal que tu sois malheureuse comme je l’ai été, d’angoisses, de renoncements et de déceptions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Donatien Furtif. 30 Août 2009&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-7126465503502214666?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/7126465503502214666/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/traces-de-farine.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7126465503502214666'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/7126465503502214666'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/09/traces-de-farine.html' title='Traces de farine ( D. Furtif )'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sp1eRCPqDTI/AAAAAAAAALI/s4u04uvfH58/s72-c/globule.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4010842562396882083</id><published>2009-08-31T17:53:00.000+01:00</published><updated>2009-09-01T12:14:16.827+01:00</updated><title type='text'>Tu devrais pas me laisser la nuit  (Sandro)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpwSLjoCqsI/AAAAAAAAAK4/uqkYD-JNLqM/s1600-h/GRANADA.jpeg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 218px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpwSLjoCqsI/AAAAAAAAAK4/uqkYD-JNLqM/s320/GRANADA.jpeg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5376192044924578498" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;C'était un matin comme il y en a plein, une journée de rien. La pluie avait cessé. Le temps était clair et on y voyait loin, comme toujours après la pluie. On discernait bien la baie et sa marina, depuis la terrasse en teck où je scrutais vaguement la pelouse, un riot-gun Mosberg à crosse caoutchouc en travers de mes jambes allongées sur le transat. Le soleil était blanc et étincelant comme une soucoupe qui sort du lave-vaisselle et il n'allait pas tarder à me taper de nouveau sur le système.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai allumé le vieux transistor qui crachote. Ray Charles y disait qu'&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Alléluia , il l'aime tant&lt;/span&gt;. Moi, je n'aime plus personne, alors je l'ai laissé à sa bluette et j'ai fermé le bouton. D'ailleurs, le Boss n'aime pas qu'on écoute la radio.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai sifflé Jeff, et il est venu. Comme toujours.&lt;br /&gt;C'est mon pote depuis huit ans, Jeff. Un beauceron mâle de 45 kilos, noir tacheté de fauve sur le poitrail et sous les oreilles, qu'il a pointues comme le bout d'un cran d'arrêt. Il a dans le regard la même folie que lorsque j'étais plus jeune. La même soumission aussi: lui à moi, et moi au Boss, à la villa et à toute cette merde.&lt;br /&gt;On est dans la même cage, et on cherche vaguement la sortie, des fois que le grillage serait troué par endroits. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;"Chaque jour qui passe est comme le cerceau de feu que les lions essayent de sauter ".&lt;/span&gt;(1)&lt;br /&gt;Il se ferait tuer pour moi, le Jeff.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Boss, c'est un certain Tony. Je ne l'ai vu que deux fois. Il fait des affaires. Et ici, les affaires, ça rend les gens nerveux, ça peut vous envoyer en recommandé un gilet de suppositoires 9 mm parabellum. Alors, il change souvent de villa, il dit qu'on ne doit jamais savoir où il est. En ce moment, il n'est pas là, mais je fais comme si. Ca ne me gêne pas, ça fait déjà longtemps que je fais semblant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis une patrouille, c'est une patrouille. Pas de laisser-aller dans les petites choses. Donc, j'ai pris ma vieille Ford Granada grise, qui date d'au moins vingt ans, de bien avant qu'avec Jeff on n'arrive ici, avec larmes et bagages. Je n'ai pas toujours eu des bagnoles comme ça. Ne cherchez pas à savoir trop de choses d'un coup. Et puis, si on faisait le compte des jouets que la vie vous a mis entre les mains pour vous les retirer ensuite, ça ferait une sacrée liste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La patrouille, ça consiste à faire le tour des huit hectares de la propriété, le long d'un chemin poussiéreux où on dérange parfois un crotale. Je contrôle l'état des clôture électrifiées, des capteurs d'alarme et des détecteurs de mouvement. Je roule en seconde le bras à la portière avec un filet de gaz, Jeff à la place du mort et le gun jeté sur la banquette arrière défoncée. De temps en temps, je m'envoie discrètement une giclée de gin-tonic depuis la flasque en argent massif que je planque dans le vide-poche. Le Boss n'aime pas qu'on boive.&lt;br /&gt;Pour l'instant, ils n'ont jamais tenté d'attaquer. Nobody n'ose. Mais ça viendra peut être. Nobody knows. Va savoir quand tu ne sais pas, c'est ce que je dis toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le rétroviseur, je ne regarde pas dedans. On y voit des choses qui ne me plaisent pas. Je n'aime pas ce que je suis devenu: flic pendant vingt ans, puis semi-voyou, et enfin gardien de pelouse depuis deux ans. Je vis petite semaine, contrôleur de tickets qui m'ont laissé à quai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand je palpe le bas de ma taille, j'ai quelque chose qui n'est pas encore du ventre, mais qui ressemble à un début d'embonpoint. Je n'ai pas toujours été comme ça, mais ça ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé. Avant, quand je découpais ma viande dans l'assiette, c'était une révision d'anatomie pour deuxième année de médecine. C'est vaguement écoeurant cette dégénérescence des tissus et du reste, quelque chose qui vous rappelle que le compteur tourne, comme disent les taxis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après, je vais jusqu'à l'embarcadère privé. On a des bateaux, pas précisément des hors-bord, mais suffisamment puissants pour vous mettre par-dessus bord. Du reste, c'est à cela que ça sert. Avec Jeff, on jette quatre yeux, et puis on revient à la villa, et ça nous mène vers les huit heures du soir.&lt;br /&gt;C'est l'heure que préfère. Celle où je mets en marche l'arrosage automatique de la pelouse, et où je regarde l'eau pulvérisée se teinter d'or. C'est aussi le moment où je jette à Jeff ses deux kilos de viande du jour. Il n'y a que les yeux d'un chien qui ne mentent jamais. Surtout quand on se prépare à le nourrir: sa tête légèrement inclinée, sa queue qui bat pour balayer l'attente. Ce sont les rares moments où je pourrais croire que le monde se remet à tourner rond et clair.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après, je me suis grillé une tige: c'est encore ainsi que j'ai le moins mal à l'estomac. En dînant sur la terrasse, j'ai descendu une bouteille de Montepulciano avec quelques médocs, des cachets que je dois prendre pour que ça aille, m'emmerdez pas avec ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien qu'il soit minuit passé, j'avais des lunettes noires à branches épaisses. Je me faisais mon petit voyage au bout de la nuit. Mais à y regarder de près, je n'était pas Bardamu, mais alors pas du tout. Le petit tremblement de la lèvre ne venait pas du palu, tout juste d'un delirium pas très mince, bien massif.&lt;br /&gt;J'étais dans la délectation morose et ses éléphants roses quand les spots à capteurs de mouvement se sont allumés tout autour des clôtures électriques, vers la plage, et l'alarme silencieuse d'intrusion a sonné sur mon boîtier de poche. Avec une rapidité et une aisance qui m'ont étonné moi-même, j'ai jailli du transat avec le gun, effectué deux ou trois roulades sur la pelouse pour me mettre à couvert derrière le massif de lauriers. Comme au bon vieux temps. Ca bougeait le long de la clôture, dans la haie. Ils attaquaient par la mer, ces cons. J'ai d'abord pensé à des hommes-grenouilles, mais j'ai bien vu que non.&lt;br /&gt;J'ai jeté un coup d'œil circulaire et une forme sombre bougeait à mi-hauteur, sans doute un mec qui courrait plié en deux pour se mettre à couvert. J'ai d'abord envoyé deux coups de riot au jugé, puis, après une nouvelle roulade, un autre plus posément vers l'endroit où la forme avait disparu.&lt;br /&gt;Et ça s'est tu, les spots se sont éteints et j'ai longuement attendu, en vain. J'ai sifflé Jeff, mais il n'est pas venu. C'était une histoire qui ne tenait pas debout, mais est-ce que je tenais debout, moi? J'ai de nouveau chambré le Mosberg à douze cartouches, poussé le transat à couvert derrière les buissons, et pris une bouteille de Barolo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voulais veiller jusqu'à l'aube, au cas où ils reviendraient. Mais peu à peu, comme on voit le fond du carafon, le lavabo de ma tête s'est vidé. Je pensais au ralenti, comme un Diesel de vieux bateau: tchouc, tchouc… J'ai plongé dans des eaux violettes de nécropoles salées, avec des colonnades majestueuses de satin bleu, qui menaient à un temple englouti où une allée d'épagneuls faisait cortège à des filles vertes sanglées dans des maillots de satin blanc. Leurs croupes nettoyaient le pare-brise de la vieille Granada qui filait un bon quinze noeuds dans l'irréel liquide avec un gyrophare bleu lagon, et la radio disait que les femmes sont des îles, mais qu'il y a toujours une brise nouvelle qui vous pousse et vous revoilà en mer…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est au crissement agaçant des grillons que j'ai compris que c'était le matin. J'avais mal au crâne, la bouche sèche et le cheveu fou et j'ai vaguement eu l'idée de faire un café. Mais c'est une tache sombre au bout de la pelouse, vers la haie du bord de mer, qui m'a attiré. J'y suis allé à petits pas mal assurés, droit dessus, avec le Mosberg qui passait devant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et j'ai vu. Jeff chaviré par-dessus bord, les pattes déjà raides en l'air, en train de prendre tout son poids de mort. J'ai vu le trou sur le flanc, gros comme une balle de tennis: du 12 mm Brennecke. A genoux, je l'ai caressé, j'ai voulu me barbouiller de son sang comme d'une peinture de guerre. Mais l'indien était déjà loin, parti dans la nuit des chiens.&lt;br /&gt;Son sang était marron et sec comme de la confiture avariée, et les mouches tournoyaient déjà en vrombissant. Sa gueule ouverte sur rien et ses yeux étonnés exprimaient la surprise de s'être fait avoir comme cela.&lt;br /&gt;Alors j'ai crié, du plus silencieusement que j'ai pu. Comme un chien de ferme sous les coups de son maître saoul. Ca m'a fait sauter le cadenas du container où je rangeais tout la chiennerie accumulée depuis tant d'années.&lt;br /&gt;J'ai regardé le Mosberg. Il y eut le bruit clair et métallique de la pompe réarmée, le cliquetis de la détente, puis la lumière blanche et irréelle dans ma tête, et enfin la détonation. Ca a fait comme un coup frappé à la porte par où je me suis sauvé.&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;(1) Philippe Djian, dans "Bleu comme l'enfer".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;SANDRO, le 30/08/2009&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Merci à Alain Bashung de m'avoir soufflé le titre depuis son désert de Gaby.&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4010842562396882083?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4010842562396882083/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/tu-devrais-pas-me-laisser-la-nuit.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4010842562396882083'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4010842562396882083'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/tu-devrais-pas-me-laisser-la-nuit.html' title='Tu devrais pas me laisser la nuit  (Sandro)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpwSLjoCqsI/AAAAAAAAAK4/uqkYD-JNLqM/s72-c/GRANADA.jpeg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4560067260321185445</id><published>2009-08-29T12:35:00.000+01:00</published><updated>2009-09-01T21:14:51.419+01:00</updated><title type='text'>Ne raconte pas ta vie, ça n’intéresse pas les gens (Sandro).</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpkTOWzl4PI/AAAAAAAAAKo/v9X7x_Pnwi0/s1600-h/bb467563_et_bb467528_du_train_ZL49865_MY8.6_Diest-79a86.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 300px; height: 226px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpkTOWzl4PI/AAAAAAAAAKo/v9X7x_Pnwi0/s400/bb467563_et_bb467528_du_train_ZL49865_MY8.6_Diest-79a86.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5375348767604465906" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-family: arial;font-size:85%;" &gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;"Isère : un homme de 61 ans, Michel R., cheminot à la retraite, a été happé par un train alors qu’il marchait sur la voie, ce dimanche vers 19 h 45 à hauteur de la borne kilométrique 65, vers Virieu-sur Bourbe. Il a été tué sur le coup par la motrice. Une enquête est en cours pour déterminer les causes du drame. A ce stade, la thèse du suicide est privilégiée."&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Ne raconte pas ta vie, ça n’intéresse pas les gens".&lt;br /&gt;C’est Thérèse, ma grand-mère, qui me dit cela en titillant avec son tisonnier la cuisinière à charbon. Elle a les cheveux blancs bleutés par la teinture et porte une blouse acrylique sombre avec des motifs fleuris. C’est elle qui m’élève, parce que Maman est morte en couches.&lt;br /&gt;J’ai 9 ans, c’est le goûter du retour de l’école et je tourne ma cuillère dans le bol de Ricorée, sur la toile cirée à carreaux jaunes et gris. Une maison de garde-barrière. Au mur, un calendrier des postes avec des montagnes enneigées, et une photo de locomotive électrique. Une BB.&lt;br /&gt;Voilà, pour moi ça a commencé comme ça, sur les starting-blocks de la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un silencieux, voilà ce que je serai. Comme Papa, comme les autres.&lt;br /&gt;Du reste, dans notre famille, les hommes ne restent pas. Les hommes s’en vont. Mon père à 48 ans d’une cirrhose. Mon frère sous un tracteur renversé en faisant les foins sur un coteau trop raide. Dit comme cela, ça a l’air dramatique, mais à bien y réfléchir, je ne sais pas. C’est difficile d’imaginer la vie qu’on n’a pas eue, celles qu’on aurait pu avoir. Comme dit Bernard, le fils du garde-barrière, "va savoir quand tu ne sais pas".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, je n’ai pas eu que des malheurs dans ma vie. Mais chez les R., on est des silencieux, des taiseux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Discret, je l’étais à mon mariage avec Geneviève. A la noce, les gens riaient et parlaient fort, parce qu’ils étaient un peu saouls. Moi je ne bois pas, enfin, pas encore. Ils renversaient le vin sur la nappe blanche, dans le pré de chez les Caillot, mais, moi, je voyais pas le vin, je voyais du sang.&lt;br /&gt;Taiseux, je l’étais à la naissance d’Eric, le petit. Devant tant de merveilles miniatures, on ne sait pas quoi dire. Alors on ne dit rien, c’est encore le mieux.&lt;br /&gt;Silencieux, je l’étais encore huit ans plus tard, derrière le cercueil de Geneviève. Elle ne fumait pas et ne buvait pas, mais c’est bien quand même le crabe qui l’a prise, à 41 ans.&lt;br /&gt;Discret, c’est ce qu’on dit de moi à la SNCF. Conducteur de train pendant vingt-cinq ans, trains de marchandises surtout. Au dépôt de Culoz, puis de Saint-André-le-Gaz. Les rails courbes qui luisent de nuit sous la lune, les gares et les passages à niveau qui défilent, irréels, comme des miniatures d’un jouet de gosse. J’aime bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis la vue qui baisse, les lombaires écrasées par les heures sur le siège inconfortable. J’ai dû faire mes trois dernières années comme chef de gare, à Voiron. Enfin, pas vraiment chef de gare. Assistant logistique, ils disent.&lt;br /&gt;Paperasses, carbones, originaux, tampons encreurs. Télex et téléphones d’un autre âge. Et puis la retraite. La retraite, elle m’a giflé, séché comme un coup de poing au plexus. Elle m’a pris Eric, mon fiston, le lendemain de ses 22 ans, le soir de mon départ à la retraite. Sa 205 s’est enroulée autour d’un pylône électrique, dans les courbes de la combe de Valfroide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui qui n’a pas vu le cadavre de son fils à la morgue ne connaît rien à la vie.&lt;br /&gt;Les yeux globuleux et exorbités qu’ils n’avaient même pas fermés. Ses bras raides en l’air comme des cierges. Ce rictus horrible.&lt;br /&gt;C’est là que j’ai commencé à ne plus parler du tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai mis bien du temps à rentrer de nouveau dans sa chambre, dans le petit pavillon au bord de la voie ferrée où on vivait tous les deux. Trois ans, je crois bien. Tout est resté intact. Je rentre la nuit, parce que les choses sont moins réelles, on y voit moins bien les contours de la chiennerie, et je pousse la porte. On refait connaissance. Par la musique. Je prends au hasard une cassette ou un CD dans sa pile, et je l’écoute sur son baladeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce dimanche soir, à la fraîche, j’avais bu pas mal de beaujolais. J’ai pris un vieux Bashung et je suis allé faire un tour sur la voie ferrée. Ca disait "tu vois ce qu’on voit…". Non, c’est pas cela, il y a un jeu de mots. Ah oui :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;"Tu vois ce convoi,&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Qui s’ébranle&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Non, tu vois pas&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tu n’es pas dans l’angle&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pas dans le triangle…[1]"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;En marchant sur les voies, le walkman sur les oreilles, j’ai vu, à plusieurs mètres, une vipère aspic détaler du ballast encore chaud où elle se dorait, et filer dans les hautes herbes. Les vibrations sur les traverses. J’aurais dû me douter. Au lieu de cela, j’ai continué à marcher dans la grande courbe aveugle du sous-bois, avec son ballast relevé comme dans un vélodrome, pour assurer la stabilité des trains dans le virage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et là, sortant de l’angle mort de la courbe, feux allumés, je l’ai vue. Une BB vieux modèle, vert d’eau délavé, qui glissait sans bruit. Une loco seule, de liaison ou de dépannage.&lt;br /&gt;Elle était massive, terriblement dense et compacte. Je voyais tous les détails, sa gueule de raie, les gros tampons graisseux, le crochet central d’attelage, un essuie-glace cassé, les mouches et insectes écrasés sur la carrosserie et la pare-brise. Un instant, j’ai même cru reconnaître Robert, le barbu du dépôt de Culoz, derrière les vitres fumées de la cabine. Attention, hein, je dis pas que c’était lui.&lt;br /&gt;D’autant que je sais bien qu’un soir de novembre il a pris son Mosberg 6 coups et est allé dans le champ de maïs des Guillot, pour mettre les canons jumelés dans sa bouche, et que le coup est parti tout seul.&lt;br /&gt;N’empêche, on ne m’enlèvera pas de l’idée que j’ai cru voir Robert, comme s’il avait pris une loco fantôme pour refaire la route à l’envers, sans rien dire à personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais pu faire un ou deux pas chassés de côté, tenter quelque chose. Pas sûr que ça aurait suffi. Et puis, à présent, il n’est pas né celui qui me fera courir.&lt;br /&gt;Alors, moi qui ne m’étais plus battu depuis longtemps, ni dans la vie ni dans la rue, j’ai pris la position du combattant dans les bals du samedi soir. Une jambe en avant, l’autre repliée en arrière, le buste de profil, les avant-bras protégeant le plexus solaire et les poings fermés devant le visage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien campé sur mes appuis, j’ai attendu, oui, je l’ai attendue, cette salope. Et attendre, mon Dieu, la vie n’est rien d’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Raconte pas ta vie, ça n’intéresse pas les gens"…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Sandro&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;[1] Happe, Alain Bashung/ Jean Fauque, 1992, Barclay.&lt;br /&gt;Crédit photo : Serge Barberis&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4560067260321185445?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4560067260321185445/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/ne-raconte-pas-ta-vie-ca-ninteresse-pas.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4560067260321185445'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4560067260321185445'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/ne-raconte-pas-ta-vie-ca-ninteresse-pas.html' title='Ne raconte pas ta vie, ça n’intéresse pas les gens (Sandro).'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpkTOWzl4PI/AAAAAAAAAKo/v9X7x_Pnwi0/s72-c/bb467563_et_bb467528_du_train_ZL49865_MY8.6_Diest-79a86.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-2562463440478175743</id><published>2009-08-25T16:17:00.000+01:00</published><updated>2009-09-01T12:14:43.347+01:00</updated><title type='text'>Le miracle du 22 août au soir (D. Furtif)</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpQPTzthYfI/AAAAAAAAAKI/Vwfyla0ZJWo/s1600-h/jubj01760-cendrillon-bal_zoom.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 320px; height: 261px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpQPTzthYfI/AAAAAAAAAKI/Vwfyla0ZJWo/s320/jubj01760-cendrillon-bal_zoom.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5373937088332915186" border="0" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;div&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il y a deux types de grands hommes , les ceusses qu'on coule dans le bronze  pesant... et  les petits malins, les aériens qui, mine de rien, réalisent des  prouesses... sans avoir l'air...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;***&lt;br /&gt;Au départ, pendant des mois, je l'ai jouée mari docile et bien élevé et je n'ai pas bronché.&lt;br /&gt;Il y  a de la grandeur à leur faire plaisir dans les petites choses. Sans excès bien sûr…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me connaissant et connaissant mon admirable capacité à oublier sincèrement ce qui me dérange, elle avait mis au point une mobilisation générale de mes facultés d’enregistrement dans une contention serrée de rappels réguliers avec progression du volume sonore des émissions :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tu te rappelles ? on va au mariage le 22 août »&lt;br /&gt;Pendant des mois, souvent, très souvent …&lt;br /&gt;— Bien sûr ma chérie, euh…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu  à peu, sans doute intriguée par ma bonne volonté, elle a baissé la barre :&lt;br /&gt;— Tu ne seras pas – bien sûr – obligé de venir à la pseudo messe spéciale mâtinée cochon d’Inde de ces laïcs un peu beaucoup branchés curés. Nous n'irons ensemble que le soir pour un buffet dansant...&lt;br /&gt;— &lt;span style="font-size:180%;"&gt;Ah&lt;/span&gt; &lt;span style="font-size:130%;"&gt;chérie&lt;/span&gt; tu veux &lt;span style="font-size:78%;"&gt;danser&lt;/span&gt;....????&lt;br /&gt;— C’est à 20h30 mais nous pourrons n’arriver que vers 21 heures, si tu...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;N’empêche, la vie c’est comme ça. Quand un samedi maudit doit arriver, il arrive. On y est, j’y suis.&lt;br /&gt;Comme c'est une grande occasion je retrouve le chemin de la douche, je me rase, chemise, chaussures, allez tiens je mets un pantalon, pas le jogging habituel.&lt;br /&gt;Un peu d’angoisse pourtant. J’ai quelques minutes de retard et…rien. Pas un reproche.&lt;br /&gt;Le paradigme « espace/ temps / rétorsion » a été modifié. Je ne retrouve plus mes repères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’arrivée, vers 21h10 à la salle des fêtes de Vitreux où se tiennent ces dansantes agapes, est curieuse....&lt;br /&gt;Tellement de monde et de voitures que trouver une place est un déjà problème... Les familles même humbles, chez nous, se ruinent pour le mariage de leurs filles. Ne nous égarons pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vérification, contrôle discret du visage deRosie:&lt;/span&gt; ça colle pas avec ce qu'elle espérait…&lt;br /&gt;Nous rangeons l'automobile et nous dirigeons à travers le parking plein comme un super marché de banlieue vers ce que nous finirons bien par trouver : la mariée, ses parents ...&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Verif contrôle.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Rosie : « Je ne connais personne.... » ( &lt;span style="font-style: italic;"&gt;noté , enregistré&lt;/span&gt;).&lt;br /&gt;Nous entrons dans une vaste salle où les tables ne sont pas encore complètement desservies.&lt;br /&gt;— Oh là, ils doivent sortir à peine de table, on n'est pas près de danser.. »&lt;br /&gt;En traversant la salle, horreur elle voit, je vois, les énormes enceintes prévues pour l'animation sonore... J'ai dû pâlir... Le souvenir des deux derniers mariages où j'ai dû quitter la salle me revient brusquement alors que je l'avais escamoté. La douleur qui me vrillait la tête !&lt;br /&gt;Attention, verif contrôle maitrise, pas un mot.&lt;br /&gt;Je la regarde, elle sait et je sais qu'elle sait...&lt;br /&gt;Surtout éviter le piège de lui dire : « Chérie t'as vu les machins sur l'estrade, je ne crois pas que... ??? »&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle comprend.... ! Laisser faire&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;Intermède&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous trouvons une mariée assez fatiguée par sa déjà longue journée... On se reconnaît, on s'embrasse&lt;br /&gt;— Qui c'est ton mari ?,&lt;br /&gt;— Bonjour à la maman ,&lt;br /&gt;— Où il est ton papa?&lt;br /&gt;Banalités, conversations.... « Qu'est-ce que je vais vous offrir à boire ?... Il n'y a plus rien  et on ne va pas déjà ouvrir le champagne… »..&lt;br /&gt;— On a au moins 1h ..1h1/2 de retard. !&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Regard de Rosie!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;La brave petite a beaucoup à faire  ce jour là... Elle nous abandonne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On me sert dans un méchant gobelet une bière tiède... et à Rosie un jus d'abricot tiède  aussi. Un jus d'abricot à une Rosie espérant du  Champagne !&lt;br /&gt;Faute!&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Verif&lt;/span&gt;, je me marre. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Contrôle&lt;/span&gt;, l’air de rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sortons dans l'espace vert entre la salle et la Gironde où terrains de sport, tennis minigolf et camping se côtoient. Il y a du monde partout. Notre gobelet de liquide tiède à la main, nous avançons hardiment. Petit désagrément supplémentaire, paf! nous tombons sur un couple de collègues à moi : nous les détestons tous deux furieusement et dans un souci de réciprocité ni original, ni élégant, ils nous le rendent bien. Cinq bonnes minutes de sourires à la grimace ça te vous ronge les plus beaux enthousiasmes. Les enfants jouent au ballon avec leurs parents, d'autres à la pétanque... À tous deux nous viennent en même temps les souvenirs de jeux semblables auxquels, dans d'autres fêtes... Là ça s'annonce plutôt dans le genre : sans nous... Rosie ne reconnaît vraiment personne.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Verif contrôle&lt;/span&gt; : je le note&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Intermède sociologique  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début de notre liaison et de notre ensuite vie commune, nous dûmes remplir quelques formalités locales, un rite obligé de Blaye. Tous les couples y passent à leurs débuts :&lt;span style="font-style: italic;"&gt; faire les courses ensemble. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;C'est ainsi que se déroule une sorte de présentation rituelle, une sorte d'officialisation de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;"Ils couchent ensemble"&lt;/span&gt;. Les petits, les grands, les jeunes et les moins, les officiels et les semi-clandestins viennent là, font leur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;paseo&lt;/span&gt; et, impudeur d’une promiscuité affichée, partagent le même caddy pour transporter leurs nouilles. C'est dans ce territoire neutre qu'il leur est plus aisé de franchir leur première épreuve importante : croiser  les ex de chacun sans que cela ne dégénère&lt;br /&gt;Une fois ces formalités accomplies, les regards se décoincent un peu. C'est à dire qu'ils sont un peu moins en coin.&lt;br /&gt;C’est là, à l'Hyper U , que j’ai découvert la popularité de ma compagne. Elle connaissait tout le monde ! Je ne vis à Blaye que depuis 7 ans, pas elle. Pharmacienne c'est un(e) notable, pour la saluer, on traverse la rue ! C'est ainsi qu’à ses cotés je suis amené à saluer des dizaines de complets inconnus. Une fois, deux fois… Puis les jours suivants, quand elle est au travail et que je fais les courses – tâche qui est restée mienne dans nos premières 8 années –  je veille à ne pas lui faire du tort en oubliant de saluer ceux que j'ai découverts les jours d’avant.&lt;br /&gt;Je salue beaucoup, je salue comme un novice, je salue sans compter.&lt;br /&gt;Ainsi, des semaines et des mois durant, j'ai consciencieusement salué des gens, des couples, des seuls, des vieux, des moins vieux qui me le rendaient. Des jours et des semaines, saluts, bonjours rendus, sourires, mimiques, quelques bribes, avec certains je suis à deux doigt  de l’arrêt de caddy et du taillage de bavette.&lt;br /&gt;Tout pareil comme Rosie qui n’en finit jamais tellement elle connaît de gens. Tout fier d'accomplir les exigences de mon nouveau statut, je me risquai un certain samedi à retourner à L'Hyper U en couple et Rosie, toujours aussi exacte au rendez-vous de ma confusion : « Qui c'est ces gens ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Retour à la noce&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les minutes s'égrainent et Rosie ne reconnait personne... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle me le dit&lt;/span&gt;... Nous rencontrons le seul qui soit de ses anciennes connaissances, un des chanteurs de la chorale qui nous a donné la Saint Mathieu il y a peu et qui se trouve être le prêtre-ouvrier qui a officié le matin. Compliments congratulations, demi sourires, ça nous tient un bon quart d'heure.&lt;br /&gt;Rosie : « Ils en ont bien pour deux heures avant de servir et mon Didou qui n'a pas diné, exprès !… »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui fais remarquer que le bruit des conversations dans ce hall en béton commence à devenir assourdissant. Elle en convient....&lt;br /&gt;—  Chérie, j'ai faim , on rentre ? »&lt;br /&gt;Juste sur l’instant, elle ne trouve rien à objecter...&lt;br /&gt;— Si tu veux on reviendra....&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Silence, agir avant qu’elle ne pense !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est comme ça que sur les coups de dix heures et demie... &lt;span style="font-size:180%;"&gt;Maison ! ! ! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Demain est un autre jour : aller chercher le pain……&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Donatien Furtif&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-2562463440478175743?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/2562463440478175743/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/le-miracle-du-22-aout-au-soir.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/2562463440478175743'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/2562463440478175743'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/le-miracle-du-22-aout-au-soir.html' title='Le miracle du 22 août au soir (D. Furtif)'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SpQPTzthYfI/AAAAAAAAAKI/Vwfyla0ZJWo/s72-c/jubj01760-cendrillon-bal_zoom.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-273230697602372914</id><published>2009-08-13T12:48:00.000+01:00</published><updated>2009-09-01T12:15:56.328+01:00</updated><title type='text'>Dos à dos-Tête à tête (Th. Bonnetat )</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sof5OpUK1GI/AAAAAAAAAHo/w-rubrftPcg/s1600-h/dosados.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 269px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sof5OpUK1GI/AAAAAAAAAHo/w-rubrftPcg/s400/dosados.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5370535110666540130" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Dos à dos sur le banc devant la maison&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tête à tête à l'intérieur des murs granit de la même maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dos à dos, tête à tête.&lt;br /&gt;Le couple, la maison.&lt;br /&gt;Pas à pas, les yeux pas dans les yeux.&lt;br /&gt;Peut-être tête bêche, côté cour ou côté jardin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On regarde et on se tait une fois, une bonne fois, accolés, coude à coude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette histoire là de maison encastrée dans les deux menhirs du temps qui peut la raconter?&lt;br /&gt;Il faut d'abord traverser le chenal à cloche pied.&lt;br /&gt;Il faudrait se jeter de tout son corps, le tendre de son entier au-delà des eaux stagnantes.&lt;br /&gt;Celles qui sont depuis longtemps dans le retrait de l'Océan, dans ses marées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faudrait , main dans la main, éviter l'enlisement.&lt;br /&gt;Du trop de boue, de marécage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La petite maison aux volets blancs attend sûrement la vie du couple qui voudrait bien mais réfléchit.&lt;br /&gt;Peut-être oui ou peut-être non - Oui mais non -&lt;br /&gt;Jamais avec et jamais sans.&lt;br /&gt;Sur le banc.&lt;br /&gt;Dos à dos. Tête à tête?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family:arial;"&gt;Thérèse Bonnétat&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;(D'après "Côtes d'Armor",  photographie de Christine Oberlinkels&lt;/span&gt;)&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-273230697602372914?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/273230697602372914/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/dos-dos-tete-tete-dapres-cotes-darmor.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/273230697602372914'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/273230697602372914'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/dos-dos-tete-tete-dapres-cotes-darmor.html' title='Dos à dos-Tête à tête (Th. Bonnetat )'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/Sof5OpUK1GI/AAAAAAAAAHo/w-rubrftPcg/s72-c/dosados.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-4508796474464869020</id><published>2009-08-08T15:52:00.000+01:00</published><updated>2009-09-08T07:42:25.923+01:00</updated><title type='text'>Les boulangères du matin (D. Furtif )</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SoQ2ZtWw7OI/AAAAAAAAAHY/I1kttAh2cB0/s1600-h/boul2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 153px; height: 200px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SoQ2ZtWw7OI/AAAAAAAAAHY/I1kttAh2cB0/s200/boul2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5369476471032179938" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au soir de la vie, à l’heure des inventaires, bien plus que les fautes, les Ménades du souvenir vous reprochent sans pitié les mièvreries et les manques d’audace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin là, du moteur, des tôles aux roues, des bras immobiles au corps avachi, du regard fixe à tous les organes, le plus endormi de l'ensemble homme-machine était bien le cerveau. Plus engourdi plus inerte, on n'aurait pu trouver. Et si cela n'avait été que physique! C'est moralement que le tableau était le plus affligeant.&lt;br /&gt;Le commis-voyageur avait pourtant toutes les raisons de vibrer à l'exaltation de son jeune âge. Vingt-cinq ans, une santé sans faille, une femme qui travaille, un enfant de 3 mois. Tout va bien, mais il ne s'en réjouit pas. Le service militaire vient de se rappeler à sa mémoire, il va falloir recommencer à vivre avec cette crainte... Il ne s'en émeut même pas... Minéral et absent, il n'est pas. Pourtant, voyager dans cette campagne d'été dans l'alternance des couloirs d'ombre des sous bois et les éblouissements de soleil des trouées des champs, il aurait pu vibrer un peu ! Rien. Il n'est pas là.&lt;br /&gt;Et c'est comme ça tous les jours de cet été. Ni les scènes de la veille au soir, l'agitation du lit nocturne, les rires de son bébé au matin... rien ne vient agiter l'encéphalogramme plat de sa somnolence. Ni aigreur ni renoncement, une absence savamment bâtie par des années d'entraînement à repousser la douleur.&lt;br /&gt;Le mal qu'il a eu à se bâtir cette cuirasse. Va pas l'enlever pour un matin de soleil !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son travail... quel mot ! Parcourir la campagne de tout le département découpée en secteurs par jour de la semaine. Vendre des glaces en été! Même pas vendre, prendre les commandes. Il devait y avoir eu des besognes plus rébarbatives.&lt;br /&gt;Les crèmes glacées, en bûches, en vacherin, en bâtonnets, au début des années 70 sont encore un produit mythique, symbole de fêtes, de réjouissances, de sous-entendus graveleux qui font rosir les filles et sourire les femmes averties. Ce sont des évocations d'enfance capricieuse mais aussi de salles obscures de cinéma, théâtres des amours qui se cherchent. D'entractes aux bals de campagne. De regards provocateurs à distance. Être celui qui ramène régulièrement l'idée des « esquimaux » aura de lourdes conséquences pour le commis-voyageur.&lt;br /&gt;Où va-t-il donc ce boeuf niais? Indifférent, à peine courtois. Il va, tout en haut du département, rejoindre les épicières, les charcutières, les bistrotières, les tenancières de camping, les restauratrices, les buralistes qui l'attendent. Les hommes ? Eh bien... non ou sauf exception. Ils n'aiment pas ça. Ils ont l'impression de trucs pas sérieux, futiles ; s'occuper d'un commerce d'un produit pour enfants, au tout début des années 70, n'est pas encore entré dans les mœurs. Enfin pas au fond de ma campagne... Alors c'est le rayon de leurs femmes.&lt;br /&gt;Le voyageur, elles l'attendent, pour lui elles se penchent, et elles serrent la main, et elles sont en retard et s'excusent... Peine perdue, l'organe inerte ne les voit pas. Il a ses feuilles de commande à remplir. Il joue sans raison les hommes pressés. Les sourires de l’accueil, les cheveux comme par hasard recoiffés, le rouge rafraîchi, il ne voit rien.&lt;br /&gt;Un jour....&lt;br /&gt;Le soleil brillait en vain, maintenant  plus fort, l'obscurité des nefs de forêts était encore plus sombre quand au détour d'un virage l'éblouissant vitrail d'une clairière. L'inerte commis eut une réaction, bien malgré lui il leva le pied. Le changement d'allure perturba sans doute un échange chimique au niveau le plus profond. Un chevreuil, là, tout près devant, dansait sa traversée à vingt mètres, pas plus. Dans un bouleversement cataclysmique le commis voyageur pensa :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ouh là j'aurais pu lui rentrer dedans !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;On ne se méfie jamais assez, une idée entraînant l'autre, il en eut une deuxième :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vain Dieu qu'c'est beau ! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trop tard, l'irrémédiable était accompli. Le barrage était rompu. Il se mit à regarder, à regarder encore et à rêver. La machine inerte déplissait ses membranes comme un papillon. Il redevenait un homme. Comme il lui restait une dizaine de km à parcourir encore, il abusa de ces instants pour évoquer ces prochaines visitées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est vrai que je ne vois que des femmes. Comme elles ont l'air de s'ennuyer...Y en a des tartes, mais il y en a des jolies. Les plus belles sont bien les boulangères, et les plus gentilles aussi. D'ailleurs celle que je vais voir, là, tout de suite, m'a retenu la jambe la semaine dernière pour me confier combien elle s'ennuyait au fond de son village. Pour me parler de son mariage et oser me dire que si elle avait su...&lt;br /&gt;« Et vous qu'est-ce que vous faites ? », « Étudiant ! Ah, c'est pas la même vie ! » «Vous étiez Parisien avant de venir à Poitiers... alors vous ne fréquentez que des jeunes...»&lt;br /&gt;Elle devait avoir trente ans, belle, le corsage tendu, elle m'avouait son ennui au fond de son village.&lt;br /&gt;Il y en avait plein des boulangères. Des corsages légers, tendus comme des voiles attendant les grandes partances et les engouffrements tempétueux. Ces femmes qui avaient choisi d'épouser un commerçant, cran social au dessus de l'ouvrier et du paysan hors-jeu d'avance me confiaient sans gêne leurs soupirs.&lt;br /&gt;Quelles poignées de mains insistantes !&lt;br /&gt;Quels regards profonds ! Quelles inclinaisons pour des « je vais vous la remplir votre feuille »…&lt;br /&gt;Quelles hésitations… Quels silences… Quelles... «  Et à votre avis qu'est-ce qui est le plus bon ? moi je ne connais pas » « Vous avez déjà goûté? » Le commis-voyageur, était là pour elles, mais pour dix minutes seulement. Alors elles inventaient des oublis, me laissaient partir pour me rattraper sur le seuil ou déjà au volant. Leurs maris dormant, elles avaient toutes les assurances et les hardiesses. «  Et votre petit nom c'est quoi? », «  Bonjour Joël, je vous attendais avant d'aller faire le ménage dans ma chambre... »&lt;br /&gt;Le monde, la vie, le destin sont souvent révoltants d'injustices mais l'homme qui laisse passer la vie... Il n'y a pas de mot pour dire l'infamie du navrant commis-voyageur ignorant l'appel de la boulangère.&lt;br /&gt;L'hiver revint Joël retourna à son règne minéral. Sa passivité si savamment construite résista encore une dizaine d'années avant que le hasard voulant, il fut expulsé de sa routine végétative... Le plus grand coup de bol de sa vie... La vie quoi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quarante ans passèrent avec leur lot de bousculades, d’abîmes et d'envolées... Rien ne manqua.&lt;br /&gt;Un jour de cet automne de la vie, il fut envoyé par sa compagne accomplir une des taches traditionnelles du mari du dimanche matin.&lt;br /&gt;— Chéri tu voudras bien aller chercher le pain ?&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sans blague! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Un dimanche matin plein de soleil les toits brillaient encore de la brume de la nuit. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vain dieu qu'c'est beau !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;La sensation retrouvée le catapulta dans ses souvenirs mais 'histoire ne se répète pas.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Regarde-toi dans la vitrine. Eh ! Tu t'es vu ? ? ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Y étant entré 30 ans plus tôt, du temps de l'ancien propriétaire, il connaît parfaitement la boutique. Là, derrière les portes battantes, c'est la grande pièce cimentée toujours propre où le boulanger fait son pain. D'ailleurs, c'est bien derrière ces portes qu'on entend des rires et des gloussements. Sympa, ce sont des rires de femme, de femme heureuse. C'est sans énervement, avec attendrissement que Joël entend les rires bondir jusqu'à lui, puis s'éteindre, pour être brusquement remplacés par le grincement alerte des portes :&lt;br /&gt;— Bonjour monsieur qu'est-ce que ce sera ?&lt;br /&gt;Une petite blonde pâle et souriante saisit le pain que je lui demande et se retourne vers la machine à trancher. Comme elle est menue dans son jean’s noir. Comme on voit bien les deux larges mains de farine qu'elle porte aux fesses. Pas un mot de trop pour le vieillard libidineux qui se raconte tout seul ses histoires d'occasions perdues....&lt;br /&gt;Les boulangères de nos jours ont leur rêve à domicile depuis les fours modernes et la mécanisation abusive. Sale temps pour les chats de gouttière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les semaines passèrent, ma boulangère toujours aussi réservée perdit l'habitude d'arborer ses marques de farine... Pour qui rêvait-elle donc désormais? &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Internet&lt;/span&gt; a tué les voyageurs.&lt;br /&gt;Les affaires marchent, ils ont une jeune vendeuse désormais. J'ai cru voir des traces de farine....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right; font-family: arial;"&gt;Donatien Furtif&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5241947143609584502-4508796474464869020?l=leon-fraichesnouvelles.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/feeds/4508796474464869020/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/les-boulangeres-du-matin-donatien.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4508796474464869020'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5241947143609584502/posts/default/4508796474464869020'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://leon-fraichesnouvelles.blogspot.com/2009/08/les-boulangeres-du-matin-donatien.html' title='Les boulangères du matin (D. Furtif )'/><author><name>Leon,</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00128104276089769654</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SoQ2ZtWw7OI/AAAAAAAAAHY/I1kttAh2cB0/s72-c/boul2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5241947143609584502.post-6627018972287554991</id><published>2009-08-07T14:33:00.000+01:00</published><updated>2009-09-01T12:17:50.776+01:00</updated><title type='text'>"Je l'attends", chanson en forme de poire (F. Spassky )</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SnwwMVF6cgI/AAAAAAAAAFo/f8Fp0FMtYlI/s1600-h/Studio-1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 200px; height: 133px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_H6BRNqMRM_8/SnwwMVF6cgI/AAAAAAAAAFo/f8Fp0FMtYlI/s200/Studio-1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5367217844297298434" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Franchement, je me demandais ce que je foutais là et comment j’avais eu aussi peu d’amour-propre pour venir m’asseoir en face de cet abruti...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est en rentrant l’autre soir d’une partie de poker catastrophique que j’ai trouvé sur mon répondeur un message de sa secrétaire, celle que nous appelions par dérision « Gorge Profonde » en raison de son air de vieille fille coincée. Le message disait un truc du genre : « Monsieur Meyer souhaiterait vous voir à son bureau chez EMI, pourriez-vous rappeler pour prendre rendez-vous ? »&lt;br /&gt;Ma première tentation a été d’appeler pour lui déverser un torrent d’insultes. Ensuite j’ai caressé vaguement l’idée d’y aller avec une arme pour le buter. Mais en définitive c’est la curiosité qui a été la plus forte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela faisait plus d’un an et demi que Suzanne m’avait plaqué pour ce salaud et depuis cette histoire je ne survivais qu’en accordant des pianos et en jouant pour des mariages juifs et des bar-mitsvas. Et encore, c’était grâce à mon pote Salomon qui avait eu pitié de son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;goy&lt;/span&gt; préféré et était venu à mon secours. Un an et demi que je n’avais pas mis les pieds dans un studio ni fait le moindre travail professionnel sérieux. Meyer qui avait le bras plus long que je ne le pensais dans le métier y avait soigneusement veillé…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faut dire que je n’y avais pas été de main morte. Je ne savais pas ce qu’il me voulait, mais j’avais au moins la satisfaction de constater qu’il n’avait plus le nez très droit au milieu de sa petite gueule d’attaché-case.&lt;br /&gt;Mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien lui trouver à ce con ? à part qu’il était directeur artistique chez EMI et que Suzanne rêvait d’une carrière de chanteuse de variétés ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzanne, je l’avais rencontrée sur une tournée de Dick Marciano en 1982. Elle y était choriste, moi guitariste et chef d’orchestre. Dès le deuxième soir de la tournée elle m’avait rejoint dans ma chambre d’hôtel. Je me rappelle, c’était à Vichy, un concert nul devant des vieux cacochymes, toussotants et crachotants. Marciano avait torché ça rapidos, programme minimum et pas de rappel. On avait fini, il était à peine 22h30…&lt;br /&gt;Suzanne, faut que je vous explique : c’est une déesse rousse avec des volumes juste comme il faut et exactement placés où il faut, un visage de saint-nitouche, d’immenses yeux verts et une chevelure de feu. Et une sacrée voix. En plus, une vraie pro qui avait tâté de tout, du jazz au chant classique en passant par le rock n’roll. Le seul truc peut-être un peu négatif, c’est que si sa voix était belle, elle était aussi plutôt banale. Des filles comme elle, avec des jolies voix et une bonne technique, il y en a plein...&lt;br /&gt;Mais j’aurais dû me méfier lorsqu’elle est venue frapper à ma porte. Je suis tellement con que j’ai cru à un effet de mon irrésistible charme personnel : en réalité la Suzanne était une arriviste de première et si elle avait jeté son dévolu sur moi c’était qu’elle ne pouvait pas se taper la star, vu que le Marciano, il était pris et bien pris. Sa gonzesse, probablement briffée sur les mœurs sexuelles des musiciens en tournée ne le lâchait pas d’une semelle... Et je n’avais pas réalisé que, dans la hiérarchie du spectacle, le deuxième après la vedette c’était moi en tant que chef d’orchestre. Alors, lorsqu’elle avait commencé à me faire du gringue, dès le début des répétitions, je ne me suis jamais imaginé que c’était pour autre chose que mon corps d’athlète, mon QI de 110 et mon talent musical...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la tournée, Suzanne est venue habiter chez moi. J’étais insatiable de son corps et elle, toujours disponible. Elle était stimulante. On avait une telle complicité, du moins je le croyais à cause de ces fous-rires que nous prenions pour n’importe quoi, que j’étais sûr qu’on serait ensemble pour la vie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Meyer a commencé à parler d’un nouveau disque pour Marciano et l’un et l’autre étaient d’accords pour que j’en fasse les arrangements.&lt;br /&gt;On n’était pas trop pressés et de toutes façons Marciano avait à peine commencé à écrire de nouvelles chansons. En attendant, Meyer me confiait d’autres trucs moins prestigieux, mais m’appelait aussi lorsqu’il avait des galères : des arrangements ratés, des erreurs de mixage, des budgets de production qui s’envolaient...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, alors que j’étais en train de fêter avec Suzanne notre première année de vie commune dans un restau près de la porte de St-Ouen, il m’appelle depuis le studio de Saint-Denis : « Ecoute, je suis en galère, on a un problème avec un arrangement de cuivres, les musiciens prétendent que c’est mal écrit et viennent de partir. L’arrangeur a eu un accident, il n’est pas joignable. On doit terminer demain… Je sais qu’il est tard, mais si tu pouvais passer maintenant et me débrouiller le truc, ça me rendrait service. »&lt;br /&gt;Ce sont des demandes qu’on ne peut pas refuser… et en plus, c’était tout près. Je lui dis que j’arrivais illico.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Si j’avais su !..&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’habitude, je n’emmène jamais les copains ou les copines, et encore moins Suzanne, aux séances de studio, à moins qu’elle ait une voix à y faire. Mais là, vu les circonstances, je n’allais pas la laisser dans la bagnole, déjà qu'elle faisait la gueule qu’on n’aurait pas le temps de manger l’omelette norvégienne, une spécialité du restau...&lt;br /&gt;Or donc, je me pointe au studio, Suzanne en bandoulière. Le Meyer était là, visiblement emmerdé et fatigué. Ca sentait la clope et l’énervement. Il n’y avait plus que lui et Lucas, l’ingénieur du son, que je connaissais bien pour avoir souvent travaillé avec lui.&lt;br /&gt;Moi, le studio, j’adore. C’est comme le ventre de sa mère, c’est noir, profond, isolé du monde avec ce cœur qui bat dans les énormes enceintes. Boum, boum…&lt;br /&gt;Je préfère le studio à la scène. J’aime pouvoir corriger, réfléchir, construire, effacer, me confronter aux possibles. La scène, c’est le lieu de l’éphémère, de la grosse ficelle, de l’irréversible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir franchi le sas d’entrée, on pénètre dans le studio avec la console éclairée partout de petites lumières, comme un tableau de bord de Boeing.&lt;br /&gt;C’était certes flatteur d’être appelé comme pompier de service, mais chaque fois un nouveau défi à relever. Fallait pas me planter, il y allait de ma réputation et de mon standing. Aussi étais-je déjà tendu et concentré sur ce que l’on allait attendre de moi. Et je n’ai pas remarqué l’effet que Suzanne avait produit d’emblée sur Meyer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Meyer, jusque là, il ne me faisait ni chaud ni froid. Un bellâtre en costume trois pièces que je trouvais à peu près inculte musicalement, (comme les neuf dixièmes des « directeurs artistiques » des maisons de disques) et pour lequel j’avais plutôt du mépris. Mais il était réglo avec moi côté boulot. Il me faisait travailler, me payait bien et ne me faisait pas chier, alors que je savais, par des collègues, qu’il était capable de pourrir la vie à des arrangeurs avec des exigences incompréhensibles et des caprices de fillette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, après les salutations, on s’installe. Moi à côté de Lucas près de la console, Suzanne derrière, sur le canapé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ad hoc&lt;/span&gt; que l’on trouve dans tous les studios pour ce que l’on appelle avec une certaine condescendance « l’écoute clients ».&lt;br /&gt;Meyer reste debout appuyé à la table de mixage et m’explique que sur un passage de cuivres répété plusieurs fois, il y a quelque chose qui ne va pas, et me tend le score qu’il avait récupéré auprès des musiciens.&lt;br /&gt;« OK, je dis, je vais voir ce que je peux faire ».&lt;br /&gt;Meyer s’avachit sur le canapé derrière moi avec Suzanne.&lt;br /&gt;Je jette un coup d’œil rapide au score. A priori, comme ça, je n’y vois rien de spécial et je dis à Lucas d’envoyer la bande, d’abord à plat avec le reste, et ensuite les cuivres seuls (trompette, trombone et sax tenor).&lt;br /&gt;Meyer avait beau être à peu près analphabète sur le plan musical, j’ai été obligé de reconnaître qu’il avait de l’oreille. Il y avait effectivement un malaise et j’ai trouvé assez vite : certaines notes sur les instruments à vent sont un peu fausses, et ce ne sont pas les mêmes suivant l’instrument. Les arrangeurs spécialistes des cuivres les connaissent et les évitent dans la mesure du possible. En général on ne s’en aperçoit pas lorsqu’un seul de ces instruments en joue une mais là, manque de pot, l’arrangeur en avait collé trois ensemble à deux endroits…&lt;br /&gt;Rectifier a été facile, mais il fallait reconnaître que le trait de cuivre devenait moins intéressant. Je comprenais que l’arrangeur ait été tenté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après, on a été prendre un pot à côté du studio, Lucas, Meyer, Suzanne et moi. Si j’avais été un peu moins euphorique d’avoir si rapidement débrouillé ce sac de nœuds musical, j’aurais dû m’apercevoir qu’il y avait du louche entre Suzanne et Meyer. Elle avait trouvé le moyen de caser dans la conversation qu’elle chantait elle aussi et là, j’aurais dû voir dans les yeux de Meyer exactement l’expression d’un chat qui vient de découvrir un canari en liberté…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les soupçons j’ai commencé à les avoir dix jours plus tard au Studio de la Grande Armée, dans l’avenue du même nom.&lt;br /&gt;Suzanne, cette fois, avait des chœurs à faire sur un de mes arrangements pour un obscur poulain d’EMI. Et alors qu’elle était en cabine avec le casque sur les oreilles, je vois se pointer Meyer, ce qui était très rare lorsque j’étais aux commandes.&lt;br /&gt;Bonjour-ça-va et puis rien, il s’avachit et nous laisse bosser.&lt;br /&gt;Suzanne, comme d'hab, s’en tire très bien, deux-trois prises, pas plus. Au bout de trois quarts d’heure elle avait fini. Comme le chanteur avait déjà fait la voix principale, on avait terminé et on pouvait mixer.&lt;br /&gt;Pendant que l’ingénieur du son se mettait en configuration de mixage et que son assistant rangeait le studio, on prend un café à côté. Meyer dit qu’il reviendra en fin d’après-midi avec son poulain, un certain Brice Cassembar (tu parles d’un nom de scène à la con, une idée à lui, je parie…). Suzanne me dit qu’elle passe voir sa mère qui habite pas loin, place des Ternes. Ils partent en même temps et je retourne travailler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque Meyer repasse au studio, en fin d’après-midi, je note machinalement un truc : il avait la gueule d’un mec qui venait de tirer un coup... Cet air idiot et satisfait, vaguement rêveur, du type qui venait de se vider les testicules. Un air que nous avons tous, paraît-il, messieurs, en de telles circonstances et c'était Suzanne elle-même qui m’avait appris à le reconnaître... Dieu sait si cela avait été l’occasion de nous marrer ensemble à maintes reprises ! On se mettait à la terrasse d’un café, on regardait les gens et on comptait les points. J’avoue que c’était assez tordant...&lt;br /&gt;Bref, je note l’information, mais dans mon subconscient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faut dire que j’avais d’autres soucis. On avait eu une grosse galère au mixage, un truc qui ne m’était encore jamais arrivé : pour une raison indéterminée un « cloc », un bruit parasite inexplicable, probablement d’origine électronique, était apparu sur la bande &lt;span style="font-style: italic;"&gt;master&lt;/span&gt;. Ce bruit était présent sur toutes les 24 pistes et au même endroit. C’était une catastrophe : à moins d’une solution miracle, cela voulait dire qu’on était obligé de tout recommencer, refaire les trois jours de studio qu’avait déjà coûté le titre, faire revenir les musiciens, etc&lt;br /&gt;L’ingénieur du son ne s’est pas démonté. Il a débrayé les moteurs du magnétophone et, en tournant les bobines à la main, a réussi à repérer exactement la largeur du « cloc » en traçant deux traits eu feutre sur la bande, ce qui, il faut le signaler au passage, suppose une sacrée habitude et une oreille très fine. Cela faisait un peu plus d’un centimètre de bande. Il m’explique : avec la vitesse de défilement de 76 cm/sec de ces magnétos, un centimètre c’est un peu plus d’un centième de seconde. C’était jouable. De toute façon, c’était ça ou il fallait tout refaire. Il a sorti la bande, taillé la largeur du « cloc » et recollé avec de l’adhésif.&lt;br /&gt;Je n’en menais pas large. Mais, une fois l’opération effectuée, le bruit avait disparu et on n’entendait aucune coupure, aucune saute, aucune rupture de tempo, rien. L’ingénieur, je l’aurais embrassé…&lt;br /&gt;Mais on avait perdu beaucoup de temps avec cette histoire et lorsque Meyer s’est repointé (sans son poulain, bizarrement), il n’a même pas remarqué qu’on n’avait pas avancé. Il n’est d’ailleurs pas resté longtemps.&lt;br /&gt;C’est dans la soirée que les choses se sont gâtées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En quittant le studio vers 21h je me suis souvenu que je n’avais pas prévenu la mère de Suzanne qu’on ne pourrait pas venir bouffer chez elle le lendemain et j’avais oublié de transmettre à Suzanne. J’appelle ma belle-mère, que j’adore, soit dit en passant, rien que pour son petit salé aux lentilles… « Je ne vous vois jamais», minaude-t-elle au téléphone. « N’exagérez pas, lui dis-je, vous avez au moins vu Suzanne tout à l’heure . « Mais, non, Ludovic, je n’ai pas vu Suzanne et j’ai été là toute l’après-midi ».&lt;br /&gt;Bon, me dis-je, elle a dû changer d’avis. Mais tout de même, il y avait quelque chose, là, dans mon subconscient... l’air d’abruti satisfait de Meyer...&lt;br /&gt;Le soir je demande à Suzanne : « Tu as vu ta mère, elle va bien ? ». « Oui», me répondit-elle .&lt;br /&gt;Là, j’ai su que j’étais cocu.&lt;br /&gt;Et je me suis aperçu que Suzanne, en réalité, j’en étais raide dingue. L’idée qu’un autre type lui avait caressé les seins et fourré son truc dans l’intime me rendait positivement fou de douleur et de rage...&lt;br /&gt;J’ai commencé à la surveiller. Elle ne prenait pas beaucoup de précautions. Je me suis mis à lui faire des scènes, à déconner dans mon travail et à picoler. Et un jour que j’étais particulièrement désespéré et pas mal alcoolisé, l’idée idiote de demander à Meyer de me « rendre Suzanne » me vient à l’esprit…&lt;br /&gt;Je déboule  chez EMI et fonce vers son bureau. J’y entre sans me faire annoncer, malgré les glapissements de Gorge Profonde : Suzanne était assise sur son bureau en face de lui, les cuisses écartées. Et il avait ses sales pattes de limace posées sur ses jambes.&lt;br /&gt;Alors j’ai vu rouge. J’ai tout cassé. Et je me suis acharné sur lui pendant qu’elle me hurlait d’arrêter. Le temps que Gorge Profonde appelle la sécurité et les flics, je lui en ai mis pour quinze jours d’hôpital et il lui a fallu deux mois pour reprendre une apparence humaine.&lt;br /&gt;Le soir même, Suzanne faisait ses valises et retournait chez sa mère. Je ne l’avais plus revue depuis…&lt;br /&gt;Meyer, considérant sans doute que de m’avoir cocufié et rendu tricard dans le métier étaient suffisants, avait eu l’élégance de ne pas porter plainte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi, sa convocation dans son bureau était pour le moins étrange et inattendue. Je me demandais bien ce qu’il me voulait...&lt;br /&gt;Il avait désormais, et à ma grande satisfaction, le nez cassé et de travers, mais je n’avais pas besoin d’un dessin pour savoir pourquoi un mec bodybuildé au crâne rasé était debout dans un coin du bureau, prêt à se jeter sur moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Hum, commença-t-il d’un air rogue, bonjour…euh…ça va ? Voilà, euh, j’aurais besoin de vous (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;tiens, on se vouvoyait désormais…&lt;/span&gt;)… pour un travail.&lt;br /&gt;— (…)&lt;br /&gt;Un ange passa…&lt;br /&gt;Là il était emmerdé le mec. Pourquoi, je ne savais pas encore, mais je jubilais de le voir de plus en plus mal à l’aise.&lt;br /&gt;— Pourriez-vous faire l’arrangement d’un titre ?&lt;br /&gt;— (…)&lt;br /&gt;L’ange repassa…&lt;br /&gt;— Bon, je vous le fais écouter, dit-il, c’est juste voix-guitare.&lt;br /&gt;Je poussai un grognement qu’il dut prendre pour une acceptation et me renfonçai dans le fauteuil Conforama . Il prit une cassette et la mit dans le lecteur.&lt;br /&gt;J’eus un peu de mal à me concentrer sur la chanson tellement, au début, des trucs inavouables me passaient par la tête.&lt;br /&gt;Elle était intéressante. Un très beau texte, très simple : une femme attend son amant et pense à lui, le supplie de se dépêcher, se prépare et se fait belle pour lui. Un truc éternel… et très touchant …&lt;br /&gt;La musique était particulière, fichue un peu comme lorsqu’on chantonne. Sans queue ni tête, pas de structure couplet-refrain mais plutôt un long développement, avec quelques reprises tout de même. Pas un truc habituel.&lt;br /&gt;La cassette terminée, comme je ne mouftais toujours pas, il finit par se décider :&lt;br /&gt;— C’est une chanson pour Suzanne. Et elle voudrait que vous fassiez l’arrangement… Ce n’était pas vraiment mon idée, mais elle a insisté…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suppose que j’ai dû faire une tête bizarre. En tout cas assez pour que le pitbull en faction contracte les mâchoires et sorte les mains de ses poches... J’étais tellement estomaqué que j’en restai sans voix... Là, quand même, me demander de donner un coup de main à la carrière de Suzanne après me l’avoir piquée, ce type avait un culot monstrueux...&lt;br /&gt;J’avoue avoir été tenté de l’envoyer chier… très tenté, même : me lever, claquer la porte, faire un scandale ( pas trop quand même, pour ne pas énerver Musclor…).&lt;br /&gt;Et puis, là, tout à coup, en une fraction de seconde, dans son fauteuil à la con en vrai-faux cuir, j’ai décidé que Suzanne, j’allais la reconquérir. La chanson, j’en ferai un bijou. Je lui en mettrai plein la vue, je l’éblouirai de mon talent, de ma souffrance et de mon amour. La chanson était bonne, je le sentais. C’était juste un diamant brut que je rendrai éclatant… &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mais, toi, mon bonhomme, je ne te ferai pas de cadeau… :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;— Je veux un budget illimité, daignai-je lâcher d’un air méprisant.&lt;br /&gt;— C’est quoi « illimité» ? dit-il en blêmissant.&lt;br /&gt;— Des cuivres, des cordes, un orchestre symphonique si je veux...&lt;br /&gt;— L’orchestre symphonique, je ne peux pas…&lt;br /&gt;— Alors, c’est non, dis-je en me levant.&lt;br /&gt;— Attendez ! (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cela me faisait toujours aussi bizarre qu’il me vouvoie&lt;/span&gt;) D’accord pour l’orchestre symphonique, dit-il l’air furieux.&lt;br /&gt;— Je veux 20 % des droits…&lt;br /&gt;— Bon, dit-il après une hésitation.&lt;br /&gt;— … Plus le double du tarif habituel en salaire, c’est un travail difficile…&lt;br /&gt;— D’accord..&lt;br /&gt;— Et je veux faire la production…&lt;br /&gt;— Non...&lt;br /&gt;— C’est à prendre ou à laisser...&lt;br /&gt;— C’est non. Je vous ai toujours foutu la paix dans votre travail, je n’interviendrai pas, mais le producteur, c’est moi...&lt;br /&gt;Là, j’ai senti que j’allais trop loin et que je devais faire au moins semblant de céder...&lt;br /&gt;— Il n’e
